11 septembre 2026
Dr Joël Lorquet en Suisse : voyage, observations et leçons pour Haïti
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Dr Joël Lorquet en Suisse : voyage, observations et leçons pour Haïti

Récit de voyage/ Belgique
Samedi 6 septembre 2026
Bonjour la Suisse !

Par : Joël Lorquet, PhD

Samedi 6 septembre 2025. Après avoir passé une bonne partie de la nuit sans parvenir à m’endormir, vers 3 heures du matin, je suis allé à la salle de bains pour me doucher. J’avais déjà fait mes bagages et je m’apprêtais à descendre à la réception de l’hôtel afin de finaliser mon check-out.

Mais, arrivé devant l’ascenseur, j’ai aperçu deux personnes : une dame accroupie par terre et un monsieur qui semblait avoir du mal à garder son équilibre. Ils avaient un comportement pour le moins étrange. J’ai donc eu le réflexe d’attendre plutôt que de prendre le même ascenseur qu’eux.

Pendant ce temps, l’ascenseur est resté immobilisé pendant près de deux minutes, portes fermées, sans bouger de son étage. Cela arrive généralement lorsqu’une personne ne dispose pas de la carte d’accès nécessaire. Dans ce type d’hôtel, il faut en effet s’identifier avec sa carte, qui permet au système de reconnaître le numéro de la chambre et de faire fonctionner l’ascenseur.

J’ai finalement pris un autre ascenseur pour descendre. En arrivant au rez-de-chaussée, j’ai retrouvé le même couple. Ils étaient vraiment dans un état assez particulier. J’ai alors entendu le réceptionniste leur dire : « Ici, ce n’est pas votre hôtel. Vous vous êtes trompés d’hôtel. »

J’ai compris ce qui s’était passé : il y avait trois hôtels portant le nom de NH Collection à Bruxelles, mais situés à des endroits différents. Il était environ 3 h 15 du matin. Ces personnes avaient vraisemblablement passé la nuit dans un bar ou dans un club, avaient consommé de l’alcool et s’étaient finalement trompées d’hôtel.

Lorsque je me suis rapproché du réceptionniste, il m’a expliqué, en s’appuyant sur son expérience d’hôtelier : « Tout le monde n’est pas fait pour boire de l’alcool. Il y a des gens qui, dès qu’ils boivent un peu, deviennent ivres quelques minutes après. »

Direction l’aéroport —

J’ai ensuite demandé au réceptionniste de l’hôtel de m’appeler un taxi afin de me conduire à l’aéroport. Quelques minutes plus tard, le chauffeur est arrivé. C’était un Marocain.

Dès le début du trajet vers l’aéroport, nous avons engagé la conversation. Ce qui aurait pu n’être qu’un simple échange entre un passager et son chauffeur s’est rapidement transformé en une discussion particulièrement riche et intéressante. Au fil des kilomètres, nous avons abordé de nombreux sujets, notamment l’éducation, la famille, la jeunesse, l’influence des réseaux sociaux, l’intelligence artificielle, le progrès technologique et les profondes transformations que connaît notre société.

Une conversation à cœur ouvert avec un chauffeur de taxi marocain : éducation, famille, technologie et avenir —

Cette conversation m’a particulièrement intéressé parce qu’elle a commencé par une question qui me paraît fondamentale : l’éducation.

L’éducation, une responsabilité collective —

Au cours de notre échange, une première conviction s’est imposée à moi : l’éducation est la clé.

L’éducation ne se limite pas à ce qui est transmis à la maison. Elle se construit également à l’école, dans la société, à l’église et à travers les médias.

Je considère notamment que les médias ont une responsabilité considérable dans la formation des jeunes. Une bonne utilisation des médias pourrait contribuer à leur éducation et à leur développement. Mais je déplore que cette mission ne soit pas toujours suffisamment assumée.

Cette question devient encore plus importante lorsqu’on parle du téléphone portable et des réseaux sociaux.

Un enfant peut aujourd’hui avoir accès, grâce à son téléphone, à une quantité pratiquement illimitée d’informations. Il peut apprendre, faire des recherches, découvrir le monde et développer ses connaissances. Mais il peut également être exposé à des contenus inappropriés ou dangereux.

Une question se pose alors : pourquoi un enfant devrait-il nécessairement être exposé à des contenus pornographiques ou à d’autres contenus qui peuvent nuire à son développement ?

Pour moi, c’est précisément là que l’éducation joue son rôle. Elle doit permettre au jeune de comprendre ce qui est bon pour lui, ce qui peut lui être utile et ce qu’il doit au contraire éviter.

Le téléphone et les réseaux sociaux : une arme à double tranchant —

Nous nous sommes accordés sur le fait que le téléphone et les réseaux sociaux constituent une arme à double tranchant.

Le même outil peut servir à apprendre quelque chose de positif ou à découvrir quelque chose de dangereux.

Avec Internet, un jeune peut rechercher une information scolaire, apprendre une langue, suivre une formation ou découvrir une nouvelle culture. Mais il peut aussi accéder à des contenus destructeurs ou apprendre des choses extrêmement dangereuses.

Le même téléphone peut donc être utilisé pour apprendre à construire quelque chose d’utile ou, au contraire, pour apprendre à fabriquer une bombe ou à réaliser d’autres actions nuisibles.

Le problème n’est donc pas uniquement la technologie elle-même. Il réside aussi dans la manière dont elle est utilisée et dans la capacité de celui qui l’utilise à faire des choix responsables.

Les parents doivent rester présents —

Notre discussion a naturellement conduit à la famille.

Le chauffeur reconnaît qu’il peut sembler quelque peu « vieux jeu » de défendre certaines valeurs traditionnelles. Pourtant, il affirme croire profondément au rôle des parents.

Je partage cette conviction.

Il existe une véritable manière d’être parent, d’accompagner un enfant, de le suivre et de l’encadrer.

Aujourd’hui, certains comportements de jeunes peuvent même susciter la méfiance dans la société. Lorsqu’un jeune est aperçu dans certaines circonstances, certaines personnes peuvent immédiatement se demander s’il appartient à un gang.

