19 octobre 2026
Haïti — Plus de 1 000 morts en trois mois : le BINUH salue les initiatives d’un gouvernement impuissant face aux gangs
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Haïti — Plus de 1 000 morts en trois mois : le BINUH salue les initiatives d’un gouvernement impuissant face aux gangs

NEW YORK, 19 octobre 2026 —Plus de 1 000 personnes tuées en trois mois, des enlèvements persistants et près de 1,5 million de déplacés : malgré ce bilan alarmant, le représentant spécial de l’ONU en Haïti, Carlos Ruiz Massieu, a salué lundi devant le Conseil de sécurité plusieurs initiatives du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé, notamment le renforcement du financement des institutions sécuritaires et les préparatifs électoraux. Une appréciation diplomatique qui contraste avec l’incapacité persistante des autorités à garantir la sécurité des populations.

Le chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) a notamment qualifié d’encourageantes les mesures gouvernementales du 5 octobre visant à encadrer la compétition électorale. Il a également accueilli favorablement l’augmentation annoncée des ressources allouées à la Police nationale et aux Forces armées d’Haïti, malgré la persistance des violences et l’expansion géographique des activités criminelles.

Cette reconnaissance institutionnelle intervient pourtant au moment où le pouvoir peine à rétablir son autorité sur les territoires contrôlés par les gangs. Entre juillet et septembre, le BINUH a recensé plus de 1 000 morts et plus d’une centaine de victimes d’enlèvement. Les violences sexuelles demeurent généralisées, tandis que les groupes armés multiplient les représailles contre les communautés civiles.

La situation sécuritaire s’est encore détériorée dimanche à Santo, où des membres salvadoriens de la Force de répression des gangs (FRG) ont été attaqués. Carlos Ruiz Massieu a exprimé sa profonde inquiétude et souhaité une issue favorable pour les militaires concernés, sans confirmer les informations faisant état de leur décès.

Sur le terrain électoral, le discours onusien comporte néanmoins une mise en garde explicite. Le représentant spécial a dénoncé la répétition d’annonces électorales dépourvues d’évaluation réaliste de leur faisabilité, estimant qu’elles fragilisent la confiance publique et la crédibilité institutionnelle. Une observation qui prend une résonance particulière face à l’échéance du 13 décembre 2026, avancée par le pouvoir.

Le paradoxe politique demeure : le BINUH soutient la continuité de la transition et accompagne les institutions gouvernementales, tout en reconnaissant l’insuffisance des résultats sécuritaires, les déficiences structurelles de la justice et la nécessité de revoir le calendrier électoral. À quelle obligation de résultats ce soutien international est-il subordonné ? Et comment apprécier les avancées administratives d’un processus électoral lorsque la liberté de circulation, la protection des électeurs et l’autorité territoriale de l’État restent compromises ?

Au Conseil de sécurité, le représentant onusien a finalement reconnu que les objectifs poursuivis conjointement avec les autorités haïtiennes n’avaient pas encore été pleinement atteints. Une admission qui appelle une interrogation supplémentaire : jusqu’où l’accompagnement diplomatique d’un pouvoir de transition peut-il se poursuivre sans mécanismes publics de reddition de comptes sur ses résultats ?

Fondement documentaire : intervention officielle de Carlos Ruiz Massieu devant le Conseil de sécurité, publiée le 19 octobre 2026 par le Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix des Nations unies.

Il convient de distinguer le soutien du BINUH aux institutions et au processus de transition d’une approbation inconditionnelle du gouvernement : le discours comporte également des critiques précises sur le calendrier électoral, l’insécurité et l’insuffisance des résultats.

.Traduction intégrale en français du discours de Carlos Ruiz Massieu

Conseil de sécurité des Nations unies — New York, lundi 19 octobre 2026. Traduction des passages anglais et harmonisation rédactionnelle des passages initialement prononcés en français, sans modification des positions exprimées.

— Intervention du représentant spécial du secrétaire général des Nations unies devant le Conseil de sécurité, le 19 octobre 2026

Carlos Ruiz Massieu — Représentant spécial du secrétaire général et chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH)

Madame la Présidente,

Distingués membres du Conseil,

Je suis heureux de participer à cette séance aux côtés de Jack Christofides, représentant spécial de la Force de répression des gangs, et de Daniela Kroslak, cheffe du Bureau d’appui des Nations unies en Haïti.

