NEW YORK, 29 septembre 2026 — Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a adopté mardi la résolution 2829 (2026) prorogeant de six mois le mandat de la Force de répression des gangs (FRG/GSF) en Haïti, par 12 voix pour, aucune contre et trois abstentions, donnant au dispositif international jusqu’au 31 mars 2027 pour poursuivre son déploiement et tenter de modifier le rapport de forces face aux groupes armés. Le projet avait été présenté par les États-Unis et le Panama, coparrains du dossier haïtien au Conseil. Le renouvellement de six mois figurait déjà dans le projet soumis au vote, avec maintien de l’appui logistique et opérationnel du Bureau d’appui des Nations unies en Haïti.
Réuni pour sa 10231e séance, le Conseil avait invité les représentants d’Haïti, de la Jamaïque et de la République dominicaine à participer aux travaux. La séance, inscrite mardi matin au programme officiel de l’ONU sous l’intitulé « Haiti – Security Council, 10231st meeting », a immédiatement débouché sur le vote du projet S/2026/761.
Le Panama, premier à expliquer son vote après l’adoption, a ouvert son intervention en évoquant les quelque onze personnes tuées la veille dans l’Artibonite – alòs ke Alix Fils-Aimé poko di yon mo sou sa. Pour la délégation panaméenne, cette nouvelle attaque illustrait la nécessité de poursuivre le dispositif international destiné à soutenir les forces haïtiennes face aux groupes criminels.
Washington : après « six, peut-être sept missions », changer de méthode
Les États-Unis ont donné au vote une portée dépassant la simple prolongation administrative d’un mandat. Leur représentant a rappelé que plusieurs missions internationales — « six, peut-être sept », selon ses termes — avaient été consacrées à Haïti au cours des dernières décennies, avec des résultats limités.
La délégation américaine a repris une déclaration attribuée au secrétaire d’État Marco Rubio, qui avait présenté le dossier haïtien comme un test de la capacité des Nations Unies à adapter leurs anciens modèles d’intervention.
Washington affirme croire que l’ONU peut obtenir des résultats avec une structure comme la FRG en revenant, selon son représentant, aux fonctions premières de l’organisation en matière de paix et de sécurité.
Cette lecture américaine intervient un an après la création de la FRG par la résolution 2793 (2025), adoptée le 30 septembre 2025 par le même résultat de 12 voix pour, aucune contre et trois abstentions. La force multinationale non onusienne avait alors été autorisée pour douze mois afin de combattre les gangs, avec la création parallèle d’un Bureau d’appui des Nations unies.
Le représentant américain a terminé son intervention en convoquant l’histoire. Les Haïtiens, a-t-il rappelé, ont vaincu les forces napoléoniennes, affronté certaines des grandes puissances militaires de leur époque et survécu aux séismes, ouragans et autres catastrophes.
L’objectif, selon Washington, consiste maintenant à permettre aux Haïtiens de « reprendre leurs rues, leurs vies et leur avenir », avant une autre formule chargée de symbolisme sur la capacité de la deuxième plus ancienne république de l’hémisphère à retrouver la maîtrise de son destin.
Le discours américain place ainsi la FRG devant une obligation politique : prouver qu’après plusieurs générations d’interventions étrangères, cette nouvelle architecture de sécurité peut produire des résultats mesurables sur le territoire.
Pékin s’abstient et récuse la réponse exclusivement militaire
La Chine a choisi l’abstention et formulé une critique de fond du mécanisme.
Pékin affirme être profondément préoccupé par la situation sécuritaire haïtienne et soutenir l’assistance apportée par les États de la région et la communauté internationale. Mais sa délégation maintient ses « doutes et préoccupations » sur la possibilité de résoudre la crise par le recours à une force militaire extérieure chargée de supprimer ou de neutraliser les gangs.
Pour la Chine, la crise haïtienne n’est pas uniquement sécuritaire. Elle procède également de problèmes structurels de gouvernance : faible présence de l’État, capacité des gangs à se déplacer et à se recomposer, corruption, collusions entre certains éléments policiers et les groupes armés, détresse économique et recrutement de mineurs.
Pékin considère, dans ces conditions, que combattre « la violence par la violence » risque de ne pas produire les résultats recherchés et pourrait rendre la situation plus difficile encore pour la population civile.
