30 octobre 2026
Haïti — « Après l’échec du 13 décembre, Fils-Aimé veut maintenant hypothéquer l’été 2027 » : Renaud réclame le départ du Premier ministre de doublure et la refonte du CEP
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Haïti — « Après l’échec du 13 décembre, Fils-Aimé veut maintenant hypothéquer l’été 2027 » : Renaud réclame le départ du Premier ministre de doublure et la refonte du CEP

REZO NÒDWÈS | ENTRETIEN POLITIQUE — 29 OCTOBRE 2026

Le nouveau calendrier électoral publié le 28 octobre 2026 par le Conseil électoral provisoire (CEP) fixe au 18 juillet 2027 le premier tour des élections présidentielle et législatives, simultanément à une opération de « ratification populaire » de modifications constitutionnelles. Le second tour est programmé pour le 4 octobre 2027. La note officielle, par manque de courage et de probité, ne reconnaît pas explicitement l’abandon de l’échéance initiale du 13 décembre 2026.

Au cours d’un entretien, Renaud dénonce « une faillite de la gouvernance électorale et réclame le retrait du Premier ministre de doublure – made in USA – Alix Didier Fils-Aimé », en fonction depuis novembre 2024. Il conteste la légitimité d’une prolongation politique fondée sur des échéances successivement différées, remet en cause la composition du CEP et critique le maintien d’une consultation constitutionnelle malgré l’interdiction explicite du référendum de révision inscrite à l’article 284-3 de la Constitution de 1987.

L’entretien aborde également les candidatures présidentielles, les changements à la présidence de l’organisme électoral et les propos dépréciatifs de Donald Trump et d’Emmanuel Macron concernant Haïti ou certains de ses dirigeants.

REZO NÒDWÈS : Le CEP annonce désormais des élections pour le 18 juillet 2027. Que vous inspire ce nouveau calendrier ?

Renaud : C’est l’aveu d’un échec politique et institutionnel. Après avoir promis des élections pour le 13 décembre 2026, le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé et le Conseil électoral provisoire renvoient maintenant le pays au 18 juillet 2027. Le plus préoccupant, c’est que le CEP n’a même pas pris la peine, dans sa note du 28 octobre, de reconnaître explicitement l’abandon de l’échéance précédente.

À défaut d’avoir pu garantir aux Haïtiens des élections avant Noël 2026, cette équipe entend désormais reporter leurs espérances démocratiques jusqu’aux vacances d’été 2027. Peut-on gouverner indéfiniment par des calendriers successifs, sans jamais rendre compte des engagements non respectés ? Je considère cette situation comme inacceptable.

REZO NÒDWÈS : Vous réclamez le départ d’Alix Didier Fils-Aimé. Pourquoi considérez-vous le 13 décembre comme une limite politique à son maintien au pouvoir ?

Renaud : Alix Didier Fils-Aimé dirige le gouvernement depuis le 11 novembre 2024. Il ne bénéficie d’aucun mandat populaire issu d’une élection nationale. Le soutien éventuel des partenaires internationaux ne saurait remplacer le consentement démocratique des Haïtiens.

Pour moi, le 13 décembre 2026 doit constituer une limite politique. Il ne s’agit pas de prétendre que cette date marque automatiquement, en droit, l’expiration de ses fonctions. Il s’agit de constater l’échec d’une équipe qui avait présenté cette échéance comme une perspective de retour à l’ordre constitutionnel.

Un Premier ministre non élu ne peut transformer chaque promesse non tenue en justification d’une prolongation de son exercice du pouvoir. L’intéressé doit tirer les conséquences politiques de son bilan et se retirer. Haïti n’est pas une propriété personnelle. Aucun appui diplomatique ne confère à son bénéficiaire un droit illimité à gouverner.

REZO NÒDWÈS : Le calendrier maintient une « ratification populaire » le 18 juillet 2027. Pourquoi contestez-vous cette disposition ?