Mais le problème ne concerne pas seulement le jeune. Il concerne également le parent qui doit l’accompagner, le suivre et l’encadrer.

L’école et les enseignants ont également leur rôle à jouer. Un professeur peut être confronté à des enfants dont le comportement ou l’environnement familial rendent son travail particulièrement difficile.

L’éducation devient donc une responsabilité collective. La famille, l’école, les médias, l’église et la société ont tous une part à jouer.

Connaître les amis de ses enfants… et leurs amis virtuels —

Les parents doivent connaître les amis de leurs enfants et savoir avec qui ils passent leur temps.

Mais aujourd’hui, cette responsabilité est devenue beaucoup plus complexe.

Un enfant peut rester tranquillement à la maison et pourtant être constamment en contact avec des personnes qui se trouvent à l’extérieur, grâce à Internet et aux réseaux sociaux.

Autrement dit, le fait qu’un enfant ne sorte pas de la maison ne signifie pas qu’il est à l’abri des mauvaises influences.

Il peut avoir des dizaines, voire des centaines de contacts virtuels dont ses parents ignorent parfois complètement l’existence.

Les réseaux sociaux peuvent ainsi poser un problème encore plus complexe que les fréquentations physiques traditionnelles, parce que l’enfant peut être exposé en permanence à une multitude de personnes, d’idées et de contenus.

Une jeunesse exposée beaucoup plus tôt —

Notre conversation a également fait ressortir une importante différence entre les générations.

Je constate qu’à l’âge de 15 ou 16 ans, lorsque j’étais jeune, je ne connaissais pas certaines choses que les adolescents d’aujourd’hui connaissent déjà.

Aujourd’hui, les enfants sont exposés beaucoup plus tôt à une quantité considérable d’informations.

Mais savoir davantage de choses à un âge plus précoce ne signifie pas nécessairement être mieux préparé à affronter la vie.

Au contraire, cette exposition précoce peut parfois conduire certains jeunes vers des comportements qui contribuent à leur propre destruction.

Une question m’est alors venue à l’esprit : dans 20 ou 30 ans, à quoi ressemblera le monde construit par cette génération ?

Cette question est d’autant plus importante que les jeunes d’aujourd’hui grandissent dans un environnement technologique complètement différent de celui que nous avons connu.

L’unité entre le père et la mère —

Nous avons ensuite abordé la question de l’autorité parentale et de la cohérence entre le père et la mère.

Pour nous deux, l’éducation des enfants exige une certaine unité au sein du couple.

Lorsque le père et la mère partagent les mêmes principes et donnent la même réponse à leurs enfants, il est plus facile de maintenir une discipline familiale.

J’explique notamment que j’essaie, avec mon épouse, de fonctionner selon ce principe : lorsqu’un enfant demande quelque chose à son père et que celui-ci répond « non », l’enfant ne doit pas pouvoir contourner cette décision en allant immédiatement demander à sa mère.

La règle est simple : « Allez voir votre mère » ou « Allez voir votre père », afin que les deux parents puissent donner une réponse cohérente.

Si le père dit non et que la mère dit oui, ou inversement, une dichotomie apparaît au sein de la famille.

Les enfants sont particulièrement habiles pour exploiter cette différence. Ils peuvent utiliser leurs émotions, leurs demandes ou même une attitude affectueuse pour essayer d’obtenir ce qu’ils veulent.

Le chauffeur insiste alors sur l’importance de ne pas laisser l’enfant diviser les parents.

Il évoque le principe de « diviser pour régner », qui peut, selon lui, s’appliquer jusque dans la cellule familiale : l’enfant peut chercher à créer une division entre le père et la mère afin d’obtenir ce qu’il souhaite.

Éduquer demande du temps et des sacrifices —

Nous nous accordons également sur une autre réalité : éduquer un enfant demande du temps et beaucoup de sacrifices.

Il n’existe pas de véritable mode d’emploi universel pour être parent.

Chaque famille est différente. Chaque situation est différente. Et surtout, chaque enfant est différent.

Même lorsque deux enfants grandissent dans le même foyer, avec les mêmes parents, les mêmes règles et parfois la même école, les résultats peuvent être complètement différents.

Le chauffeur me parle alors de ses enfants, qui sont des jumeaux.

Même les jumeaux sont différents —

Ses deux enfants ont aujourd’hui 15 ans et viennent de changer d’école. Jusqu’à présent, ils fréquentaient vraisemblablement le même établissement, mais cette nouvelle année scolaire constitue une étape différente puisqu’ils sont désormais séparés sur le plan scolaire.

Le père constate qu’il y a toujours un enfant qui se montre plus actif, plus motivé ou plus avancé que l’autre.

Cela peut créer une difficulté : celui qui est moins actif peut avoir tendance à attendre son frère et à compter sur lui.

Or, cette différence de comportement peut avoir des conséquences importantes sur leur apprentissage.

L’un des enfants va chercher les informations, effectuer les recherches et préparer son travail avant même de commencer à étudier. En procédant ainsi, il a déjà compris une grande partie de la matière avant même de commencer véritablement son étude.

L’autre peut être tenté d’attendre que son frère fasse le travail avant de commencer.

Lorsqu’il reçoit ensuite une feuille ou des informations préparées par son frère, il essaie d’étudier quelque chose qu’il ne comprend pas nécessairement, puisqu’il n’a pas lui-même effectué les recherches.

La différence est donc fondamentale : celui qui cherche et prépare par lui-même apprend davantage que celui qui attend que quelqu’un lui fournisse les réponses.

Celui qui est en avance peut même parfois arriver à comprendre certaines choses avant le professeur.

Cette situation montre encore une fois que, même dans une même famille, les enfants peuvent évoluer de manière très différente.

Et puis arrive l’intelligence artificielle —

Notre conversation prend ensuite une nouvelle direction avec un sujet devenu incontournable : l’intelligence artificielle.

Nous constatons avec étonnement la rapidité avec laquelle l’IA progresse.

