24 septembre 2026
Pourquoi le président Abinader feint-il d’ignorer la dimension « pan-insulaire » de  l’opérateur Viettel/Natcom ? 
Actualités Technologies

Pourquoi le président Abinader feint-il d’ignorer la dimension « pan-insulaire » de  l’opérateur Viettel/Natcom ? 

Ce silence n’est pas une omission accidentelle. C’est un choix politique. En cantonnant le  débat à la concurrence tarifaire et à l’alliance Vietnam-États-Unis, le président Abinader  évite d’ouvrir une discussion plus profonde sur ce que signifie réellement confier une part  significative du spectre radioélectrique national à un groupe qui opère déjà de l’autre côté de  la frontière. Viettel Dominicana ne sera pas seulement un concurrent de Claro et Altice. Ce  sera le premier opérateur capable d’agir, avec une logique unique, sur l’ensemble de l’île. 

Depuis l’attribution des fréquences à Viettel Global, le président Luis Abinader a pris position  à deux reprises pour défendre l’entrée de l’opérateur vietnamien. Le 26 août 2026, lors d’une  conférence de presse au Palais national, il a dénoncé la concentration du marché (95 % entre  deux entreprises) et les tarifs 22 % plus élevés que la moyenne latino-américaine. Il a affirmé  que le Gouvernement recherchait une « concurrence saine » pour améliorer la qualité et  baisser les prix. Le 7 septembre, dans son Agenda Semanal, il a réitéré que la compagnie  vietnamienne « va apporter de la concurrence, pour que baissent les prix et s’améliore la  qualité pour les Dominicains et Dominicaines ». Il a également rappelé que le Vietnam est un  allié stratégique des États-Unis et que Viettel devra se conformer aux normes de sécurité  internationales, notamment l’Initiative de Réseau Propre. 

Ces déclarations sont claires, cohérentes et politiquement prudentes. Elles mettent en avant les  bénéfices pour le consommateur et neutralisent les critiques géopolitiques en invoquant  l’alignement Vietnam-États-Unis. Pourtant, elles omettent délibérément un fait structurel  majeur : Viettel ne sera pas un simple quatrième opérateur mobile en République  dominicaine. Il deviendra, de facto, un opérateur pan-insulaire. 

Viettel contrôle déjà Natcom en Haïti, l’un des principaux opérateurs de télécommunications  de ce pays, fruit d’une joint-venture avec l’État haïtien depuis 2010. Avec sa future filiale  dominicaine, le même groupe d’État vietnamien — lié au ministère de la Défense de Hanoï — disposera d’une présence opérationnelle des deux côtés de la frontière terrestre de près de 400  kilomètres qui partage l’île d’Hispaniola. Aucune autre compagnie de télécommunications ne  détient aujourd’hui une telle position asymétrique et continue sur les deux territoires. 

Cette réalité change la nature du dossier. Il ne s’agit plus seulement d’introduire de la  concurrence dans un marché dominicain oligopolistique. Il s’agit d’autoriser un acteur unique,  d’origine militaire étrangère, à opérer de part et d’autre d’une frontière sensible, marquée par  des flux migratoires, des tensions sécuritaires, des trafics et des enjeux de souveraineté  numérique. Les données, les infrastructures de transmission et les services mobiles ne  s’arrêteront pas à la ligne de démarcation. Un opérateur pan-insulaire dispose d’une vision et  d’une capacité d’action que les régulateurs nationaux, chacun de son côté, peinent à contrôler  de manière coordonnée. 

Pourquoi le président Abinader feint-il d’ignorer cette dimension ? Plusieurs raisons  politiques et stratégiques se dessinent. 

D’abord, la priorisation de l’agenda intérieur. La concentration du marché dominicain et le  coût élevé des services de télécommunications constituent une plainte réelle et mesurable des  usagers. Mettre l’accent sur la baisse des prix et l’amélioration de la qualité permet de 

présenter la décision comme une victoire pour le consommateur, un argument électoralement  plus rentable que les complexités géopolitiques de la frontière. 

Ensuite, la gestion du risque diplomatique avec Washington. En insistant sur le statut d’allié  stratégique du Vietnam et sur le respect des standards américains de sécurité, Abinader  cherche à désamorcer les critiques liées à l’origine asiatique et militaire de Viettel. Aborder  ouvertement la question pan-insulaire aurait obligé à discuter des implications pour la sécurité  frontalière et la coopération (ou l’absence de coopération) avec les autorités haïtiennes, un  terrain beaucoup plus miné. 

Enfin, le calcul institutionnel. L’attribution a été formellement réalisée par l’Indotel dans le  cadre de la loi dominicaine. Reconnaître publiquement que Viettel deviendra un acteur pan insulaire aurait pu relancer des débats sur la souveraineté, la coordination transfrontalière et  les éventuels risques de surveillance ou de dépendance stratégique, débats que la présidence  préfère maintenir hors du cadrage officiel. 

Ce silence n’est pas une omission accidentelle. C’est un choix politique. En cantonnant le  débat à la concurrence tarifaire et à l’alliance Vietnam-États-Unis, le président Abinader évite  d’ouvrir une discussion plus profonde sur ce que signifie réellement confier une part  significative du spectre radioélectrique national à un groupe qui opère déjà de l’autre côté de  la frontière. Viettel Dominicana ne sera pas seulement un concurrent de Claro et Altice. Ce  sera le premier opérateur capable d’agir, avec une logique unique, sur l’ensemble de l’île. 

Les déclarations présidentielles ont le mérite de la clarté sur les intentions économiques. Elles  laissent, en revanche, dans l’ombre la dimension pan-insulaire, pourtant essentielle pour  comprendre la portée réelle de cette décision.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.