19 septembre 2026
Michael Péguy Desronvil, le juré d’origine haïtienne qui a fait basculer le procès Lindsay Clancy aux États-Unis
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Michael Péguy Desronvil, le juré d’origine haïtienne qui a fait basculer le procès Lindsay Clancy aux États-Unis

Après six semaines de procès et 38 heures de délibérations, onze jurés étaient prêts à reconnaître l’absence de responsabilité criminelle de Lindsay Clancy. Un seul refusait. Son identité est désormais connue : Michael P. Desronvil. Son passé judiciaire et la façon dont il a été sélectionné soulèvent à leur tour de nouvelles questions.

Pendant six semaines, Michael P. Desronvil n’était qu’un visage parmi douze dans le jury chargé de décider du sort de Lindsay Clancy. Puis, le 4 septembre, le procès s’est terminé sans verdict.

Après environ 38 heures de délibérations, les jurés n’étaient toujours pas parvenus à l’unanimité exigée par le droit du Massachusetts. Onze estimaient que Clancy ne devait pas être tenue criminellement responsable de la mort de ses trois enfants en raison de son état mental. Un seul juré maintenait une position différente.

Cet homme, âgé de 48 ans et domicilié à Bridgewater, dans le Massachusetts, s’appelle Michael P. Desronvil. Depuis le mistrial, son identité, son passé judiciaire et les circonstances de sa sélection ont progressivement émergé dans la presse américaine.

Aujourd’hui, Desronvil affirme qu’il n’avait aucun doute sur la responsabilité criminelle de Lindsay Clancy. Plusieurs de ses anciens collègues jurés racontent pourtant une histoire différente des dernières heures de leurs délibérations.

C’est cette contradiction qui place désormais le juré au centre d’une affaire qui devait porter exclusivement sur l’état mental d’une mère ayant tué ses trois enfants.

Un père issu d’une famille haïtienne

Les informations publiques sur la vie de Michael P. Desronvil avant son passage devant le tribunal sont relativement rares.

Les documents et témoignages publiés depuis le mistrial permettent néanmoins de situer sa vie dans le Massachusetts. Son frère, Michel Desronvil, a parlé au Boston Globe après que son identité a été révélée.

Il a défendu son frère contre les accusations publiques qui ont suivi le procès, déclarant notamment qu’il n’avait jamais été violent envers lui et estimant que le système judiciaire l’avait considéré suffisamment qualifié pour siéger au jury.

Desronvil est également décrit par son avocat comme un père de famille et un catholique pratiquant. Ces éléments viennent toutefois de la défense de Desronvil et doivent être présentés comme tels.

Son parcours professionnel demeure beaucoup moins documenté publiquement. Les principales informations désormais disponibles concernent surtout ses rapports avec le système judiciaire.

Et c’est précisément ce passé qui alimente aujourd’hui les interrogations.

2021 : une accusation de violence conjugale

En 2021, Desronvil avait été accusé à Brockton de violence contre un membre de sa famille ou de son foyer.

Selon les documents judiciaires cités par le Boston Globe, son épouse de l’époque avait déclaré à la police qu’au cours d’une dispute liée notamment aux pleurs de leur bébé, Desronvil l’avait saisie à la gorge et projetée contre une commode.

Il avait plaidé non coupable.

Mais un élément est essentiel : cette affaire n’a pas abouti à une condamnation. L’accusation a finalement été abandonnée.

Il serait donc juridiquement incorrect de présenter Desronvil comme un homme « condamné pour violence conjugale ». Il s’agit d’une accusation qui a été rejetée ou abandonnée, et non d’une condamnation pénale.

Le couple a ensuite divorcé.

Une ordonnance de protection au moment où il devient juré

L’élément le plus troublant est apparu après le mistrial.

En 2025, Desronvil avait fait l’objet d’une ordonnance de protection concernant son neveu adolescent.

Selon les documents judiciaires rapportés par le Boston Globe, le conflit aurait commencé par une dispute autour d’une place de stationnement. Le neveu aurait ensuite accusé Desronvil de l’avoir agressé et menacé.