Aujourd’hui, il est possible d’obtenir en quelques secondes des informations, de rédiger des textes, de réaliser certaines tâches, de produire des documents et d’accomplir de nombreuses activités qui nécessitaient auparavant beaucoup plus de temps.

Une question surgit alors naturellement : si l’intelligence artificielle peut désormais faire autant de choses, où se trouve l’avenir professionnel des jeunes ?

Le chauffeur estime que l’avenir sera largement lié aux technologies et à l’informatique.

Nous parlons notamment des personnes qui développent des projets robotiques, mais également de métiers traditionnels comme la comptabilité, qui commencent eux aussi à être profondément transformés par l’intelligence artificielle.

De nombreuses professions sont déjà touchées par cette révolution.

Les métiers disparaissent avec les inventions —

Mais le chauffeur me fait remarquer que cette transformation n’est pas nouvelle.

Chaque fois qu’une grande invention apparaît, certains métiers disparaissent ou se transforment.

Il prend notamment l’exemple de la photographie.

Il y a longtemps, certaines activités liées à la photographie étaient indispensables.

Aujourd’hui, avec les téléphones intelligents et les appareils numériques, une partie de ces métiers a progressivement disparu ou changé.

C’est une réalité historique : chaque fois qu’il y a une nouvelle invention, certains métiers disparaissent et d’autres apparaissent.

Le progrès technologique crée donc autant de transformations qu’il provoque de disparitions.

Nous revenons alors à l’intelligence artificielle et à l’informatique. Le chauffeur estime que l’avenir appartient de plus en plus à ceux qui maîtrisent les technologies.

Cette évolution pose cependant une question essentielle : comment préparer les jeunes à des métiers qui n’existent peut-être même pas encore ?

L’automobile face à la révolution technologique —

Nous abordons ensuite le domaine de l’automobile.

Le chauffeur estime que la mécanique traditionnelle est elle aussi appelée à connaître de profondes transformations, notamment avec le développement des voitures électriques.

Avec les véhicules électriques et les voitures de plus en plus intelligentes, il y a beaucoup moins de mécanique traditionnelle.

Une grande partie du fonctionnement repose désormais sur l’électronique, les logiciels et l’informatique.

Je fais alors remarquer que cette évolution soulève également une question concernant la durée de vie des véhicules.

Aujourd’hui encore, on peut voir des voitures âgées de plusieurs dizaines d’années qui fonctionnent parfaitement bien.

Nous nous demandons alors si une voiture fabriquée aujourd’hui pourra encore rouler dans 50 ans.

La question n’est peut-être pas uniquement liée à la mécanique. Une voiture moderne peut continuer à être physiquement en bon état, mais ses systèmes informatiques et électroniques peuvent devenir obsolètes.

Que se passe-t-il si les mises à jour ne sont plus disponibles ?

Faudra-t-il alors remplacer l’ordinateur ou certains composants électroniques ?

Cette situation montre que le progrès technologique peut également créer une nouvelle forme d’obsolescence.

Des machines qui duraient autrefois des décennies —

Nous faisons le même constat avec les appareils électroménagers.

Je fais remarquer qu’autrefois, une machine à laver pouvait durer 30, voire 50 ans.

Aujourd’hui, cette longévité semble beaucoup moins fréquente.

Cette évolution nous amène à parler de la consommation.

Le monde moderne nous pousse davantage à consommer. Les technologies évoluent rapidement, les nouveaux modèles apparaissent régulièrement et les consommateurs sont constamment encouragés à remplacer leurs appareils.

C’est devenu, en quelque sorte, le monde d’aujourd’hui.

Nous achetons, nous remplaçons et nous recommençons, parfois alors même que les anciens appareils pourraient encore fonctionner.

Les maisons anciennes et le savoir-faire —

Notre conversation se déplace ensuite vers les maisons et la construction.

En regardant les bâtiments autour de nous pendant notre trajet en Belgique, je suis frappé par certaines constructions anciennes.

Certaines maisons possèdent une architecture remarquable et donnent l’impression d’avoir été conçues pour durer.

Je parle au chauffeur de ce que j’ai découvert en Belgique et notamment de la beauté de certaines constructions.

Certaines maisons modernes peuvent être plus jolies, plus pratiques et plus rapides à construire, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’elles possèdent toujours le même niveau de solidité ou de détails artistiques que certaines constructions anciennes.

La Belgique et l’architecture comme expression artistique —

Cette réflexion me fait penser à ma visite de la Grand-Place de Bruxelles.

Je lui raconte à quel point j’ai été impressionné par cet endroit.

Je lui dis, en substance : « Mon Dieu, c’est beau ! »

Les façades, les détails architecturaux, les corniches, les boiseries et les différents éléments décoratifs témoignent d’un savoir-faire extraordinaire.

Autrefois, construire un bâtiment pouvait représenter un véritable travail d’art.

Même si la formation des architectes existe toujours et que les connaissances architecturales ont été conservées, les méthodes de construction ont profondément changé.

Les matériaux et les détails utilisés autrefois étaient associés à un véritable savoir-faire permettant d’aboutir à un résultat presque artistique.

La construction n’était donc pas uniquement une question de rapidité et de fonctionnalité.

Elle pouvait également être une expression de l’art, de la patience et du savoir-faire humain.

Construire toujours plus vite —

Nous abordons ensuite les nouvelles méthodes de construction.

Je lui parle notamment des reportages que j’ai vus sur les technologies permettant aujourd’hui d’imprimer des maisons.

Il existe désormais des machines capables de réaliser certaines constructions beaucoup plus rapidement qu’autrefois.

Nous évoquons également la construction de grands bâtiments grâce à la préfabrication.

Certains éléments sont fabriqués directement en usine avant d’être transportés sur le chantier et assemblés.

Cette méthode permet de gagner énormément de temps.

Autrefois, lorsqu’une personne commandait une maison, elle pouvait attendre longtemps avant de voir réellement le chantier commencer.

Avec la préfabrication, pendant que le terrain est préparé, les différents éléments de la maison peuvent déjà être produits en usine.

Lorsque les éléments arrivent sur le chantier, une grande partie du travail est déjà réalisée.

