L’Assemblée générale des Nations unies a réclamé mercredi la levée de l’embargo américain contre Cuba, mais le texte n’a recueilli que 130 voix favorables, contre 165 en 2025 et 187 en 2024, illustrant l’érosion du soutien international à La Havane.
La résolution, présentée par Cuba, a obtenu 17 voix contre et 25 abstentions. Elle appelle Washington à mettre fin aux restrictions économiques, commerciales et financières imposées à l’île et exhorte les autres pays à ne pas appliquer de mesures similaires.
Adopté presque chaque année depuis 1992, ce texte n’est pas juridiquement contraignant et n’a jusqu’ici pas permis de modifier la politique américaine.
Le recul du soutien intervient alors que l’administration du président Donald Trump accentue la pression sur le gouvernement cubain, confronté à une grave crise économique et énergétique, marquée notamment par des pénuries de carburant et des coupures d’électricité.
En janvier, Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane aux pays fournissant du pétrole à Cuba, selon les éléments présentés dans le débat. La dégradation de l’approvisionnement énergétique affecte notamment les transports, la distribution d’eau et les services de santé.
Le coordonnateur résident de l’ONU à Cuba, Francisco Pichon, a mis en garde contre les risques humanitaires liés au durcissement des mesures américaines. Des responsables onusiens avaient notamment fait état, en mai, de plus de 100.000 interventions chirurgicales reportées.
Échanges commerciaux
Washington conteste les accusations de La Havane et attribue principalement les difficultés économiques de l’île à la gestion de ses dirigeants.
L’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz, a notamment invoqué les plus de 876 millions de dollars d’exportations américaines vers Cuba au cours des huit premiers mois de 2026 pour contester la présentation de la politique américaine comme un blocus.
Les autorités cubaines dénoncent, elles, une stratégie d’asphyxie économique et accusent Washington de faire pression sur des gouvernements étrangers pour réduire leur coopération avec l’île.
Plusieurs délégations ont défendu la levée des sanctions. Le représentant du Mexique a estimé que l’embargo constituait un obstacle au développement de Cuba, tandis que le Ghana a dénoncé des mesures portant atteinte à l’accès aux services essentiels.
Incident diplomatique
Le débat a également été marqué mardi par un vif échange entre Mike Waltz et le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez Parrilla.
Alors que le diplomate américain accusait les dirigeants cubains de corruption et de mauvaise gestion, le chef de la diplomatie cubaine l’a interrompu avant de s’approcher de la tribune et de le traiter de menteur. La séance a été brièvement suspendue après une intervention des agents de sécurité.
Mercredi, Bruno Rodríguez a de nouveau dénoncé les conséquences des sanctions sur la population cubaine et accusé Washington de recourir aux « pressions, intimidations et chantages » contre des gouvernements étrangers.
Le département d’État américain a, de son côté, dénoncé ce qu’il considère comme l’hypocrisie des autorités cubaines, accusées de profiter de privilèges matériels alors que la population souffre de pénuries.
L’embargo américain, instauré au début des années 1960 puis renforcé par différentes dispositions législatives, reste en vigueur. Sa levée relève principalement du Congrès américain, limitant la portée pratique des résolutions de l’Assemblée générale.
Le vote de mercredi confirme ainsi le maintien d’un large soutien à la fin de l’embargo, mais aussi une baisse marquée du nombre de pays prêts à soutenir la position cubaine par rapport aux scrutins précédents.