Un juge a conclu à l’existence d’un risque substantiel de danger immédiat et a prononcé une ordonnance lui imposant notamment de rester éloigné de son neveu. Des restrictions concernant les armes à feu figuraient également dans l’ordonnance.

Le calendrier est particulièrement important.

Le 22 juillet 2026, Michael Desronvil est devenu officiellement membre du jury du procès Lindsay Clancy.

À cette date, l’ordonnance de protection était encore en vigueur. Elle a expiré le 11 août 2026, alors que le procès était toujours en cours.

Cette révélation a immédiatement soulevé une question : comment une personne faisant l’objet d’une telle ordonnance a-t-elle pu être sélectionnée pour un procès où les violences familiales et la santé mentale occupaient une place centrale ?

Était-il pourtant légalement admissible

La réponse disponible actuellement est : rien ne permet d’affirmer qu’il était juridiquement inadmissible.

Le fait d’avoir été accusé d’un délit ou d’avoir fait l’objet d’une procédure civile ne suffit pas automatiquement à exclure quelqu’un d’un jury au Massachusetts.

Desronvil ne semble notamment pas avoir fait l’objet d’une condamnation pour crime qui l’aurait automatiquement disqualifié.

Le Boston Globe souligne toutefois une zone d’ombre importante : les candidats jurés doivent répondre à des questionnaires concernant notamment leurs rapports avec la justice, et les avocats peuvent effectuer des vérifications complémentaires.

Or les questionnaires individuels ne sont pas publics.

Il est donc impossible, à ce stade, de déterminer avec certitude :

  • ce que Desronvil a déclaré lors de la sélection ;
  • si le juge connaissait son dossier ;
  • si le procureur le connaissait ;
  • si la défense le connaissait ;
  • si l’ordonnance de protection avait été identifiée ;
  • ou pourquoi, dans l’affirmative, il a néanmoins été retenu.

Le bureau du procureur du comté de Plymouth a refusé de commenter la procédure de sélection du jury.

Six semaines face à Lindsay Clancy

Pendant le procès, Desronvil a entendu les mêmes témoignages que les onze autres jurés.

Lindsay Clancy ne contestait pas avoir tué ses trois enfants : Cora, cinq ans, Dawson, trois ans, et Callan, huit mois, à leur domicile de Duxbury, le 24 janvier 2023.

La question centrale était différente.

La défense soutenait qu’elle était plongée dans une psychose post-partum et qu’elle ne pouvait donc pas être tenue criminellement responsable de ses actes.

Les procureurs soutenaient au contraire qu’elle avait conscience de ses actes et qu’ils résultaient d’une décision préparée.

C’est sur cette question de responsabilité que les douze jurés devaient parvenir à une conclusion unanime.

Ils n’y sont pas parvenus.

11 contre 1

Après plusieurs jours de discussions, le jury s’est retrouvé bloqué.

Onze jurés contre un.

Les onze autres étaient prêts à conclure que Clancy ne devait pas être déclarée criminellement responsable en raison de sa maladie mentale.

Desronvil refusait cette conclusion.

Après plusieurs signalements au juge faisant état de l’impasse, William F. Sullivan a finalement déclaré un mistrial le 4 septembre.

Le procès, qui avait duré plus d’un mois, venait de s’effondrer sans verdict.

Et derrière ce résultat se trouvait un seul désaccord irréductible.

Deux versions des délibérations

Depuis le mistrial, plusieurs jurés ont parlé publiquement.

Leur récit présente Desronvil comme un homme qui aurait reconnu certains éléments de doute tout en refusant néanmoins de rejoindre les autres jurés.

Selon eux, ses arguments ne permettaient plus de faire progresser les discussions. Un des jurés, Nick Dargie, a expliqué qu’il n’y avait rien d’anormal à avoir une opinion différente, mais que l’impasse était devenue telle qu’une note avait finalement été adressée au juge.