La technologie permet donc de construire plus rapidement, avec des méthodes complètement différentes de celles du passé.

Le progrès : le bon côté et le mauvais côté —

Cette réflexion nous conduit finalement à une question plus générale :

Le progrès est-il toujours une bonne chose ?

Nous arrivons à une conclusion assez simple : le progrès possède un bon côté, mais aussi un mauvais côté.

Il permet de travailler plus rapidement, de faciliter certaines tâches, d’améliorer les transports, de transformer la construction, de développer de nouvelles technologies et de créer de nouvelles possibilités.

Mais il peut également entraîner la disparition de certains métiers, accélérer la consommation, rendre certains produits rapidement obsolètes et nous faire perdre certains savoir-faire traditionnels.

La technologie peut donc nous faire gagner du temps tout en nous faisant parfois perdre certaines choses importantes.

L’éducation au cœur de toutes ces transformations —

En fin de compte, notre conversation revient au point de départ : l’éducation.

Car si les jeunes disposent aujourd’hui d’un téléphone capable de leur donner accès à presque toutes les connaissances et si l’intelligence artificielle peut désormais effectuer une multitude de tâches, la véritable question n’est peut-être plus seulement de savoir comment accéder à l’information.

Il faut surtout apprendre comment l’utiliser, comment la vérifier, comment réfléchir et comment distinguer ce qui est utile de ce qui est dangereux.

La technologie ne dispense donc pas de l’éducation. Au contraire, elle rend l’éducation encore plus importante.

Les parents doivent apprendre à accompagner leurs enfants dans cet environnement nouveau. Ils doivent connaître leurs fréquentations, y compris leurs fréquentations virtuelles.

Ils doivent leur apprendre à utiliser les technologies de manière responsable.

L’école doit également évoluer pour préparer les jeunes à un monde professionnel dans lequel certains métiers traditionnels seront transformés tandis que de nouveaux métiers apparaîtront.

Les médias ont eux aussi une responsabilité dans cette formation.

Préparer les générations futures —

Au terme de cette conversation, une conviction commune semble se dégager : malgré les réseaux sociaux, malgré l’intelligence artificielle et malgré la rapidité extraordinaire du progrès technologique, l’éducation restera toujours essentielle.

Elle commence dans la famille, se poursuit à l’école et se développe dans la société, à l’église et à travers les médias.

Elle demande du temps, de la patience, de la cohérence et des sacrifices.

Elle exige aussi que les parents travaillent ensemble et restent présents auprès de leurs enfants.

La technologie peut aujourd’hui transmettre énormément de connaissances à un jeune.

L’intelligence artificielle peut l’aider à apprendre et à accomplir certaines tâches. Internet peut lui ouvrir une fenêtre sur le monde entier.

Mais aucune de ces technologies ne peut remplacer entièrement le rôle des parents dans la formation de la conscience, du caractère et des valeurs d’un enfant.

Cette conversation improvisée avec ce chauffeur marocain, alors que nous roulions vers l’aéroport, m’a finalement permis de réfléchir à bien plus qu’aux technologies.

Elle m’a amené à réfléchir à notre manière d’éduquer les enfants, à notre responsabilité envers les générations futures, à la transformation du travail, à notre rapport à la consommation et à ce que nous risquons de perdre lorsque nous cherchons constamment à aller plus vite.

Car derrière toutes ces innovations se trouve une question fondamentale :

Dans un monde où la technologie avance à une vitesse extraordinaire, comment préparer véritablement les générations futures à vivre, à apprendre, à travailler et surtout à rester humaines ?

À mon arrivée à l’aéroport, j’ai été quelque peu étonné de constater qu’à une heure aussi matinale, vers 3 h 55, il y avait déjà autant de passagers.

Le chauffeur m’a expliqué que beaucoup de personnes revenaient de vacances à l’étranger, tandis que d’autres repartaient vers leur pays d’origine. Cette importante circulation avait même provoqué des embouteillages à certains endroits. On pouvait voir des passagers descendre de leur véhicule dans la rue et continuer à pied jusqu’à l’aéroport.

Après les vérifications d’usage au comptoir, j’ai traversé la zone d’embarquement. Tout s’est déroulé comme prévu et le vol a duré seulement 1 heure et 15 minutes.

J’étais assez fatigué, alors j’ai profité du trajet pour dormir un peu dans l’avion.

Puis, à l’atterrissage, j’ai eu la surprise de découvrir la Suisse. Un superbe pays.

La Suisse : Un pays que je rêvais de découvrir —

Il faut dire que j’avais toujours entendu parler de la Suisse et que j’avais depuis longtemps envie de découvrir ce pays que je considérais comme particulier. On m’en avait toujours dit beaucoup de bien et je savais que plusieurs Haïtiens avaient vécu en Suisse. D’autres y avaient étudié et, selon ce que j’avais entendu, certains étaient même revenus en Haïti après avoir épousé une Suissesse et avaient ensuite fondé leur famille en Suisse.

J’avais donc l’impression que la Suisse était un pays qui produisait vraiment des épouses exemplaires !

On connaît, par exemple, plusieurs jeunes Haïtiens qui avaient étudié en Suisse à l’époque, notamment dans les années 1970, comme Pauris Jean-Baptiste, Rosny Desroches ou encore le Dr Jean-Claude Desmangles, pour ne citer que ceux-là.

Ce pays m’intriguait d’autant plus qu’on m’avait souvent dit qu’il ressemblait à Haïti, à la différence, bien sûr, du climat et de la température.

Dès l’atterrissage, j’ai donc profité du vol pour prendre le temps d’observer la Suisse vue du ciel.

La Suisse vue du ciel : un territoire organisé —

À première vue, ce qui a immédiatement attiré mon attention, c’est que la Suisse est réellement un pays très montagneux. Mais, contrairement à Haïti, j’ai découvert un territoire extrêmement organisé et structuré.

J’ai notamment remarqué plusieurs villages séparés les uns des autres, ainsi que des quartiers situés aux alentours de l’aéroport. Cette zone semblait également avoir une importante vocation agricole et rurale. Il y avait plusieurs villages, mais pas une grande agglomération continue. Chaque village semblait installé ici et là, avec plusieurs routes permettant d’y accéder.