La Chine réclame par conséquent une surveillance étroite de la FRG pendant les six prochains mois : respect du droit international, transparence des opérations, rapports réguliers au Conseil et mécanismes de responsabilité, avec une attention particulière à la protection des enfants.
Pékin demande également que l’action internationale s’attaque davantage à l’approvisionnement des groupes criminels en armes et munitions, tout en renforçant les capacités propres de l’État haïtien. Les négociations précédant le vote avaient déjà opposé Chine et Russie aux coparrains américain et panaméen : Pékin et Moscou souhaitaient notamment une prorogation de trois mois et une évaluation stratégique du dispositif, propositions non retenues dans le texte soumis au vote.
« La question n’a jamais été de savoir s’il fallait soutenir Haïti, mais comment soutenir Haïti », a résumé en substance la délégation chinoise, qui estime que la solution finale doit appartenir aux Haïtiens eux-mêmes.
Moscou : effectifs, financement, statut juridique et élections
La Russie, également abstentionniste, a rappelé qu’elle ne s’était pas opposée un an auparavant à la création de la FRG, notamment en raison des demandes formulées par les pays de la région et par les autorités haïtiennes.
Moscou affirme toutefois que plusieurs interrogations présentes dès l’origine demeurent sans réponse satisfaisante : modèle opérationnel, recrutement et formation des contingents, financement durable, statut juridique de la force et calendrier de son déploiement.
La délégation russe reconnaît les efforts accomplis par les États à l’origine de l’initiative ainsi que par le Secrétariat des Nations unies pour installer le Bureau d’appui. Elle constate néanmoins que le déploiement des unités a pris du retard.
Moscou rattache directement ce retard à la question électorale : selon son représentant, la lenteur du déploiement retarde également les préparatifs nécessaires aux élections générales, tandis que la criminalité continue de peser sur Port-au-Prince et d’autres régions du pays.
La Russie pose aussi la question du type de guerre auquel les contingents seront confrontés. Des unités traditionnellement préparées à des opérations de maintien de la paix devront affronter des combats urbains contre des groupes criminels qui n’opèrent pas selon les règles d’une guerre conventionnelle.
Pour Moscou, même des opérations militaires intensives ne peuvent, à elles seules, résoudre la crise. Le rétablissement de l’État, la consolidation de ses propres capacités de sécurité et la reconstruction de l’autorité publique constituent, selon la délégation russe, des conditions déterminantes du retour à l’ordre constitutionnel.
La Russie a également appelé les acteurs internationaux concernés à empêcher les flux extérieurs d’armes et d’argent alimentant les groupes criminels et à ne pas intervenir dans le processus politique interne, notamment le processus électoral.
Haïti applaudit le renouvellement et réclame maintenant les moyens – yon bouyon rechofe depi 2021
La parole donnée ensuite au représentant d’Haïti a replacé le débat sur le terrain des attentes gouvernementales.
Port-au-Prince a salué l’adoption de la résolution quelques jours seulement après l’appel au renouvellement et au renforcement de la Force lancé par le Premier ministre de doublure Alix Didier Fils-Aimé à New York. L’ONU confirme que Fils-Aimé a représenté Haïti au débat général de la 81e session le 25 septembre 2026.
Le gouvernement haïtien a remercié les États-Unis et le Panama, ainsi que les membres du Conseil, y compris ceux qui se sont abstenus, dont les remarques, a assuré son représentant, seront transmises aux autorités haïtiennes.
Selon Port-au-Prince, les six mois supplémentaires doivent permettre de consolider les avancées, accélérer la montée en puissance de la Force et transformer les engagements internationaux en résultats concrets et durables.
L’objectif sécuritaire présenté au Conseil est précis : permettre progressivement à l’État haïtien de reprendre le contrôle des zones occupées par les groupes armés, sécuriser les infrastructures stratégiques, rétablir l’autorité publique et créer les conditions nécessaires au retour à l’ordre constitutionnel et à l’organisation des élections.
Le représentant haïtien a toutefois reconnu que la FRG demeure encore dans une phase de déploiement et de positionnement opérationnel. Port-au-Prince attend donc que le renouvellement du mandat soit accompagné des effectifs, équipements et capacités nécessaires pour exécuter pleinement les missions autorisées par le Conseil.