Nous avons appris avec une profonde préoccupation l’attaque perpétrée contre des membres salvadoriens de la Force de répression des gangs. Nous espérons sincèrement que cette situation connaîtra un dénouement favorable et que leur sécurité sera préservée. Nos pensées accompagnent nos collègues de la Force, dont nous apprécions profondément le dévouement et l’engagement dans l’accomplissement de leur mission.

Madame la Présidente,

Distingués membres du Conseil,

Depuis mon dernier exposé périodique, présenté en juillet, les efforts destinés à faire progresser la transition politique en Haïti se sont poursuivis avec détermination.

Malgré un environnement sécuritaire particulièrement difficile, les préparatifs électoraux ont atteint un niveau d’avancement sans précédent depuis plus d’une décennie. L’enregistrement de plus de 35 partis et regroupements politiques, ainsi que de plus de 3 500 candidats à des fonctions électives, témoigne d’une mobilisation significative en faveur de la poursuite du processus électoral.

Sur la base de ces avancées, les initiatives visant à adapter le cadre électoral aux réalités nationales se sont poursuivies, notamment avec la publication, le 6 octobre, du décret électoral révisé.

Les dispositions adoptées comprennent la prolongation de la période d’enregistrement des candidatures, des mesures facilitant la participation des femmes aux élections et l’introduction de l’inscription des électeurs en ligne.

Ces modifications représentent des étapes importantes vers un processus plus participatif et inclusif, dans un contexte où le nombre d’électeurs inscrits demeure sensiblement inférieur à l’effectif estimé du corps électoral.

Madame la Présidente,

Les modifications des critères d’éligibilité des candidats, particulièrement celles concernant les personnes faisant l’objet de sanctions bilatérales ou régionales, ont suscité des discussions tant au niveau national qu’international.

Indépendamment de la décision qui sera finalement adoptée par les autorités haïtiennes, ces débats démontrent la nécessité de mettre en place des mécanismes nationaux solides pour examiner les allégations de criminalité et de corruption.

Le renforcement de l’État de droit et de l’appareil judiciaire constitue une condition fondamentale pour rétablir la confiance de la population envers les institutions publiques et remédier aux causes structurelles de l’affaiblissement de l’ordre démocratique.

Les autorités électorales ayant entrepris la révision du calendrier électoral, tout ajustement devra reposer sur une appréciation réaliste des conditions logistiques et sécuritaires du pays.

**Nous devons être clairs : l’annonce répétée de dates électorales, sans évaluation réaliste de leur faisabilité, ne peut qu’affaiblir la confiance de la population et compromettre la crédibilité des institutions haïtiennes.**

À cet égard, une coordination étroite entre le gouvernement et le Conseil électoral provisoire, dans le respect de leurs attributions respectives, demeure indispensable.

Un élément encourageant mérite également d’être mentionné : le 5 octobre, le Conseil des ministres a adopté une résolution prévoyant des mesures destinées à garantir l’égalité des chances entre les acteurs politiques et l’impartialité des autorités publiques pendant l’ensemble du processus électoral.

Ces dispositions comprennent notamment des sanctions contre l’utilisation des ressources de l’État à des fins électorales.

Leur application effective sera déterminante pour renforcer la confiance de la population et préserver l’intégrité du processus.

Un engagement national soutenu, accompagné d’un appui régional et international constant, sera nécessaire afin de maintenir la dynamique des préparatifs électoraux.

Le BINUH poursuivra son accompagnement en intensifiant ses échanges avec les partis politiques, les organisations de la société civile et les autres parties prenantes, en vue de favoriser le dialogue interhaïtien.

Il continuera également de fournir et de coordonner l’assistance électorale internationale, tout en renforçant ses actions de sensibilisation auprès des personnes appelées à voter pour la première fois, particulièrement les jeunes et les femmes.

Madame la Présidente,

**Au moment où je m’adresse à vous, les gangs armés continuent de contester l’autorité de l’État et d’exercer des violences contre la population haïtienne.**

Bien que les forces de sécurité, bénéficiant d’un appui croissant de la Force de répression des gangs, aient intensifié leurs opérations, l’insécurité généralisée persiste.

Cette situation compromet la stabilité nationale, entrave les efforts de rétablissement de l’autorité publique et perturbe profondément la vie quotidienne des Haïtiens.

