Près de vingt mois de relations contractuelles et, selon la Fondasyon Je Klere, « aucun résultat concret » : l’organisation de défense des droits humains demande au gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé de mettre fin au recours à une firme privée étrangère et de consacrer les ressources à la formation de militaires haïtiens.
Jeudi 5 novembre 2026 (Rezo Nòdwès) — La stratégie sécuritaire du gouvernement Fils-Aimé se trouve de nouveau contestée. La Fondasyon Je Klere (FJKL) réclame la rupture du contrat conclu avec les prestataires étrangers qu’elle qualifie de « mercenaires » et plaide pour un renforcement des Forces armées d’Haïti, avec l’appui du Salvador.
Cette recommandation figure dans un rapport daté du 4 novembre 2026, dont une copie a été obtenue par Rezo Nòdwès. Pour la fondation, les ressources publiques doivent servir à préparer des soldats haïtiens capables de participer à la lutte contre les gangs.
Des millions et un bilan contesté
La FJKL porte un jugement sévère sur le recours à une entreprise privée internationale de sécurité. Selon son décompte rapporté par RHINEWS, près de vingt mois de relations contractuelles n’ont produit « aucun résultat concret ». La fondation critique également les résultats des dispositifs internationaux engagés aux côtés des autorités haïtiennes.
La question des dépenses était déjà au centre d’un rapport distinct publié en mars 2026. La FJKL y indiquait que l’État haïtien se serait engagé à hauteur de 52 millions de dollars pour un an dans un accord de sécurité associé à Windward Wyoming LLC.
La fondation précisait toutefois ne pas avoir obtenu la version signée du contrat et avoir examiné un projet, ainsi que des documents faisant état de versements. Le montant annoncé ne permet donc pas, à lui seul, d’établir la somme effectivement payée.
Former les soldats haïtiens avec l’appui du Salvador
La FJKL recommande de réaffecter les ressources consacrées aux prestataires étrangers à un programme de formation intensive de jeunes soldats haïtiens, avec la participation de militaires salvadoriens.
Elle appelle parallèlement les Nations unies à aider Haïti et le Salvador à définir un cadre juridique de coopération militaire et sécuritaire. Le statut des troupes, la durée de leur présence et le respect des droits humains devraient y être précisés. L’organisation demande également que les tribunaux et les prisons soient renforcés pour permettre la poursuite des auteurs présumés de crimes graves.
La question de l’encadrement des forces salvadoriennes demeure entière : l’ONU a indiqué le 2 novembre que la grande majorité des militaires supplémentaires envoyés par San Salvador ne faisaient pas partie de la Force de répression des gangs soutenue par les Nations unies. Le lendemain, Alix Didier Fils-Aimé a affirmé que les forces étrangères venaient appuyer l’État haïtien.
La lettre de Lanmò San Jou à l’ONU
La prise de position de la FJKL intervient après l’envoi au secrétaire général des Nations unies d’une lettre de Wilson Joseph, alias « Lanmò San Jou », chef du gang 400 Mawozo. L’organisation y voit une tentative des groupes armés de se présenter comme des interlocuteurs respectueux du droit international humanitaire.
La fondation estime que les responsables d’enlèvements, de viols, d’assassinats et d’autres violences doivent répondre de leurs actes. Elle considère que certains faits pourraient être qualifiés de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité ; ces qualifications appartiennent à son analyse et devront, le cas échéant, être appréciées par les juridictions compétentes.
Pour le gouvernement Fils-Aimé, la demande de la FJKL appelle désormais une réponse : quel bilan justifie la poursuite du contrat et quelles garanties permettent de vérifier l’utilisation des fonds publics engagés pour la sécurité ?