Cette organisation du territoire m’a particulièrement impressionné. Sur les sommets des montagnes, on laissait pousser les arbres pour former des forêts, tandis qu’à proximité se trouvaient des espaces consacrés à l’agriculture.

À un moment donné, j’ai aperçu une imposante montagne au sommet de laquelle était construite une maison. Pendant quelques secondes, j’ai cru être en Haïti ! Cette image m’a véritablement rappelé mon pays, avant que je réalise que j’étais toujours à l’étranger.

Puis j’ai aperçu les autoroutes, remarquablement aménagées, qui traversaient les montagnes selon des tracés soigneusement étudiés. Il y avait des tunnels et même des portions de routes construites sur des piliers.

Tout semblait pensé et organisé. Les constructions dans les montagnes et celles situées à proximité de l’aéroport paraissaient respecter des règles précises d’urbanisme. Les constructions étaient réparties par secteurs : quartiers résidentiels, zones agricoles, zones industrielles, etc.

La Suisse : histoire, politique, géographie, population et économie —

La Suisse, officiellement appelée Confédération suisse, est un pays d’Europe centrale situé au cœur du continent. Elle est entourée par la France, l’Allemagne, l’Autriche, le Liechtenstein et l’Italie. Sa superficie est d’environ 41 300 km² et le pays compte un peu plus de 9 millions d’habitants.

Une histoire marquée par la neutralité et le fédéralisme —

L’histoire de la Suisse remonte traditionnellement à 1291, lorsque trois cantons — Uri, Schwytz et Unterwald — concluent une alliance destinée à défendre leurs intérêts et leur autonomie. Cette alliance est généralement considérée comme l’acte fondateur de la Confédération suisse.

Au fil des siècles, d’autres territoires rejoignent la Confédération. La Suisse moderne prend véritablement forme avec la Constitution fédérale de 1848, qui transforme le pays en État fédéral.

La neutralité constitue également une caractéristique majeure de son histoire. La Suisse est reconnue comme État neutre au niveau international depuis 1815. Elle n’a pas participé directement aux deux guerres mondiales, même si elle a été fortement affectée par les événements qui se déroulaient autour d’elle.

Un système politique particulier —

La Suisse est une démocratie fédérale composée de 26 cantons, qui disposent d’une importante autonomie.

Le pouvoir politique est réparti entre la Confédération, les cantons et les communes.

Le gouvernement fédéral est le Conseil fédéral, composé de sept membres. Contrairement à de nombreux pays, la Suisse n’a pas un président disposant de pouvoirs comparables à ceux d’un président français ou américain. Chaque année, l’un des sept conseillers fédéraux assume la fonction de président de la Confédération, essentiellement comme primus inter pares, c’est-à-dire « premier parmi ses pairs ».

La Suisse est également connue pour sa démocratie directe. Les citoyens peuvent participer régulièrement à des votations populaires sur des questions politiques importantes, notamment par le biais des initiatives populaires et des référendums.

Le Parlement fédéral est bicaméral : il comprend le Conseil national, qui représente la population, et le Conseil des États, qui représente les cantons.

Une géographie très variée —

La Suisse est un pays relativement petit, mais son territoire présente une grande diversité.

On distingue généralement trois grandes régions géographiques : les Alpes, le Plateau suisse et le Jura.

Les Alpes occupent une partie importante du territoire et constituent l’un des symboles les plus connus du pays. Elles abritent de nombreux sommets, vallées, glaciers et stations touristiques.

Le Plateau suisse, situé entre les Alpes et le Jura, concentre une grande partie de la population et des activités économiques du pays. C’est notamment dans cette région que se trouvent des villes importantes comme Zurich, Berne, Lausanne et Genève.

La Suisse possède également de nombreux lacs, dont le lac Léman, le lac de Zurich et le lac des Quatre-Cantons.

Une population multilingue et multiculturelle —

La Suisse compte quatre langues nationales : l’allemand, le français, l’italien et le romanche.

L’allemand est la langue la plus largement parlée, notamment dans le centre et le nord du pays. Le français domine dans l’ouest, l’italien dans le sud, particulièrement au Tessin, tandis que le romanche est principalement parlé dans certaines régions du canton des Grisons.

La population suisse est également très internationale. Le pays accueille une importante communauté étrangère, notamment en raison de son économie, de ses universités, de ses organisations internationales et de son niveau de vie.

Une économie parmi les plus développées du monde —

La Suisse possède une économie très développée et diversifiée.

Elle est particulièrement connue pour la finance et la banque, mais son économie ne se limite pas à ce secteur. Le pays possède également une industrie très performante dans des domaines comme la pharmacie, la chimie, les machines, les instruments de précision, l’horlogerie et les technologies médicales.

L’horlogerie suisse constitue d’ailleurs l’un des symboles internationaux du savoir-faire du pays.

La Suisse bénéficie également d’un secteur important dans les services, le tourisme, les assurances, la recherche et l’innovation.

Des entreprises et institutions internationales importantes sont implantées dans le pays, tandis que Genève accueille notamment de nombreuses organisations internationales.

Un pays prospère au cœur de l’Europe —

La Suisse se distingue donc par un ensemble de caractéristiques particulières : un territoire montagneux, une population multilingue, un système fédéral fortement décentralisé, une tradition de démocratie directe, une politique de neutralité et une économie très développée.

Bien qu’elle ne soit pas membre de l’Union européenne, elle entretient des relations économiques et politiques étroites avec celle-ci.

Pour un visiteur, la Suisse apparaît ainsi comme un pays où se côtoient tradition et modernité, diversité culturelle, stabilité politique, prospérité économique et paysages naturels exceptionnels.

De l’aéroport à Genève en taxi —

À ma descente de l’avion, j’ai récupéré mes bagages sans aucune difficulté, puis je suis sorti pour prendre un taxi.

