20 septembre 2026
Reynoldson Mompoint | Aéroport du Cap-Haïtien : le salon diplomatique, les passe-droits et la dangereuse zone grise
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Reynoldson Mompoint | Aéroport du Cap-Haïtien : le salon diplomatique, les passe-droits et la dangereuse zone grise

Cap-Haïtien, le 20 septembre 2026

Quand des personnels d’avions privés accéderaient au Salon diplomatique sans être diplomates, la question n’est plus protocolaire. Elle devient une question de sûreté aéroportuaire.

L’affaire mérite mieux qu’un simple murmure dans les couloirs de l’aéroport. Elle mérite une enquête. Elle mérite des documents. Elle mérite des réponses. Et surtout, elle mérite que les responsables institutionnels expliquent clairement les procédures appliquées à l’aéroport international du Cap-Haïtien.

Des témoignages concordants attribués à des employés de plusieurs institutions présentes sur la plateforme aéroportuaire — notamment la Douane, l’Immigration et l’Autorité Aéroportuaire Nationale (AAN) — font état d’une pratique particulièrement préoccupante : des personnels liés à des avions privés, qui ne disposeraient d’aucun statut diplomatique, seraient autorisés à utiliser le Salon diplomatique de l’aéroport.

Selon ces témoignages, les autorisations seraient données au niveau de la direction générale de l’AAN.

Le nom qui revient est celui de José Bernard Mathias Schettini, directeur général de l’Autorité Aéroportuaire Nationale (AAN).

Ce point doit évidemment être documenté par les autorisations, registres, instructions internes ou autres pièces administratives pertinentes.

Mais si les faits rapportés sont exacts, une question fondamentale se pose : qui a décidé que le statut de personnel d’un avion privé pouvait ouvrir les portes d’un espace diplomatique ?

L’AAN : une autorité publique, pas une agence de privilèges

L’AAN est l’Autorité Aéroportuaire Nationale, l’organisme public chargé de la gestion des infrastructures aéroportuaires relevant de son champ de compétence.

En mars 2026, le gouvernement a nommé José Bernard Mathias Schettini directeur général de l’institution, en remplacement de Yves Ducarmel François. Cette nomination a été rapportée par plusieurs sources haïtiennes et figure également dans la liste des autorités gouvernementales publiée par l’Organisation des États américains.

Quelques jours après sa nomination, Schettini s’est rendu à l’aéroport international du Cap-Haïtien à la tête d’une délégation réunissant notamment des responsables du MTPTC, de l’OFNAC, de la PNH et de l’Administration générale des Douanes.

L’objectif annoncé était précisément d’évaluer les installations et de renforcer les dispositifs de sûreté et de sécurité de la plateforme. Voilà pourquoi les témoignages actuels interpellent.

Car lorsqu’un directeur général se trouve au sommet d’une institution responsable d’infrastructures aéroportuaires, la question de l’accès aux espaces sensibles ne peut pas être traitée comme une simple affaire de convenance. Elle doit obéir à une procédure. À une habilitation. À une traçabilité. À des contrôles. Et surtout, à la loi.

Un salon diplomatique n’est pas un salon pour privilégiés

L’AAN elle-même décrit le Salon diplomatique comme un espace destiné à l’accueil des personnalités de l’État et diplomatiques. Le salon dispose en outre d’un accès direct à l’aire de stationnement internationale.

Cette précision est loin d’être anodine. Un espace situé à proximité directe de l’aire de stationnement des aéronefs constitue, par définition, un environnement qui doit faire l’objet d’un contrôle particulièrement rigoureux.

Or, selon les témoignages recueillis auprès de personnels de la Douane, de l’Immigration et de l’AAN, des membres d’équipages ou personnels d’avions privés pourraient y accéder sur autorisation.

La question n’est donc pas de savoir si ces personnes sont importantes.

La question est de savoir : en vertu de quelle qualité ?Sont-elles diplomates ? Non, selon les témoignages.

