Nous n’acceptons plus de dirigeants qui, d’un coté, se la coulent douce avec les maigres ressources du pays et de l’autre, creusent davantage le fossé entre les riches et les pauvres, par le plus grand mépris des plus démunis et par des privilèges ronflants accordés à ces nantis aux yeux bleus
Samedi 8 septembre 2018 ((rezonodwes.com))– Le #petrocaribechallenge, loin d’être anodin, traduit un symbolisme profond : le rejet de tout un système. C’est une déclaration de divorce face à de vieux démons qui hantaient nos us et coutumes depuis des lustres. C’est aussi et surtout une rupture radicale d’avec des devanciers qui ont piteusement échoué à assouvir le désir d’un mieux-être de tout un peuple jadis si fier, et ont mené à la boucherie le patriotisme sommeillant en chacun de nous.
Nos prédécesseurs ont profité de notre nonchalance, de notre innocence et de notre discrétion pour assassiner nos rêves, pour niquer notre civisme et empoisonner notre dignité de peuple libre et souverain. Par leur cruauté et leur froideur, ils ont violé notre quintessence, notre âme haïtienne et nous ont exilé et poussé à voguer vers des horizons incertains, inconnus, sans espoir ni regret. Ces égoïstes ont guidé nos pas vers l’insouciance, l’inconstance, le libertinage, la trivialité, le #rabòday pour nous distraire de nos soucis, pour éteindre tous nos sentiments de révolte et pour violenter, du même coup, notre confiance en nous-mêmes en nous traitant de racailles. Ils nous ont pris par derrière, nous ont pénétré de leur longue verge d’indifférence dans le mépris total de notre virginité, de notre souffrance et de nos sanglots.
Ces ingrats nous ont réduit à néant et décimé le courage, le talent et le génie de toute une génération. Ils ont prostitué nos sœurs, nos mères, nos femmes pour du pain. Par le glaive de la corruption, ces apatrides ont conduit à la débauche notre conscience et nous ont appliqué, accommodé même, à une certaine intelligence, celle du vol et de la fourberie. Ils nous ont poussé tellement à bout et voilà, le divorce est prononcé ! Honte à vous chers devanciers ! Nous n’allons plus marcher sous votre tutelle. Dorénavant, nous allons tracer nos propres voies, suivre nos propres sillons, écrire notre propre destin…
Nous rêvons d’un autre modèle de société où l’éducation, le manger, le boire et tous les autres besoins de base de la pyramide de Maslow ne soient pas des luxes mais des droits. Nous ne voulons plus voir traîner dans la rue des enfants et les mépriser avec la plus grande indifférence ou même les traiter de petits bambins. Non, plus question d’accepter que, quotidiennement, la faim soit le partenaire le plus certain, le plus fidèle et le plus conciliant de la majorité d’hommes et de femmes haïtiens. Nous n’aimerions plus entendre parler de préjugés de couleur, d’écoles à double ou même à triple vitesse, de luttes fratricides, de différences de classes sociales, de #TiSentaniz, d’inégalités de chance, de femmes battues au foyer, méprisées ou marginalisées…
Nous n’acceptons plus de dirigeants qui, d’un coté, se la coulent douce avec les maigres ressources du pays et de l’autre, creusent davantage le fossé entre les riches et les pauvres, par le plus grand mépris des plus démunis et par des privilèges ronflants accordés à ces nantis aux yeux bleus. Nous ne nous convenons plus de voir des gens, de chair et de sang, nos semblables, s’asseoir et se morfondre sur de la puanteur de nos marchés et renifler des odeurs pestilentielles à longueur de journée, dans tous les coins et recoins de rue, et clamer que ce n’est pas notre affaire. Au fait, nous sommes bien loin de la réalité si nous pensons que les conditions de vie de l’autre ne nous concernent en rien, si nous nous affichons une attitude rébarbative. De là sont nés les comportements sociaux les plus déviants et les plus répréhensibles.
