28 octobre 2026
Digicel et ses clients, des otages d’une guerre qui n’est pas les leurs ? 
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Digicel et ses clients, des otages d’une guerre qui n’est pas les leurs ? 

Ni Digicel ni le gouvernement de transition n’ont jamais vraiment expliqué à la population la  nature exacte de cette vulnérabilité. Ils ne le feront probablement pas davantage aujourd’hui.  Digicel a préféré ménager le pouvoir en place. Le gouvernement, de son côté, a toléré  l’occupation progressive de la zone métropolitaine et de ses infrastructures critiques par les  gangs. Dans le même temps, il a accepté ou laissé se déployer un contingent de plus de 1300  soldats salvadoriens, dans un cadre dont la nature précise (bilatéral ou multilatéral) reste  opaque. 

Depuis des années, les millions de clients haïtiens de Digicel paient le prix fort d’une situation  intenable. Les coupures répétées du câble de liaison internationale, les interruptions de service  et les difficultés croissantes d’accès au réseau ne sont pas de simples accidents techniques.  Elles résultent directement de l’emprise des gangs armés sur la zone métropolitaine de Port au-Prince et sur les principales routes nationales. Ces groupes ciblent depuis longtemps les  infrastructures de Digicel, en particulier sa liaison internationale, pour des raisons purement  économiques : extorquer de l’argent. 

Digicel a géré tant bien que mal cette pression. L’entreprise a multiplié les communiqués  rassurants, banalisé un problème structurel et évité soigneusement de demander au  gouvernement haïtien d’assumer sa responsabilité première : garantir la sécurité des  infrastructures de télécommunications. Cette gestion de crise, déjà pénible pour les usagers,  risque désormais de basculer dans une dimension nouvelle et plus dangereuse. 

Le groupe Digicel opère à la fois en Haïti et au Salvador, même si un projet de cession de la  filiale salvadorienne a été annoncé. Les plus de 1300 soldats salvadoriens déployés sur le sol  haïtien utilisent les facilités de roaming offertes par ce réseau présent des deux côtés. Il est  rapporté qu’un des quatre soldats salvadoriens disparus communiquait par téléphone avec ses  proches au moment de l’attaque à Santo. Dans ce contexte, la dernière coupure du 27 octobre  2025 n’est plus perçue comme les précédentes. Elle intervient alors que les gangs armés sont  désormais en conflit ouvert avec le Salvador, qui se présente comme leur ennemi déclaré. 

Dès lors, s’attaquer aux intérêts de Digicel en Haïti, et particulièrement au câble international,  peut ne plus relever uniquement de l’extorsion financière. Cela peut être ressenti, du côté des  gangs, comme une manière indirecte de frapper le Salvador. Les clients haïtiens, qui n’ont  rien demandé, se retrouvent pris en otage dans une confrontation qui les dépasse  complètement. 

Ni Digicel ni le gouvernement de transition n’ont jamais vraiment expliqué à la population la  nature exacte de cette vulnérabilité. Ils ne le feront probablement pas davantage aujourd’hui.  Digicel a préféré ménager le pouvoir en place. Le gouvernement, de son côté, a toléré  l’occupation progressive de la zone métropolitaine et de ses infrastructures critiques par les  gangs. Dans le même temps, il a accepté ou laissé se déployer un contingent de plus de 1300 soldats salvadoriens, dans un cadre dont la nature précise (bilatéral ou multilatéral) reste  opaque. 

En cédant une part essentielle de ses obligations régaliennes – sécuriser les personnes et les  biens, y compris les infrastructures vitales – le pouvoir haïtien a placé une entreprise de  télécommunications et, à travers elle, des millions de citoyens dans une position de faiblesse  structurelle. Haïti risque de devenir le théâtre d’intérêts croisés qui ne sont pas les siens : ceux 

d’un président salvadorien engagé dans une guerre contre les gangs, ceux de groupes  criminels qui contrôlent déjà une bonne partie de la capitale, et ceux d’une entreprise privée  qui tente de survivre entre deux feux. 

Les usagers de Digicel doivent se préparer à des conditions de service encore plus dégradées.  Les coupures risquent de se multiplier, non plus seulement pour des raisons de racket, mais  aussi parce que le réseau est devenu, malgré lui, un enjeu dans une confrontation plus large.  Cette situation n’est pas une fatalité technique. Elle est le produit d’une irresponsabilité  politique prolongée : celle d’avoir laissé les gangs s’installer sur les infrastructures  stratégiques, et celle d’avoir ouvert le territoire à une présence militaire étrangère sans  clarifier les règles, les responsabilités et les protections nécessaires. 

L’opinion publique haïtienne a le droit de savoir que la qualité de son service de téléphonie et  d’internet est désormais exposée à des logiques qui dépassent largement le simple  dysfonctionnement commercial. Elle a aussi le droit d’exiger que l’État assume enfin ses  devoirs élémentaires au lieu de les sous-traiter ou de les abandonner. Car ce sont les millions  de clients ordinaires, et non les décideurs, qui en paieront le prix chaque jour davantage.

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