Sont-elles membres d’une délégation officielle ? Cela doit être établi au cas par cas.

Sont-elles fonctionnaires bénéficiant d’une mission officielle ? Il faut le documenter.

Sont-elles simplement des personnels d’un avion privé ? Si tel est le cas, quelle disposition leur ouvre l’accès au Salon diplomatique ?

Qui signe ? Qui autorise ? Qui contrôle ?

C’est ici que le dossier devient beaucoup plus sérieux. Si l’autorisation émane effectivement de la direction générale de l’AAN, il faut pouvoir identifier le mécanisme administratif. Une autorisation orale ? Une autorisation écrite ? Un appel téléphonique ? Une liste préalable ? Un laissez-passer ? Une instruction permanente ? Une autorisation ponctuelle ? Une note de service ? Une procédure d’exception ?

Les réponses à ces questions sont essentielles. Parce qu’une administration moderne ne peut pas fonctionner uniquement sur la base du « DG a autorisé ».

Une autorisation administrative doit avoir une base. Elle doit pouvoir être contrôlée. Elle doit pouvoir être retracée. Et lorsqu’elle concerne une infrastructure aéroportuaire internationale, elle doit être compatible avec les règles de sûreté applicables.

La Douane et l’Immigration ne sont pas des figurants

Autre élément particulièrement préoccupant : les témoignages ne proviennent pas d’une seule catégorie d’employés. Ils impliqueraient des personnels de la Douane, de l’Immigration et de l’AAN. Cette convergence mérite d’être examinée sérieusement. Car ces institutions n’ont pas les mêmes missions.

La Douane contrôle notamment les marchandises et les flux douaniers.

L’Immigration intervient sur le contrôle des personnes et des mouvements transfrontaliers.

L’AAN intervient dans la gestion aéroportuaire et les infrastructures relevant de son mandat. Lorsque plusieurs catégories d’agents décrivent une même pratique, il devient nécessaire de vérifier les faits plutôt que de les écarter d’un revers de main.

Qui donne l’ordre ? Qui reçoit l’ordre ? Qui l’exécute ? Qui contrôle l’exécution ? Qui inscrit le passage dans les registres ? Qui conserve les autorisations ? Qui répondrait en cas d’incident ? Voilà les véritables questions.

Le problème des armes et des munitions

Et c’est ici que l’affaire prend une dimension beaucoup plus grave.

Il ne faut pas affirmer, sans preuve, que ces personnes transportent des armes ou des munitions. Ce serait franchir la ligne entre enquête et accusation. Mais il serait tout aussi irresponsable de prétendre que les conditions d’accès aux espaces sensibles d’un aéroport n’ont aucune importance dans un pays confronté à la circulation illicite d’armes et de munitions.

Le Règlement de l’Aviation Civile d’Haïti (RACH) traite explicitement les questions de sûreté, de marchandises dangereuses et de transport des armes et munitions. Il qualifie notamment d’acte d’intervention illicite l’introduction d’une arme, d’un engin dangereux ou d’une matière dangereuse dans un aéroport à des fins criminelles.

Le RACH prévoit également des conditions spécifiques concernant le transport aérien des armes et munitions de guerre et impose des exigences relatives à leur rangement, à leur déclaration et à l’information du commandant de bord. Autrement dit : la sûreté aérienne n’est pas une affaire de confiance personnelle. Elle repose sur des procédures.

Une porte privilégiée peut-elle devenir une faille ?

Voilà la question que personne ne devrait esquiver.

Lorsqu’une personne bénéficie d’un accès privilégié à une zone aéroportuaire, la question centrale n’est pas seulement de savoir qui elle est.

Il faut savoir : ce qu’elle transporte ; ce qu’elle transporte dans ses bagages ; qui l’accompagne ; quel aéronef elle utilise ; quelle est la destination du vol ; quelle est la provenance du vol ; qui a autorisé son accès ; quels contrôles ont été effectués ; et quelles traces administratives subsistent de son passage.