Entre juillet et septembre 2026, le BINUH a recensé plus de 1 000 personnes tuées et plus d’une centaine de victimes d’enlèvement.

Les violences sexuelles demeurent largement répandues, tandis que les groupes d’autodéfense continuent de se multiplier.

Les massacres indiscriminés perpétrés à Kenscoff, qui avaient conduit le Conseil de sécurité à tenir une séance d’urgence le 28 août, ont rappelé avec une particulière gravité la brutalité des violences commises par les gangs.

Les attaques survenues ultérieurement dans d’autres régions du pays, notamment dans les zones rurales, démontrent l’extension géographique de l’insécurité.

La capacité d’adaptation tactique des gangs face à l’intensification des opérations sécuritaires constitue un motif de préoccupation majeur.

Sur le terrain, nous constatons un recours croissant aux violences de représailles contre les communautés, notamment aux prises d’otages et à diverses formes d’intimidation.

Par ces méthodes, les gangs cherchent à affaiblir l’autorité de l’État, à préserver leur emprise territoriale et à entretenir un climat de terreur.

Je condamne fermement ces actes et exhorte les autorités haïtiennes à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les populations locales, notamment en renforçant les capacités des institutions nationales de sécurité afin qu’elles puissent répondre efficacement à l’évolution des menaces.

Malgré cet environnement particulièrement difficile, certains développements positifs méritent néanmoins d’être reconnus.

Avec l’appui du Bureau d’appui des Nations unies en Haïti, la Force de répression des gangs a étendu sa présence opérationnelle dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et dans le département de l’Artibonite, grâce notamment au déploiement de contingents supplémentaires.

Ma présence aujourd’hui, aux côtés de la cheffe du Bureau d’appui des Nations unies en Haïti et du représentant spécial de la Force de répression des gangs, témoigne de notre engagement commun en faveur d’une réponse coordonnée, fondée sur la complémentarité de nos interventions.

Cette démarche s’inscrit dans le prolongement des décisions adoptées par le Conseil de sécurité, dont je tiens à saluer le soutien constant à Haïti.

**Je salue également la décision du gouvernement haïtien d’accroître substantiellement les ressources financières destinées aux institutions nationales de sécurité et de renforcer les capacités de la Police nationale d’Haïti et des Forces armées d’Haïti.**

Ces initiatives, soutenues par les partenaires internationaux, doivent permettre aux institutions haïtiennes d’assumer progressivement davantage de responsabilités dans le rétablissement de la stabilité et la réaffirmation de l’autorité de l’État.

Malgré l’importance de ces développements, le déploiement intégral de la Force de répression des gangs demeure prioritaire.

Le soutien continu du Conseil de sécurité sera indispensable pour permettre à cette force d’atteindre, sans délai, sa pleine capacité opérationnelle.

Distingués membres du Conseil,

L’expérience démontre que les opérations de sécurité, considérées isolément, ne peuvent garantir une stabilisation durable.

Des progrès pérennes exigent une approche globale, conduite par les Haïtiens eux-mêmes, associant la reconquête territoriale à une présence durable de l’État.

Cette stratégie doit également intégrer des programmes coordonnés de désarmement, de démantèlement et de réintégration, en accordant une attention particulière aux enfants recrutés par les gangs.

Je demeure fermement engagé à soutenir ces initiatives, notamment par l’accompagnement de la Commission nationale de désarmement, de démantèlement et de réintégration dans ses consultations à l’échelle nationale.

Notre accompagnement portera également, et plus particulièrement, sur l’élaboration d’un programme national complet de désarmement, de démantèlement et de réintégration, placé sous la responsabilité des institutions haïtiennes.

Madame la Présidente,

**La situation humanitaire et socioéconomique en Haïti demeure profondément alarmante.**

Les populations les plus vulnérables continuent de supporter les conséquences les plus graves des violences perpétrées par les gangs.

Au cours des trois derniers mois, la recrudescence de l’insécurité a provoqué le déplacement de plus de 17 000 personnes supplémentaires.

Le nombre total de personnes déplacées à l’intérieur du pays approche désormais 1,5 million, dont plus de 740 000 enfants.

Parallèlement, les projections économiques indiquent que l’économie haïtienne devrait enregistrer en 2026 une septième année consécutive de contraction.

