18 août 2026
Quand l’OEA regarde ailleurs : Le silence sécuritaire au service du calendrier du pouvoir 
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Quand l’OEA regarde ailleurs : Le silence sécuritaire au service du calendrier du pouvoir 

Le lundi 17 août 2026, le secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, a publié un nouveau  message depuis Haïti. Après avoir salué la veille son arrivée et l’écoute des « priorités  définies par Haïti », il enfonce le clou. Dans ce communiqué, il affirme que la délégation a  reçu « une présentation de l’équipe d’observation et de coopération électorales de l’OEA sur  l’appui qu’elle continue d’apporter au Conseil électoral provisoire », et insiste sur la nécessité  de « renforcer les capacités de l’Office national d’identification (ONI) afin de délivrer les  cartes d’identification, d’élargir l’inscription des électeurs, de faciliter la participation des  populations déplacées, de simplifier l’enregistrement des candidatures et de renforcer les  efforts d’information du public menés par le CEP ». 

Il ajoute que « ces mesures seront essentielles pour garantir un processus électoral inclusif,  crédible et transparent ». Et de conclure : « Ce processus demeure dirigé par les Haïtiens.  L’OEA est prête à continuer d’accompagner et de soutenir les autorités haïtiennes,  conformément à leurs priorités et à leurs demandes, alors qu’elles poursuivent les préparatifs  en vue d’élections pacifiques, participatives et crédibles en décembre. » 

Le texte est technique, rassurant, institutionnel. Il parle de cartes d’identité, d’inscription, de  candidatures, de communication. Il ne dit presque rien sur l’essentiel : la sécurité. 

L’impasse totale sur la question sécuritaire 

Dans un pays où les gangs contrôlent encore, selon les estimations les plus prudentes, plus de  75 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince et pèsent lourdement sur les routes  nationales, le silence de l’OEA est assourdissant. Pas un mot sur le contrôle territorial des  groupes armés. Pas un mot sur l’impossibilité matérielle, dans de nombreuses zones,  d’installer des centres d’inscription ou de vote sans l’accord – tacite ou explicite – de ceux qui  tiennent le terrain. Pas un mot sur la capacité réelle de la Force de répression des gangs (FRG)  à sécuriser durablement les axes et les bureaux de vote d’ici décembre. Pas un mot sur le  risque évident que le scrutin ne se tienne que là où les gangs auront accepté de « se faire  discrets ». 

En choisissant de parler exclusivement de logistique électorale et de renforcement  institutionnel, l’OEA fait comme si la question sécuritaire était secondaire, voire déjà réglée.  Or, en Haïti, en 2026, la sécurité n’est pas un détail technique. Elle est la condition préalable à  tout processus électoral digne de ce nom. Ignorer cette réalité, c’est accepter par avance  qu’une partie du territoire – et donc une partie du corps électoral – restera hors jeu, ou ne  participera que dans les conditions fixées par les acteurs armés. 

S’embarquer dans le plan de Fils-Aimé 

Ce silence n’est pas anodin. Il s’inscrit parfaitement dans la logique du calendrier défendu par  le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et ses alliés. Pour que le 13 décembre ait lieu  malgré l’emprise des gangs, il faut que ceux-ci acceptent, au moins temporairement, de  réduire leur visibilité sur certains axes et dans certaines zones. Il faut que les routes «  s’ouvrent » au moment opportun, que des centres de vote puissent être installés là où c’est 

politiquement utile, et que le processus se déroule avec suffisamment d’apparence de  normalité pour être validé par la communauté internationale. 

En multipliant les messages sur le soutien technique au CEP et à l’ONI, tout en évitant  soigneusement d’exiger des conditions sécuritaires minimales sur l’ensemble du territoire,  l’OEA apporte sa caution à cette stratégie. Elle transforme un scrutin potentiellement sélectif  et négocié avec les réalités du terrain criminel en « processus dirigé par les Haïtiens » digne  d’être accompagné. Elle facilite, objectivement, la prise de pouvoir légale du camp politique  regroupé autour de Viktwa et de ses alliés. 

Le langage utilisé est révélateur. Ramdin parle de « défis considérables », mais les traite  comme des obstacles techniques à surmonter par plus d’inscription et plus d’information. Il  salue le « dévouement des institutions et des acteurs haïtiens qui œuvrent à défendre les droits  démocratiques de leur peuple », sans interroger leur capacité réelle à garantir un vote libre là  où les gangs font la loi. Il répète que le processus est « haïtien » et que l’OEA agit «  conformément à leurs priorités et à leurs demandes » pour mieux esquiver la question de  savoir qui, exactement, contrôle les conditions dans lesquelles ce processus se déroule. 

Une complicité par omission 

L’OEA n’a pas besoin d’approuver explicitement un arrangement avec les gangs pour en  devenir, par son silence, un facilitateur. En refusant de placer la sécurité au centre de ses  déclarations, elle valide l’idée qu’un scrutin peut être organisé « malgré » l’emprise  criminelle, pourvu que la logistique électorale avance. Elle s’embarque ainsi dans un plan où  la légalité formelle du 13 décembre importera plus que sa réalité démocratique. 

Ce choix a un prix. Si le scrutin se déroule dans un pays encore largement fragmenté entre  zones sous contrôle de l’État et zones sous contrôle des gangs, si des pans entiers de la  population ne peuvent voter librement, et si le résultat consolide le pouvoir en place grâce à  une participation sélective, l’OEA aura contribué, par son accompagnement sans exigence, à  légitimer ce dénouement. Elle aura préféré la coordination et le soutien technique à la lucidité. 

Haïti n’a pas besoin d’une organisation internationale qui se contente de parler de cartes  d’identité et d’inscription des électeurs pendant que les routes nationales restent sous la  menace des armes. Elle a besoin d’institutions capables de dire clairement qu’aucun processus  électoral crédible n’est possible tant que l’État ne contrôle pas l’essentiel de son territoire.  Pour l’instant, le dernier message de Ramdin montre que l’OEA a choisi une autre voie : celle  du silence sécuritaire et de l’accompagnement du calendrier de Fils-Aimé.

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