Desronvil donne aujourd’hui une version radicalement différente.

Dans une déclaration transmise par son avocat, il affirme :

« I didn’t have any doubts. »

Il explique qu’il tentait de présenter différentes interprétations des éléments du dossier, mais qu’il était régulièrement interrompu parce que ses collègues interprétaient ses arguments comme l’expression d’un doute.

Selon lui, les preuves physiques, les témoins et les éléments présentés par l’accusation démontraient suffisamment que Clancy « knew exactly what she was doing and planned ».

Les deux récits ne concordent donc pas.

Et il n’existe pas, pour l’instant, de transcription publique permettant de déterminer exactement ce qui s’est dit dans la salle des délibérations.

Après le mistrial, le juré devient une personnalité publique

L’identité de Desronvil a été révélée publiquement après le procès.

Il est depuis devenu l’objet d’une attention considérable, mais aussi de critiques sur les réseaux sociaux.

Le 17 septembre, il a engagé l’avocat Edward Andrew Paltzik, qui a annoncé représenter désormais l’ancien juré. Paltzik a présenté son client comme un « American hero » et un « champion of justice ». Il s’agit des termes employés par son avocat, et non d’une qualification judiciaire ou indépendante.

Paltzik a également indiqué que Desronvil se trouvait dans un lieu sécurisé et tenu secret dans une zone rurale du nord de la Nouvelle-Angleterre, après les réactions hostiles suscitées par son rôle dans le procès.

Son avocat a également révélé que Desronvil soutient Donald Trump.

Une campagne de financement destinée, selon ses organisateurs, à couvrir notamment ses frais de sécurité, ses frais juridiques et ses pertes de revenus avait recueilli plus de 289 000 dollars au 18 septembre, selon l’Associated Press.

Le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, a même publiquement proposé que son État lui offre un refuge s’il faisait l’objet de harcèlement.

L’affaire judiciaire s’est ainsi transformée en controverse nationale.

Une question désormais plus large que Lindsay Clancy

Le cas Michael P. Desronvil pose désormais une question qui dépasse le seul résultat du procès.

Jusqu’où faut-il aller dans l’examen du passé d’un juré avant de lui confier le sort d’un accusé ?

Dans une affaire ordinaire, un passé judiciaire peut déjà soulever des questions de partialité. Dans un procès portant sur une mère accusée d’avoir tué ses trois enfants, alors que la défense invoque une maladie mentale et que la violence familiale constitue une partie essentielle du contexte, la question prend une dimension particulière.

Mais il faut éviter un raccourci.

Le passé de Desronvil ne permet pas, à lui seul, de conclure que son vote était biaisé.

Il n’existe actuellement aucune preuve publique établissant que son accusation de 2021, son ordonnance de protection ou ses difficultés personnelles ont déterminé son appréciation des preuves.

Il reste également à établir si les parties connaissaient ces éléments au moment de sa sélection.

Et maintenant ?

Lindsay Clancy reste détenue et le dossier demeure sans verdict.

Le procureur du comté de Plymouth, Timothy Cruz, n’a pas encore annoncé s’il demandera la tenue d’un nouveau procès. Une audience est prévue le 29 septembre devant la Cour supérieure de Plymouth.

De son côté, la défense de Clancy a déjà cherché à tirer des conséquences juridiques du blocage du jury. Le Boston Globe rapporte que son avocat a demandé un verdict d’acquittement dirigé, en s’appuyant notamment sur les déclarations publiques de jurés après le mistrial. La question devra être tranchée par le tribunal.

Pour Michael P. Desronvil, le procès est terminé, mais l’histoire ne l’est manifestement pas.

Il était entré dans le palais de justice comme l’un des douze jurés chargés d’écouter une affaire exceptionnelle.

Il en est ressorti comme l’homme dont le seul vote a empêché le jury de parvenir à un verdict.

Et désormais, son propre passé judiciaire est devenu une nouvelle question à laquelle le système judiciaire du Massachusetts devra peut-être répondre.

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