J’ai particulièrement apprécié le fait qu’après être arrivé dans un premier pays de l’espace européen, lorsqu’on se rend ensuite dans un autre pays de cet espace, on n’a généralement pas besoin de repasser par l’immigration de la même manière qu’à une première entrée. On récupère directement ses bagages.

En France, en Belgique ou en Suisse, je n’ai pas ressenti cette pression que peuvent parfois provoquer les contrôles douaniers. On ne voit même pas toujours les agents douaniers, et l’on ne vous demande pas systématiquement d’ouvrir vos sacs pour vérifier leur contenu.

Pour un voyageur, cela permet évidemment de gagner beaucoup de temps.

La seule remarque négative que je pourrais faire concerne l’accès au Wi-Fi à l’aéroport. J’ai trouvé la connexion de mon téléphone un peu plus compliquée, car il fallait recevoir un code par SMS, ce qui peut être impossible lorsqu’on ne dispose pas encore de signal téléphonique. Il était également possible de scanner sa carte d’embarquement pour accéder au réseau. À part cela, tout s’est bien déroulé.

Une première conversation avec un chauffeur suisse —

J’ai attendu un petit moment à la station de taxis. Un jeune homme blanc, très aimable, est venu prendre mes valises et les placer dans le coffre de son véhicule. Puis il m’a invité à monter.

Pendant le trajet, le jeune chauffeur n’a cessé de me poser des questions : d’où je venais, dans quel domaine j’évoluais, ce que je faisais, etc. Il m’a véritablement fait passer un petit interrogatoire, mais toujours avec beaucoup de gentillesse.

Je lui ai alors parlé d’Haïti, que je lui ai présenté comme le premier pays noir indépendant du monde, un pays qui continue de payer très cher le prix de son audace pour avoir défié les puissances coloniales et contribué à mettre fin à l’esclavage.

Je lui ai également expliqué qu’Haïti avait profondément bouleversé l’ordre du monde occidental. Je lui ai parlé de la vente de la Louisiane par Napoléon aux États-Unis après l’indépendance d’Haïti et de la manière dont cet événement avait contribué à l’expansion territoriale des États-Unis.

De son côté, le chauffeur m’a expliqué qu’il venait d’une région située près de l’Italie. Il m’a également parlé de la Suisse, qu’il considérait comme un pays très différent des autres pays européens.

Il a notamment évoqué sa neutralité, son fonctionnement particulier par rapport à l’Union européenne et certains des produits qui ont contribué à sa renommée internationale : le fromage suisse, les couteaux suisses, les montres suisses et bien d’autres produits.

Il m’a également expliqué que les Suisses n’envisageaient pas nécessairement le développement comme d’autres pays. Ils accorderaient davantage d’importance à la bonne organisation du territoire et éviteraient autant que possible les mégaconstructions.

Une réflexion sur la Suisse et Haïti —

Je lui ai dit que la Suisse était également connue comme un pays de banques et que les banques suisses jouissaient d’une grande réputation internationale.

J’ai aussi évoqué les problèmes liés au trafic de drogue et à certains comportements attribués à des immigrants. Il m’a répondu que cela ne concernait pas toute la Suisse et que certains problèmes étaient davantage concentrés dans certaines zones. Selon lui, la situation n’était pas aussi grave qu’on pouvait l’imaginer et les autorités s’efforçaient de la gérer.

Ce qui m’a également beaucoup marqué, ce sont les constructions en montagne. Les Suisses savent véritablement construire dans des terrains difficiles. Ils ont développé une grande capacité à découper les pentes, à creuser les routes et à aménager les montagnes, au point que l’on ne s’aperçoit presque plus que l’on circule dans un relief aussi accidenté.

Je me suis alors dit que, si les Haïtiens construisaient leur pays avec le même souci d’organisation et de planification, Haïti pourrait devenir un pays magnifique et beaucoup plus structuré.

J’espère qu’un jour, nous y arriverons.

Une première mésaventure avec mon hébergement —

Comme j’avais réservé depuis Haïti un hébergement à l’Apart City, près de l’aéroport, à Vernier, le chauffeur m’y a conduit.

Mais, lorsque je suis arrivé, j’ai découvert que ce n’était pas vraiment le centre d’hébergement que j’avais imaginé. Je n’ai pas apprécié l’endroit ni son organisation.

Je suis quelqu’un qui aime fonctionner avec une certaine structure. Je ne souhaite pas séjourner dans un endroit où il n’y a pas, par exemple, de petit-déjeuner ou de concierge.

J’aime pouvoir me sentir comme chez moi lorsque je voyage.

J’ai donc dit au chauffeur que je ne voulais pas rester et que je préférais perdre l’argent que j’avais déjà payé pour une nuit plutôt que de séjourner dans un endroit qui ne me convenait pas.

Il a voulu vérifier ma réservation et a appelé l’établissement. On lui a alors indiqué que je n’avais aucune réservation.

J’ai découvert ce qui s’était passé : la personne qui avait effectué la réservation pour moi à Port-au-Prince avait commis une erreur. Au lieu d’indiquer le 5 septembre, elle avait inscrit le 5 août. L’argent avait pourtant bien été payé, mais la réservation ne correspondait pas à la date de mon arrivée.

N’ayant donc finalement pas de réservation, je me suis dit que ce n’était pas grave.

J’ai demandé au chauffeur de m’appeler un autre établissement hôtelier. Il avait du mal à se décider. Je lui ai simplement expliqué que je ne cherchais pas quelque chose de luxueux, mais seulement un hôtel décent et acceptable.

Il a alors appelé son oncle, qui lui a conseillé un hôtel situé près de la gare.

Le père de la réceptionniste a récemment effectué un séjour en Haïti

Il m’a finalement conduit à l’Ibis, que je connaissais déjà parce que j’avais séjourné dans un établissement Ibis à Paris. Je connaissais donc le système et je n’avais aucun problème à y séjourner.

Je me suis rendu à l’hôtel Ibis situé rue Voltaire sans aucune réservation.

La secrétaire, Claire, était très gentille. Elle m’a accueilli chaleureusement et a effectué les formalités d’usage.