Renaud : Parce que la Constitution du 29 mars 1987 est explicite. Son article 284-3 interdit formellement toute consultation populaire tendant à modifier la Constitution par référendum. Il ne s’agit ni d’une suggestion ni d’une simple recommandation politique.

Les articles 282 à 284 organisent une procédure d’amendement faisant intervenir le pouvoir législatif et imposant des majorités qualifiées. Comment un gouvernement de transition, dépourvu de mandat électif direct, pourrait-il contourner cette architecture juridique en changeant le vocabulaire de l’opération ?

Le nouveau calendrier va encore plus loin : il programme les résultats de la ratification pour le 20 juillet 2027, puis la publication, dès le lendemain, des modifications apportées à la loi fondamentale dans Le Moniteur.

Il faut demander au gouvernement et au CEP sur quel fondement constitutionnel ils prétendent organiser cette consultation. Une procédure contraire à la Constitution ne devient pas régulière parce qu’elle figure sur un calendrier administratif.

REZO NÒDWÈS : Les inscriptions des candidats ont commencé le 20 août 2026, mais les élections sont désormais prévues pour juillet 2027. Que reprochez-vous aux personnalités déjà engagées ?

Renaud : Je m’interroge sur la cohérence de cette course électorale. Des personnalités se présentent déjà comme candidats à la présidence, tandis que les conditions fondamentales du scrutin demeurent incertaines. Où sont les garanties de sécurité ? Où sont les conditions permettant aux citoyens déplacés de participer librement ? Comment garantir une compétition véritablement nationale ?

Le calendrier actualisé prolonge l’inscription en ligne des candidats à la présidence et aux législatives jusqu’au 15 novembre 2026, avec un dépôt des pièces jusqu’au 30 novembre. La liste définitive n’est attendue que le 11 janvier 2027. Pourtant, le scrutin reste fixé à juillet.

Je considère irresponsable de privilégier les ambitions individuelles avant de garantir le droit effectif des citoyens à choisir leurs représentants. Certains aspirants au pouvoir donnent l’impression de se préoccuper davantage de leur candidature que des souffrances de la population.

Une élection sans électeurs en mesure de voter librement ne saurait constituer une restauration authentique de la démocratie.

REZO NÒDWÈS : Le CEP a déjà connu trois présidents depuis octobre 2024. Vous prédisez l’arrivée d’un quatrième avant les élections. Sur quoi fondez-vous cette appréciation ?

Renaud : Regardez la succession des responsables. Patrick Saint-Hilaire a présidé le CEP à partir d’octobre 2024. Jacques Desrosiers lui a succédé en 2025, puis Peterson Pierre-Louis a été installé le 24 septembre 2026.

Trois présidents pour une même institution électorale ki mare anba tab Alix, sans qu’aucun scrutin national ait encore été organisé : voilà un bilan qui mérite un examen sérieux.

Je ne serais pas surpris de voir un quatrième président avant juillet 2027 si cette dynamique se poursuit. C’est une prévision politique, mais elle traduit mon inquiétude devant les réorganisations administratives successives.

Le remplacement d’un président ne garantit pas, à lui seul, une meilleure gouvernance. Il faut réexaminer la composition du CEP, ses résultats, son indépendance, ses capacités techniques et sa responsabilité devant la nation.

REZO NÒDWÈS : Vous avez évoqué les propos de Donald Trump qualifiant Haïti de « shithole country ». Pourquoi établir un rapprochement avec la conduite du gouvernement et du CEP ?

Renaud : Parce que les comportements de certains dirigeants contribuent à discréditer les institutions de la République sur la scène internationale.

Donald Trump avait employé cette expression injurieuse en 2018, avant de revenir publiquement sur cet épisode en décembre 2025. Je refuse cependant de confondre la dignité d’Haïti avec les défaillances de ceux qui exercent temporairement l’autorité publique.