Le gouvernement de doublure a expressément salué les engagements annoncés par le Bangladesh, la Côte d’Ivoire, le Salvador, le Canada, le Guatemala, la Jamaïque, la Mongolie, le Pérou, la Sierra Leone, le Sri Lanka et le Tchad, tout en demandant une finalisation rapide des arrangements juridiques, administratifs et opérationnels encore nécessaires au déploiement.
Les difficultés de montée en puissance étaient déjà documentées avant le vote : Security Council Report indiquait qu’au 8 juillet, la composante militaire de la FRG comptait 1 083 personnels, tandis que son volet civil en comptait 16, loin de la pleine capacité envisagée par le dispositif initial.
« Il ne suffit pas de reprendre le territoire »
La partie la plus substantielle de l’intervention haïtienne a concerné la doctrine d’emploi de la FRG.
Le gouvernement affirme que la Force internationale doit fonctionner en complémentarité avec les institutions haïtiennes et non les remplacer.
Port-au-Prince réclame une coordination opérationnelle permanente entre la FRG, la Police nationale d’Haïti et les Forces armées d’Haïti, depuis la planification des opérations et le partage du renseignement jusqu’à la sécurisation des secteurs reconquis.
Le représentant haïtien a formulé l’un des constats centraux de la séance : reprendre un territoire aux gangs ne suffit pas.
Encore faut-il pouvoir conserver les zones reconquises, y rétablir durablement l’autorité de l’État, permettre le retour des services publics et empêcher les groupes criminels d’y revenir une fois les opérations terminées.
Cette stratégie exige, selon Haïti, une définition précise des responsabilités entre les forces présentes, mais aussi des moyens de communication sécurisés et interopérables permettant aux unités de la FRG, de la PNH et des FAd’H d’échanger rapidement des informations avant, pendant et après les opérations.
Port-au-Prince souhaite ainsi renforcer les centres d’opérations conjointes et les mécanismes de partage du renseignement.
La sécurité présentée comme condition des élections
Le gouvernement haïtien a également rattaché explicitement le mandat renouvelé de la FRG au processus électoral.
Les principaux axes routiers, les centres urbains, les infrastructures stratégiques et les zones indispensables au déploiement du dispositif électoral doivent, selon son représentant, être sécurisés afin de permettre la tenue d’élections libres et crédibles.
La position gouvernementale consiste à rechercher un soutien international qui renforce les capacités nationales sans transférer à des forces étrangères les responsabilités souveraines de l’État.
Cette articulation entre sécurité et élections avait déjà été exposée par les autorités haïtiennes devant le Conseil en juillet : le représentant d’Haïti affirmait alors que le déploiement de la FRG dans les zones encore frappées par l’insécurité était indispensable à l’exercice du droit de vote et liait directement sécurité, élections et retour à l’ordre constitutionnel.
Le gouvernement affirme donc attendre de la période qui s’ouvre quatre résultats : une amélioration durable de la sécurité, une réduction du contrôle territorial exercé par les gangs, le rétablissement de l’autorité étatique et la création des conditions permettant des élections inclusives et pacifiques.
Washington et Haïti placent ainsi les six prochains mois sous le signe du résultat. Les États-Unis veulent démontrer que, contrairement aux expériences internationales antérieures, la nouvelle architecture peut produire un changement concret. Port-au-Prince exige que la prolongation se traduise en hommes, équipements, coordination opérationnelle et territoires effectivement stabilisés.
Pékin et Moscou avertissent cependant que la force militaire ne pourra remplacer ni l’État, ni la gouvernance, ni le contrôle des flux d’armes, ni la reconstruction des institutions nationales.
La résolution 2829 (2026) ne clôt donc aucun débat. Elle déplace désormais l’épreuve du Conseil de sécurité vers le terrain haïtien : quels territoires seront effectivement repris aux gangs, lesquels pourront être conservés, quelles routes redeviendront praticables, quels services publics pourront revenir et quelles zones pourront matériellement accueillir des opérations électorales avant l’expiration du nouveau mandat le 31 mars 2027 ?
À l’issue du vote 12-0-3, les déclarations américaines et haïtiennes fixent une référence commune : après des années de missions, de résolutions et de renouvellements, la prochaine évaluation ne pourra se limiter au nombre de contingents annoncés. Elle portera sur la capacité de l’État haïtien, appuyé par la FRG, à reprendre durablement l’espace abandonné aux groupes armés et à rendre possible le retour aux urnes.
cba