Normalement, le check-out se fait à midi, mais elle m’a expliqué qu’il n’y avait aucun problème et qu’elle allait faire une exception. Elle m’a immédiatement donné une chambre.

Lorsque la réceptionniste a appris que je venais d’Haïti, elle m’a dit qu’elle était française, mais qu’elle travaillait en Suisse, et que son père venait récemment de séjourner en Haïti.

Je dois avouer que j’ai eu du mal à croire ce que je venais d’entendre. Je lui ai demandé : « Est-ce qu’il travaille dans l’humanitaire ? Est-ce pour cette raison qu’il s’est rendu en Haïti ? »

Je savais en effet que beaucoup de Suisses se rendaient en Haïti dans le cadre d’activités humanitaires ou auprès d’ONG.

Elle m’a répondu que non. Son père avait simplement toujours rêvé de connaître Haïti et s’était dit que cette année, il devait absolument s’y rendre.

Son père venait donc à peine de rentrer d’Haïti, où il avait passé ses vacances !

Malgré tout, je me suis dit intérieurement que j’espérais qu’elle ne s’était pas trompée de pays en confondant Haïti avec Tahiti, comme cela arrive parfois. Mais elle semblait parfaitement savoir de quoi elle parlait.

Je sais d’ailleurs que, malgré la crise que traverse Haïti, certains touristes continuent de se rendre de temps en temps dans le Nord, le Sud et le Sud-Est du pays.

Après tout, Haïti demeure un pays de soleil, de belles plages et de montagnes splendides.

Partout où je suis passé, j’ai rencontré au moins une personne qui avait entendu parler d’Haïti ou qui avait vécu une expérience quelconque avec ce petit pays de la Caraïbe.

Un petit-déjeuner à la découverte du quartier —

Après m’être installé, je suis descendu chercher quelque chose à manger. Je ne voulais pas prendre mon petit-déjeuner à l’hôtel. J’ai donc marché dans le quartier, notamment dans la rue Voltaire.

Les grands restaurants étaient encore fermés, puisqu’il n’était que 9 h 35 du matin.

Dans un premier établissement, je suis entré et la dame m’a expliqué qu’elle ne servait pas de petit-déjeuner, mais qu’elle proposait des pâtisseries.

J’ai continué mon chemin et, un peu plus haut, j’ai découvert un autre établissement, « Chez Quartier ». Je suis entré parce que plusieurs personnes étaient déjà assises devant.

C’était également une pâtisserie proposant différents produits salés et sucrés.

Un monsieur m’a accueilli. J’ai eu l’impression qu’il s’agissait du propriétaire. Je lui ai demandé ce qu’il proposait pour le petit-déjeuner.

Il m’a répondu que tout ce qui était présenté constituait des possibilités de petit-déjeuner.

Je lui ai expliqué que je souhaitais quelque chose de plus consistant. Il m’a alors proposé un croissant, un œuf bouilli, une tartine beurrée avec de la confiture d’abricot et un verre de jus d’orange.

Il m’a également offert du café, mais je lui ai expliqué que je n’aimais pas le café. Il m’a répondu que le café était pourtant une bonne chose, surtout lorsqu’il était très fort.

Je lui ai dit que je préférais le thé.

Il m’a alors servi du thé de Thaïlande. D’ailleurs, l’une des serveuses de ce restaurant était d’origine thaïlandaise.

Par curiosité, j’ai également lu une affiche posée sur le comptoir : « Nos équipes sont formées pour répondre à vos questions concernant les allergènes. »

Je ne savais pas exactement pourquoi cette information était affichée, mais j’imagine qu’il y avait une raison de le faire.

À la une de la Tribune de Genève —

Outre les clients assis à l’extérieur, deux autres personnes se trouvaient déjà à l’intérieur.

Elles lisaient des journaux, notamment le quotidien suisse Tribune de Genève.

Pour comprendre un pays, il suffit parfois de lire les grands titres de l’actualité.

J’ai donc pris mon temps pour regarder les articles qui figuraient à la une. Il y avait notamment des titres comme :

• « À Genève, un autocar sert de refuge aux travailleurs du sexe » ;
• « Un think tank genevois navigue entre diplomatie et zones grises » ;
• « Pas de guerre. Oui à la neutralité suisse » ;
• « Impôts auto : mode pressé, pressé par les députés de trouver une solution » ;
• et surtout : « Fusillade à Arahu : le drame aurait pu être évité, estime un psychiatre ».

C’est ce dernier titre qui m’a paru le plus saillant.

Une actualité bien différente de celle d’Haïti —

En ce qui concerne l’actualité, le contraste était saisissant avec Haïti.

Pour comprendre cette différence, voici quelques-uns des sujets qui dominaient alors l’actualité haïtienne :

• « Au moins deux personnes avaient perdu la vie et une autre avait été blessée après l’explosion d’un camion-citerne transportant du carburant dans la zone de Haut-du-Cap, au Cap-Haïtien, le 3 septembre ».

• « Les forces de l’ordre avaient utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser un mouvement de protestation organisé par plusieurs structures dans la commune de Delmas, le 4 septembre, afin de réclamer le départ du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ».

• « Des migrants haïtiens, menottés aux pieds et aux mains, avaient été rapatriés à bord d’un vol charter de Global X ICE Air. L’appareil, parti d’Alexandria, en Louisiane, avait décollé de l’aéroport exécutif d’Opa-locka avant d’atterrir à l’aéroport international du Cap-Haïtien ».

• « Ayanna Pressley et Yvette Clarke, deux élues démocrates de la Chambre des représentants des États-Unis et coprésidentes du « House Haiti Caucus », dénonçaient le caractère « déshumanisant » des déportations de ressortissants haïtiens. Selon elles, « il n’existe aucune excuse pour traiter nos voisins avec un tel mépris ».

• « Le Groupe d’initiative pour la recherche de solutions durables à la crise haïtienne encourageait un dialogue urgent entre tous les acteurs de la vie nationale afin de trouver des solutions permettant à Haïti de reprendre son fonctionnement normal ».

