Plus de 3 600 détenus évadés du Pénitencier national : deux ans et demi après, où en est l’enquête sur l’attaque des gangs ?
PORT-AU-PRINCE, 17 octobre 2026 — La nuit du 2 au 3 mars 2024 demeure l’un des épisodes les plus graves de l’effondrement de l’autorité pénitentiaire haïtienne. Des gangs lourdement armés prennent d’assaut le Pénitencier national, provoquant une évasion massive. Selon les données publiées par le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), 3 609 détenus sur 3 708 ne répondent plus à l’appel. La prison civile de la Croix-des-Bouquets subit également une attaque, entraînant la fuite de ses 1 034 détenus.
Une enquête est effectivement « ouverte » par l’Inspection générale de la Police nationale d’Haïti (IGPNH) sur le comportement des policiers lors de ces évasions. Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) en confirme l’existence dans son rapport couvrant le premier trimestre 2024. Cette procédure devait notamment permettre d’examiner les circonstances dans lesquelles deux établissements pénitentiaires avaient été attaqués et leurs dispositifs de sécurité débordés.
Où en est l’enquête ? Le rapport du secrétaire général des Nations unies du 27 juin 2024 (S/2024/508, paragraphe 27) révèle que l’IGPNH avait transmis un rapport préliminaire au parquet de Port-au-Prince, mais que le document définitif restait à finaliser par le commissaire. Depuis, les recherches effectuées dans les sources publiques n’ont permis de retrouver ni rapport final, ni bilan judiciaire exhaustif, ni décision pénale établissant les responsabilités dans cette attaque.
Le 4 juillet 2025, devant le Comité des droits de l’homme des Nations unies, la délégation haïtienne déclarait qu’une douzaine seulement des quelque 3 700 évadés du Pénitencier national avaient été retrouvés.
À ce jour, les autorités, qui multiplient les discours sur « l’unité nationale » tandis que l’impunité tend à s’ériger en norme de gouvernance, n’ont toujours pas publiquement clarifié l’issue de l’enquête initiale, notamment les éventuelles défaillances administratives, les complicités individuelles et les responsabilités institutionnelles susceptibles d’avoir facilité cette évasion massive. Peut-on véritablement prôner l’unité nationale sans exiger la vérité judiciaire ni combattre l’impunité ?
L’interrogation sur la responsabilité de l’État reste entière : comment le Costa Rica peut-il inaugurer une prison de haute sécurité pour empêcher les chefs de gangs de poursuivre leurs activités criminelles, tandis qu’en Haïti, plus de deux ans après l’assaut contre sa principale prison, les citoyens attendent toujours un compte rendu judiciaire complet sur cette évasion massive ?

