— Quatre-vingt-neuf ans plus tard, un autre 2 octobre, les autorités dominicaines annoncent que la sélection haïtienne ne pourra plus disputer de rencontres dans les installations sportives publiques du pays. En 1937-1938, Port-au-Prince avait accepté une indemnisation négociée avec Santo Domingo, dont les travaux historiques indiquent qu’une faible part seulement bénéficia effectivement aux réfugiés et aux familles touchées. En 2026, la diplomatie haïtienne gardera-t-elle le silence ou exigera-t-elle des explications, notamment par l’intermédiaire de son ambassade à Santo Domingo, sur une décision annoncée sans concertation publique avec les autorités haïtiennes ?
NEW YORK, 2 octobre 2026 — Quatre-vingt-neuf ans jour pour jour après le début du massacre de milliers d’Haïtiens sous la dictature de Rafael Leónidas Trujillo, la République dominicaine se retrouve de nouveau liée à une décision visant des ressortissants haïtiens. Cette fois, il ne s’agit ni d’une opération militaire ni d’une persécution d’État, mais d’une interdiction sportive : la sélection haïtienne ne pourra plus utiliser les installations publiques dominicaines pour ses prochaines rencontres.
L’annonce tombe au lendemain d’une soirée pourtant dominée par le football. Haïti a écrasé la République dominicaine 4-1 au stade olympique Félix Sánchez, avant que des incidents signalés autour du complexe et des comportements reprochés à certains membres de la délégation haïtienne ne provoquent une réaction officielle. Le ministre des Sports, Kelvin Cruz, a annoncé la mesure, soutenue publiquement par le président Luis Abinader, tandis que les instances dominicaines envisagent de saisir la FIFA et la Concacaf.
Le parallèle historique comporte certes des limites qui doivent être formulées avec précision. En 1937, il s’agissait d’un massacre de masse orchestré par un régime autoritaire, face à une administration haïtienne sortie depuis seulement trois ans de l’occupation américaine de 1915-1934 ; en 2026, il est question d’une décision administrative et sportive, annoncée sans concertation préalable apparente avec les autorités haïtiennes et dans un contexte où la considération institutionnelle accordée à celles-ci peut légitimement être interrogée. Les deux réalités ne sauraient être placées sur le même plan : la distinction s’impose. Mais annoncer une telle interdiction un 2 octobre confère inévitablement à la décision une résonance particulière dans la mémoire collective haïtienne, d’autant que les relations entre les deux pays demeurent traversées par les contentieux liés à la migration, à la frontière et au traitement réservé aux ressortissants haïtiens en territoire dominicain.
Le football aurait pu offrir un espace où l’histoire cédait la place à la compétition. Après le 4-1 des Grenadiers, il devient au contraire le prolongement d’une relation bilatérale chargée de mémoire et de tensions. 2 octobre 1937 : des Haïtiens étaient massacrés en République dominicaine. 2 octobre 2026 : leurs footballeurs y sont déclarés indésirables dans les installations publiques. Les faits sont incomparables ; la date, elle, demeure impossible à banaliser. Comment un pays qui a si souvent accepté des injonctions, des choix et des orientations venus de l’extérieur en est-il arrivé à ne plus pouvoir garantir, chez lui, les conditions minimales pour accueillir une rencontre internationale de football ? Cette incapacité institutionnelle constitue, à elle seule, une humiliation nationale que les discours officiels ne sauraient masquer.