Lorsque des responsables annoncent un référendum malgré une interdiction constitutionnelle explicite, lorsqu’ils multiplient les reports et refusent de reconnaître leurs échecs, ils alimentent eux-mêmes les préjugés dont notre pays est victime.

J’ai employé l’image d’une « latrine ouverte » pour dénoncer la dégradation de la gestion de l’État. Mais le peuple haïtien ne saurait être assimilé à cette dégradation. Les générations qui ont consenti d’immenses sacrifices pour l’indépendance et la démocratie méritent un autre traitement.

REZO NÒDWÈS : Vous rappelez également les propos du président français Emmanuel Macron, qui avait qualifié certains dirigeants haïtiens de « complètement cons ». Estimez-vous que ces paroles trouvent aujourd’hui une nouvelle résonance ?

Renaud : En novembre 2024, Emmanuel Macron avait tenu des propos offensants à l’encontre des responsables de la révocation du Premier ministre de doublure Garry Conille. Ses déclarations avaient provoqué une protestation diplomatique haïtienne.

Ces propos ne doivent pas être généralisés à l’ensemble des Haïtiens. Mais ils imposent une interrogation sur la crédibilité de nos dirigeants : quelles décisions prennent-ils pour empêcher la répétition des crises institutionnelles ?

Le problème n’est pas de rechercher l’approbation de Trump ou de Macron. Il est de déterminer si les gouvernants haïtiens respectent eux-mêmes les obligations attachées à leurs fonctions.

Je condamne une gouvernance qui, à mes yeux, conduit le pays par tâtonnements et compromet davantage la confiance des citoyens envers les institutions publiques.

REZO NÒDWÈS : Que répondez-vous à ceux qui affirment qu’un nouveau calendrier est préférable à l’absence totale de perspective électorale ?

Renaud : Un calendrier peut constituer un instrument administratif utile. Il ne représente toutefois pas une garantie de scrutin. Depuis plusieurs années, les échéances annoncées ont été déplacées sans que le pays retrouve ses institutions élues.

Le gouvernement doit produire des résultats vérifiables : rétablissement de la sécurité, libre circulation des électeurs, accès aux centres de vote, transparence budgétaire et garanties d’impartialité du CEP.

Le nouveau document fixe au 4 octobre 2027 le second tour des élections présidentielle et législatives, puis au 20 octobre la publication des résultats définitifs. Mais il n’indique même pas la date d’entrée en fonction du futur président.

Que se passera-t-il si les conditions nécessaires ne sont toujours pas réunies en juillet 2027 ? Annoncera-t-on un autre report, avec les mêmes responsables et les mêmes arguments ?

La population ne peut accepter que l’exception institutionnelle devienne une modalité permanente de gouvernement.

REZO NÒDWÈS : Quel message adressez-vous finalement aux citoyens haïtiens et au Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé ?

Renaud : Les Haïtiens doivent faire entendre leur voix et exiger des comptes. La mobilisation civique, pacifique et constitutionnelle constitue un droit démocratique. Il appartient aux citoyens, aux organisations sociales, aux juristes et aux forces politiques de demander des explications précises sur cette nouvelle programmation électorale.

Alix Didier Fils-Aimé, ancien candidat malheureux au Sénat, doit comprendre qu’il n’est pas le maître d’Haïti. La fonction de Premier ministre ne confère ni propriété sur les institutions ni immunité politique devant l’échec.

Je réclame son départ, le réexamen du CEP et une démarche institutionnelle respectueuse de la Constitution.

Les Haïtiens ont adopté la Constitution de 1987 au prix de sacrifices historiques. Ils ne doivent pas accepter que des gouvernants provisoires disposent de cet héritage comme d’un simple instrument de convenance politique.

La question demeure : après avoir manqué les échéances précédentes, le gouvernement peut-il encore demander à la nation un nouveau délai sans présenter de bilan contradictoire, de garanties juridiquement recevables et de perspective crédible de restitution du pouvoir aux représentants élus ?

propos recueillis par cba

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