PORT-AU-PRINCE, 9 octobre 2026 — Le diplomate Pierre-Antoine Louis a sévèrement critiqué la cérémonie organisée jeudi 8 octobre à la base Vertières, à l’occasion du déploiement annoncé de la Force de répression des gangs (FRG). Qualifiant cette manifestation de « véritable mascarade », il dénonce une mise en scène gouvernementale devant des représentants étrangers, en contradiction, selon lui, avec la portée historique du lieu et l’absence d’une stratégie nationale de sécurité clairement définie.
« Aucun étranger n’a la responsabilité de venir mourir pour Haïti », a fait valoir le diplomate, estimant que les autorités haïtiennes ne sauraient transférer à des contingents internationaux leurs propres obligations régaliennes. Selon lui, l’intervention étrangère ne peut produire de résultats durables sans une doctrine de sécurité élaborée par l’État haïtien, précisant les objectifs opérationnels, les ressources disponibles, les équipements nécessaires et les responsabilités respectives des institutions nationales et de leurs partenaires.
Le choix du 8 octobre et de la base Vertières constitue, à ses yeux, une double provocation mémorielle. Cette date rappelle le couronnement de Jean-Jacques Dessalines en 1804, tandis que Vertières symbolise la victoire décisive de l’armée indigène sur les forces expéditionnaires françaises, le 18 novembre 1803. Le diplomate juge particulièrement déplacé d’avoir convié de nombreux représentants étrangers à une cérémonie militaire sur un site portant le nom de cette bataille fondatrice de l’indépendance haïtienne.
Pierre-Antoine Louis invoque également les conclusions du Groupe d’experts des Nations unies chargé du régime de sanctions concernant Haïti, affirmant que ses travaux témoignent de l’insuffisance de la planification sécuritaire nationale. Il préconise de privilégier le renforcement des effectifs de la Police nationale d’Haïti, la formation spécialisée, l’acquisition d’armements et d’équipements adaptés ainsi que la consolidation des capacités opérationnelles nationales, plutôt que de présenter la présence internationale comme une solution autonome.
« Ce qui s’est passé à la base Vertières est une souillure de la souveraineté nationale », soutient-il en substance. Son analyse met directement en cause la responsabilité du gouvernement : comment prétendre reconquérir le territoire en multipliant les cérémonies diplomatiques si les institutions chargées de la sécurité ne disposent toujours pas des moyens et de la stratégie nécessaires à l’exécution de leur mission ?
Cette critique intervient cependant dans un contexte où la Primature affirme vouloir associer l’offensive contre les gangs au rétablissement de la justice, des services publics et de l’autorité de l’État. Six pays participent à la FRG, tandis que la présence à la cérémonie de l’ambassadeur de France, Gauthier Lekens, et de son homologue canadien, Alexandre Côté, a été rapportée par Le Quotidien 509.
Pour Pierre-Antoine Louis, la question demeure celle de la responsabilité politique : les partenaires internationaux peuvent fournir une assistance militaire, logistique et financière, mais ils ne sauraient se substituer indéfiniment aux autorités nationales. La portée réelle de la cérémonie de Vertières devra donc s’apprécier non à l’aune des discours et des démonstrations militaires, mais à celle des territoires effectivement reconquis, des populations protégées et de la capacité de l’État à y exercer durablement son autorité.