Le privilège ne doit jamais supprimer le contrôle. Au contraire. Plus l’accès est privilégié, plus la traçabilité devrait être rigoureuse.

Le contexte rend la question encore plus sensible

Haïti n’est pas un pays ordinaire en matière de sûreté. Le trafic d’armes et de munitions constitue depuis plusieurs années une préoccupation majeure pour les autorités haïtiennes et internationales.

Dans un tel contexte, un aéroport international doit fonctionner selon le principe inverse du passe-droit : moins de zones grises ; plus de contrôles. Moins de privilèges informels ; plus de traçabilité. Moins d’ordres verbaux ; plus de procédures écrites. Et surtout : aucune porte ne doit devenir une porte dérobée.

Une coïncidence institutionnelle troublante

Il existe par ailleurs un élément factuel qui mérite d’être replacé dans la chronologie.

Le 18 juillet 2026, les autorités haïtiennes ont lancé les travaux d’un nouveau Salon diplomatique à l’aéroport international du Cap-Haïtien. À cette occasion, il a été annoncé que la gestion de l’actuel Salon VIP serait temporairement transférée au ministère des Affaires étrangères et des Cultes (MAEC), en attendant l’achèvement des nouvelles installations.

Cette évolution institutionnelle pose une question très simple : avant ce transfert, quelles étaient exactement les règles d’accès au Salon VIP placé sous la responsabilité de l’AAN ? Et surtout : quelles règles sont désormais appliquées depuis que la gestion protocolaire a été transférée au MAEC ? Si des pratiques particulières existaient auparavant, elles doivent être clarifiées. Si elles n’existaient pas, les responsables peuvent facilement le démontrer.

Schettini doit-il répondre ? Oui. Mais sur des documents

Le sujet n’est pas de condamner José Bernard Mathias Schettini sur la base de témoignages.

Le sujet est précisément de lui demander de faire la lumière sur les témoignages qui mettent en cause le fonctionnement de son institution.

Le DG de l’AAN peut répondre à des questions très simples.

Première question : Existe-t-il une procédure autorisant les personnels non diplomatiques d’avions privés à accéder au Salon diplomatique ou VIP ? Deuxième question : Qui est habilité à délivrer ces autorisations ? Troisième question : Ces autorisations doivent-elles être écrites ? Quatrième question : Existe-t-il un registre des personnes admises dans le Salon ? Cinquième question : Les personnels d’avions privés bénéficiant de cette autorisation sont-ils soumis aux mêmes contrôles de sûreté que les autres personnes entrant sur la plateforme ? Sixième question : La Douane est-elle informée de ces autorisations ? Septième question : L’Immigration est-elle informée ? Huitième question : L’OFNAC est-il informé lorsqu’un accès particulier est accordé ? Neuvième question : Le MAEC valide-t-il ou supervise-t-il l’accès au Salon diplomatique ? Dixième question : Combien d’autorisations de ce type ont été délivrées depuis janvier 2026 ? Voilà des questions auxquelles une administration responsable devrait pouvoir répondre.

L’enjeu dépasse Schettini

Il serait également trop facile de réduire toute l’affaire à la personne du DG.

Un aéroport international fonctionne avec plusieurs institutions.

AAN. OFNAC. PNH. Douane. Immigration. Compagnies aériennes. Services de sécurité. Autorités gouvernementales.

Chacune possède ses compétences. Chacune possède ses responsabilités. Et chacune doit pouvoir expliquer les procédures qui lui sont applicables. C’est précisément pour cette raison que la mission menée en mars 2026 par José Bernard Mathias Schettini avec plusieurs responsables institutionnels était présentée comme une démarche visant à renforcer la sûreté et la sécurité de l’aéroport du Cap-Haïtien.

La cohérence institutionnelle exige donc que les pratiques quotidiennes soient à la hauteur des engagements publics.

