Triste sort, la fillette dort
D’un sommeil éternel dans l’étroit corridor.
Elle ne jouera plus dehors,
Sous un ciel lourd, sinistre décor,
Où les armes aveugles dictent leurs lois,
Et l’innocence meurt sans savoir pourquoi.
Balles perdues, balles ennemies, balles amies,
Balle sans nom, balle sans pardon,
Qui sèment le deuil au cœur de la vie.
Police, gangs ou soldats, qui donc a tiré ce soir-là ?
Peu importe la main, c’est le sang de l’enfant.
Là-haut, les drones, tels des condors,
Survolent les vivants, surveillent les morts.
Ils observent la misère, ils filment le malheur,
Ils guettent leur proie, semant dans l’ombre l’effroi.
Un timoun fauché avant d’avoir éclos,
Gran moun impuissants face aux sanglots.
À Santos ce soir, une enfant a perdu demain,
Une mère a perdu l’espoir de lui tenir la main.
Timoun, granmoun, tout moun viktim.
Moun k ap kouri, moun k ap komèt krim,
Dans ce pays suspendu au silence,
Où tout le peuple saigne de cette violence.
Ce n’est pas une balle perdue, c’est une vie perdue,
Une enfance interrompue.
Son âme ne doit pas tendre vers le repos,
Pas avant d’avoir dénoncé ses bourreaux.
Fauchée par un funeste scénario,
Fais de la vengeance ton chapeau,
Ton petit corps accusant les vivants sans prononcer un mot.
Gaétan Mentor, historien
26 Octobre 2026