C’est à croire que, par notre dédain et notre entêtement à oublier l’autre en ne pensant qu’à soi-même, nous creusons notre propre tombe. Et même certains d’entre nous qui, par peur de représailles, se taisent, ils n’évaluent pas assez les risques encourus ou même le prix de leur silence. Le laxisme de nos dirigeants peut, à tout moment, nous conduire dans des situations les plus inattendues que désespérées. Nous tous, que nous taisions ou non, ne sommes épargnés d’un accident de la voie publique et surtout d’un décès certain dans un hôpital à proximité par manque de soins, de personnels de santé et de matériels adéquats.
Car des chauffards incongrus, des hôpitaux négligés et des routes sans signalisation, il n’en manque pas. Encore plus que des policiers soient obligés, pendant la journée de travail, de protéger et servir leur poche pour éviter le pénible fardeau de rentrer à la maison sans un sou. Il est certain que d’autres policiers le fassent dans un souci de combler les attentes d’une maîtresse ou même d’assouvir leur soif de désir sexuel au moment même de l’exercice de leur fonction. Dans la nouvelle Haïti, #AyitiNouVleA, plus de places pour ces types d’écarts graves.
Laconiques ou bavards au sujet de la dilapidation des fonds petrocaribe, nous serons toujours victimes de consommation de médicaments expirés, inappropriés et interdits, pour la plupart, à la vente libre mais pourtant vendus dans le transport en commun ou étalés sous un soleil vif par des gens qui ignorent tout de maladies, de traitement ou de prises en charge…
Quelque soit votre position par rapport à cette demande de reddition des comptes, nous ne sommes exempts du stress ressenti à la seule idée de sortir dans les rues de Port-au-prince et de l’incertitude poignante de pouvoir rentrer sain et sauf à la maison, par peur de courantes attaques armées de bandits ou d’une balle perdue lors de joutes armées entre ces chefs de quartiers populaires. Ils sont légion, pasteurs, fidèles, escrocs ou simples naturistes, à produire leur propre formule médicamenteuse et les vendre sous forme de potions magiques à tout venant alors qu’il faut plus d’une dizaine d’années pour étudier une nouvelle molécule médicamenteuse, l’accepter et le mettre sur le marché par des instances compétentes.
Combien de fois avons-nous vu se faire une inspection des produits étalés dans les supermarchés ou d’autres produits venus en masse tout droit de la République Dominicaine ? Ne sommes-nous pas ceux-là qui connaissaient des nuits blanches pour obtenir nos diplômes, pour mériter notre acceptation par la société, et qui, par la suite, ne sommes récompensés que par un chômage chronique et cuisant pour n’être pas, par malchance, les protégés d’un ministre, d’un directeur général ou d’un parlementaire ?
L’insécurité alimentaire, le salaire minimum bas et la flambée incessante des prix de première nécessité ne troublent-ils pas incessamment notre quotidien ? Toutes ces situations et bien d’autres encore nous placent, tous, dans une situation d’insécurité permanente. Je regrette de le dire, chers compatriotes, mais notre silence en rien ne nous aide. Il ne fait que nous acculer davantage à une défaite certaine. De plus, il donne le libre accès à la génération précédente d’enfoncer le clou plus profondément.
Il leur permet d’éteindre, lentement mais sûrement, la petite étincelle de flamme de notre foi en un avenir meilleur. Si nous ne nous résolvons à sortir de notre torpeur et de notre silence, le statu quo va être maintenu, notre génération et celle succédant seront assujetties à une dette injuste et la jeunesse malgré sa vitalité et son goût pour l’apprentissage et le dur labeur, continuera à se perdre dans le désespoir aussi sûr que les eaux de rigoles boueuses et immondes de nos villes s’en vont et se perdent dans la mer.
#PetrocaribeCaribeChallenge
#KotKòbPetroCaribeA
#AyitiNouVleA
#GénérationDesInsoumis
Dr Henri-Claude Junior TELFORT
Médecin et PDG de BLS GROUP
ricolo19@hotmail.com
photo Pitelly Charles


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