Les besoins humanitaires continuent de progresser plus rapidement que les ressources disponibles.

À ce jour, moins de la moitié du Plan de réponse humanitaire pour l’année en cours bénéficie d’un financement.

Sans augmentation de l’assistance internationale, l’écart entre l’ampleur des besoins et les moyens mobilisés risque de s’accentuer davantage.

Madame la Présidente,

Les prochains mois pourraient offrir la possibilité d’obtenir des avancées concrètes et de préparer le rétablissement d’institutions démocratiquement élues.

Pour concrétiser cette perspective, des progrès soutenus et complémentaires devront être accomplis sur les plans sécuritaire, politique et électoral.

L’application effective des sanctions décidées par le Conseil de sécurité devra également accompagner ces efforts.

Conformément à la résolution 2814 adoptée par le Conseil, le BINUH poursuivra sa collaboration étroite avec les autorités haïtiennes afin de soutenir la mise en œuvre du régime de sanctions des Nations unies.

La population haïtienne continue de faire preuve d’une résilience remarquable face à des difficultés exceptionnelles.

Elle mérite désormais de constater des améliorations concrètes de ses conditions d’existence.

J’appelle par conséquent les États membres à maintenir leur soutien à Haïti et à poursuivre leurs manifestations de solidarité envers le pays.

Cet engagement comprend notamment des contributions au Fonds d’affectation spéciale de la Force de répression des gangs et au Fonds pour les dividendes de la paix en Haïti.

Il doit permettre de développer une approche complémentaire associant les interventions sécuritaires aux actions en faveur de la justice, du désarmement, du démantèlement et de la réintégration.

Une appropriation nationale forte, accompagnée d’un engagement international durable, notamment de la part du Conseil de sécurité, sera déterminante pour atteindre les objectifs sécuritaires, mener la transition à son terme et établir les fondements d’une paix et d’une stabilité durables en Haïti.

Madame la Présidente,

Distingués membres du Conseil,

**Malgré les efforts répétés que nous avons déployés aux côtés du peuple haïtien, nous n’avons pas encore pleinement atteint nos objectifs communs.**

Une nouvelle possibilité se présente aujourd’hui grâce à une approche collective novatrice, associant les capacités de la Force de répression des gangs, l’appui opérationnel du Bureau d’appui des Nations unies en Haïti et la direction politique du BINUH, au service des priorités nationales.

Saisissons cette occasion et travaillons de concert avec Haïti afin de transformer nos engagements communs en résultats concrets et durables pour la population haïtienne.

Je vous remercie.

Source officielle : [Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix de l’ONU — Discours du 19 octobre 2026](https://dppa.un.org/en/speeches-and-statements/remarks-by-special-representative-for-haiti-to-the-security-council-as?utm_source=chatgpt.com).

Lecture critique : trois contradictions politiques à examiner

Première contradiction — L’éloge des préparatifs électoraux face à l’insécurité territoriale. Le BINUH considère l’enregistrement de plus de 3 500 candidatures comme un progrès, mais constate simultanément que la population demeure confrontée à une insécurité généralisée. L’enregistrement administratif des candidats ne saurait, à lui seul, établir l’existence des conditions matérielles, juridiques et sécuritaires permettant un scrutin libre et sincère.

Deuxième contradiction — Le soutien aux décisions gouvernementales et l’absence de résultats vérifiables. Carlos Ruiz Massieu accueille favorablement l’augmentation annoncée du financement de la sécurité, sans présenter, dans cette intervention, d’évaluation chiffrée des territoires effectivement repris aux groupes armés. Le montant des ressources engagées ne constitue pas, en lui-même, une preuve d’efficacité opérationnelle.

Troisième contradiction — La continuité diplomatique de la transition et sa responsabilité politique. Le BINUH privilégie la coopération avec les autorités en place, conformément à son mandat d’accompagnement institutionnel. Mais cette démarche conduit à s’interroger sur les mécanismes de contrôle des dépenses publiques, les obligations de résultats et les voies de recours ouvertes aux victimes des violences.

La reconnaissance par le représentant onusien de l’inachèvement des objectifs communs fournit ainsi un point de départ à une évaluation plus exigeante : quels résultats vérifiables, quels délais et quelles responsabilités publiques doivent désormais conditionner l’accompagnement international de la transition haïtienne ?

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