23 septembre 2026
ONU–Haïti | Abinader répète : « La solution d’Haïti est en Haïti » — mais le trafic d’armes et la contrebande rappellent la porosité de la frontière
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ONU–Haïti | Abinader répète : « La solution d’Haïti est en Haïti » — mais le trafic d’armes et la contrebande rappellent la porosité de la frontière

NATIONS UNIES, New York, 23 septembre 2026 (Rezo Nòdwès) — Le président dominicain Luis Abinader a réaffirmé mercredi devant la 81e Assemblée générale des Nations unies que son pays n’entend pas assumer sur son territoire les conséquences de la crise haïtienne. « Il n’existe pas de solution dominicaine à la crise haïtienne », a-t-il déclaré, avant d’annoncer la poursuite du contrôle frontalier, l’application des lois migratoires et le renforcement des forces armées dominicaines.

« La solution d’Haïti est en Haïti et la communauté internationale doit la rendre possible là-bas », a insisté Abinader. Le chef de l’État a parallèlement demandé l’application effective de l’embargo sur les armes, des sanctions contre les personnes qui financent ou protègent les groupes armés et le renforcement de la Police nationale, des Forces armées et de la justice haïtiennes.

Le discours, répété depuis plusieurs années à la tribune internationale, se confronte toutefois à une réalité transfrontalière plus complexe. Les rapports des Nations unies documentent l’utilisation du territoire dominicain comme voie de transit pour certaines cargaisons d’armes et de munitions destinées à Haïti. L’ONUDC indiquait encore en janvier 2026 qu’après le renforcement des contrôles sur les routes maritimes directes vers Haïti, les flux illicites avaient davantage transité par la République dominicaine.

Les saisies opérées par les autorités dominicaines elles-mêmes illustrent l’existence de cette filière. Au port de Haina, des cargaisons destinées à Haïti ont notamment permis de découvrir en 2025 des dizaines de fusils, des pistolets et plus de 36 000 cartouches. Un rapport de l’ONUDC publié en juillet 2026 mentionne également une procédure judiciaire américaine concernant une cargaison partie de Miami, interceptée en République dominicaine avant son acheminement vers Haïti. Les données disponibles ne permettent cependant pas d’affirmer que la majorité des armes utilisées par les groupes armés passent par la frontière dominicaine : les Nations unies identifient également des routes maritimes directes et d’autres circuits caribéens.

La même frontière constitue par ailleurs une artère commerciale dont une partie échappe historiquement aux circuits douaniers réguliers. L’Administration générale des douanes haïtiennes reconnaît les difficultés de surveillance de la frontière terrestre, notamment à Ouanaminthe, tandis que la Direction générale des douanes dominicaine a annoncé en septembre de nouvelles mesures destinées précisément à renforcer la « traçabilité » des marchandises envoyées vers Haïti.

Le phénomène concerne directement les produits dominicains. Haïti a réactivé ce mois-ci des restrictions sur l’entrée terrestre de 22 catégories de marchandises, parmi lesquelles la farine, l’huile, les pâtes alimentaires, le ciment et d’autres matériaux ou produits de consommation, en imposant pour certains produits une entrée par voie maritime ou aérienne. Les exportations dominicaines vers Haïti avaient atteint environ 1,2 milliard de dollars en 2025, selon les données des douanes dominicaines rapportées par la presse locale.

La formule d’Abinader — « la solution d’Haïti est en Haïti » — traduit ainsi la doctrine politique de Santo Domingo sur l’immigration et la sécurité. Elle ne suffit cependant pas à isoler les deux États sur le plan économique et sécuritaire : armes, munitions, marchandises, circuits commerciaux légaux et flux clandestins traversent ou empruntent un espace frontalier de près de 400 kilomètres. Les propres rapports des Nations unies présentent d’ailleurs la lutte contre le trafic d’armes et les flux criminels transfrontaliers comme une responsabilité nécessitant une coopération régionale, et non comme une problématique pouvant être circonscrite à un seul côté de l’île.

Autrement dit, si la reconstruction institutionnelle d’Haïti appartient d’abord aux Haïtiens, la sécurisation des circuits qui alimentent les groupes armés ne peut être séparée des routes régionales par lesquelles transitent armes, munitions, capitaux et marchandises. C’est précisément sur cette articulation entre souveraineté nationale et responsabilité transfrontalière que le discours prononcé mercredi par Luis Abinader peut être confronté aux faits documentés par les agences des Nations unies.

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