Le Grand Nord ne peut pas être traité comme une zone de non-droit administratif

L’aéroport international du Cap-Haïtien n’est pas une petite piste privée. C’est l’une des principales portes aériennes internationales du pays. Il constitue un enjeu économique. Un enjeu touristique. Un enjeu diplomatique. Un enjeu sécuritaire. Un enjeu stratégique pour le Grand Nord.

Chaque faille dans son fonctionnement peut donc avoir des conséquences qui dépassent largement les murs de l’aérogare.

Ce qui est acceptable dans un espace privé ne l’est pas nécessairement dans une infrastructure publique stratégique. Ce qui peut relever de la courtoisie dans un hôtel devient une question de sûreté lorsqu’il s’agit d’un aéroport. Et ce qui peut sembler être un simple privilège protocolaire peut devenir une faille lorsque les contrôles ne sont pas clairement définis.

La République doit savoir

Il ne s’agit pas de condamner sans preuve. Il s’agit de demander des preuves. Il ne s’agit pas d’accuser sans document. Il s’agit de demander les documents. Il ne s’agit pas de déclarer que des armes passent par le Salon diplomatique. Il s’agit de savoir si les procédures actuellement appliquées permettent de garantir qu’elles ne puissent pas y passer.

La nuance est fondamentale. Et c’est précisément cette nuance qui doit guider toute enquête sérieuse.

Si les témoignages sont faux, que l’AAN produise les règles applicables et les démente. Si les témoignages sont exacts, que les autorisations soient rendues traçables. Si des exceptions existent, qu’elles soient justifiées par un texte. Si des contrôles sont systématiquement effectués, qu’ils soient documentés. Et si des personnes ont bénéficié d’un traitement contraire aux procédures, les responsabilités doivent être établies.

Pas de diplomatie avec la sûreté

Le Cap-Haïtien mérite un aéroport moderne.

Mais la modernisation ne consiste pas uniquement à construire un nouveau salon. Elle commence par la discipline institutionnelle. Elle commence par la transparence. Elle commence par la séparation claire entre statut diplomatique, statut officiel, statut de personnel navigant et simple privilège administratif.

Un membre d’équipage n’est pas automatiquement diplomate. Un passager d’un avion privé n’est pas automatiquement une personnalité officielle. Un homme d’affaires n’est pas automatiquement un représentant de l’État. Et une autorisation du directeur général ne devrait jamais, à elle seule, devenir une exemption générale aux règles de sûreté.

L’autorité administrative ne doit pas être confondue avec l’arbitraire administratif. C’est là toute la question.

Le DG est interpellé. Les institutions doivent répondre 

José Bernard Mathias Schettini est aujourd’hui à la tête de l’Autorité Aéroportuaire Nationale. Son institution a une responsabilité majeure dans le fonctionnement des infrastructures aéroportuaires.

Les témoignages qui circulent sur les conditions d’accès au Salon diplomatique du Cap-Haïtien doivent donc être pris au sérieux. Pas parce qu’ils établissent déjà une infraction. Mais parce qu’ils soulèvent des questions suffisamment précises pour mériter une vérification institutionnelle.

Qui autorise ? Sur quelle base ? Qui contrôle ? Qui enregistre ? Qui surveille ? Qui répond ? Et surtout : qui garantit que le privilège accordé à certains ne crée pas une brèche pour tous ?

Dans un pays où chaque faille sécuritaire peut être exploitée, un aéroport ne peut pas fonctionner à la confiance. Il doit fonctionner à la procédure. À la traçabilité. Au contrôle. À la responsabilité.

Le Salon diplomatique ne doit être ni un raccourci, ni un passe-droit, ni une zone grise. Et l’aéroport international du Cap-Haïtien ne doit jamais devenir une passoire sécuritaire.

La sécurité nationale ne commence pas après le tarmac. Elle commence à la porte d’entrée.

Reynoldson MOMPOINT

Avocat | Journaliste | Communicateur Social

+50937186284

mompointreynoldson@gmail

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