• « Trois photographes avaient été victimes de violences commises par certains membres de la population de Kenscoff, le mercredi 2 septembre, alors qu’ils couvraient les funérailles de cinq personnes tuées lors de l’attaque de Kenscoff.

Le contraste entre les deux réalités était donc particulièrement frappant.

À la découverte de Manor —

Après avoir déjeuné, je suis retourné à l’hôtel pour récupérer de ma nuit blanche.

Après m’être reposé, je suis ressorti pour faire quelques emplettes chez Manor, situé à environ six pâtés de maisons de mon hôtel. Un membre du personnel de l’hôtel m’avait donné une carte routière afin de faciliter mes déplacements.

À Genève, j’ai découvert Manor, l’un des grands magasins les plus importants de la ville, situé au cœur de Genève, rue de Cornavin.

J’ai été particulièrement impressionné par l’ampleur de cet établissement, qui s’étend sur plusieurs étages et offre une très grande diversité de produits et de services. On y trouve notamment des espaces consacrés à la mode pour femmes, hommes et enfants, à la beauté, à la maison, à la décoration, aux jouets, à la bijouterie, aux accessoires, ainsi qu’un supermarché proposant de nombreux produits alimentaires.

Manor est bien plus qu’un simple magasin. C’est un véritable espace de vie où les clients peuvent faire leurs achats, bénéficier de différents services et également se restaurer.

L’établissement dispose notamment d’un espace de restauration au rez-de-chaussée ainsi que du restaurant Manora, situé au dernier étage. Celui-ci offre également une terrasse panoramique permettant d’admirer Genève, le lac Léman et le Jet d’Eau.

J’ai également constaté que ce lieu attire une clientèle très diverse. Il semble fréquenté aussi bien par la population genevoise que par des visiteurs et des touristes étrangers.

Je voulais notamment acheter une carte mémoire pour ma caméra. Après mes emplettes, j’ai pris un repas au restaurant, avant de retourner à l’hôtel.

Mais ma journée n’était pas terminée.

Mon jogging au bord du lac Léman —

Après un moment de repos, je suis ressorti pour faire mon jogging dans les rues de Genève et continuer à découvrir la Suisse.

J’ai longé la rue Voltaire jusqu’à arriver au bord du lac de Genève.

Par son immensité, le lac donne presque l’impression d’être au bord de la mer. Mais il s’agit bien d’un lac : le lac Léman.

À ses abords, il y avait énormément de monde : des restaurants, des touristes, des promeneurs et de nombreuses personnes qui faisaient leur jogging.

J’avais vraiment l’impression d’être dans un grand lieu de rencontre et de convivialité au cœur de Genève.

En courant, j’ai pris le temps d’admirer les paysages et d’observer les gens. Certains se promenaient avec leur chien, d’autres circulaient à bicyclette, tandis que beaucoup marchaient simplement le long du lac.

Il y avait également plusieurs restaurants, dont certains avaient des DJ qui jouaient de la musique. On trouvait aussi des marinas et des espaces de stationnement pour les bateaux.

Tout cela créait une véritable ambiance au bord du lac.

Cette atmosphère m’a rappelé, par certains aspects, le Malecón de Saint-Domingue durant les week-ends.

Mais chaque fois que je jetais un regard derrière le lac, je voyais les hautes montagnes. À certains endroits, les routes semblaient littéralement traverser les montagnes.

J’ai alors eu un nouveau clin d’œil à Haïti. Cela m’a rappelé les paysages de Bouthilliers.

Mais je me suis aussitôt dit intérieurement :

« Non, je suis vraiment loin d’Haïti. »

Un espace de convivialité et de détente —

J’ai également découvert que des installations avaient été aménagées pour permettre aux gens de profiter de moments de détente, notamment des espaces liés au sauna.

Il n’est toutefois pas permis de se baigner partout dans le lac. Certains endroits spécifiques sont réservés à la baignade, tandis que d’autres sont interdits, notamment en raison des risques.

Il y avait également beaucoup de familles et de groupes qui faisaient des pique-niques.

Certaines communautés se retrouvaient entre elles. J’ai notamment vu des personnes venues d’Espagne, ou des groupes qui parlaient espagnol, qui se réunissaient, chantaient, dansaient et jouaient ensemble.

Le bord du lac constituait véritablement un espace de convivialité, de rencontre et de vie sociale dans la paix.

Et si Haïti faisait la même chose ? —

Cette promenade au bord du lac m’a beaucoup fait réfléchir à ce que nous aurions pu faire de nos propres espaces en bord de mer.

Nous aurions pu transformer certains de nos littoraux en véritables lieux de rencontre et de convivialité sociale, mieux les structurer et mieux les organiser, tout en mettant en place des patrouilles de police de temps en temps afin d’assurer la sécurité.

Je me suis alors dit qu’Haïti aurait pu être exactement comme la Suisse.

La différence ne se trouve pas nécessairement dans les ressources naturelles. Elle réside aussi dans la manière de penser de nos dirigeants, dans notre mentalité et dans notre capacité à organiser notre territoire.

Tout est déjà là. Il suffit de s’y mettre et d’avoir la volonté de construire un véritable pays.

C’est possible.

La Suisse représente, à mes yeux, un exemple particulièrement intéressant pour Haïti : un petit pays européen qui n’a rien à envier aux autres pays développés du monde.

Au bord du lac : l’impression d’un monde en paix —

Au bord du lac de Genève, on peut avoir l’impression de vivre dans un monde presque parfait.

Tout semble calme. Tout paraît paisible. On y ressent une atmosphère de tranquillité et de sécurité.

C’est peut-être même l’un des meilleurs endroits pour se faire des illusions sur un monde où tout va bien.

Mais derrière cette apparente perfection, il y a surtout un pays qui a fait le choix de la paix, de l’organisation et d’un certain modèle de vie, et qui a travaillé en conséquence pour préserver cet environnement.

Cette première découverte de la Suisse m’a donc profondément marqué.

Je suis venu comme simple visiteur, mais je repars avec une réflexion : si un petit pays peut parvenir à organiser son territoire, à valoriser ses paysages et à créer des espaces de vie agréables pour sa population, alors Haïti aussi peut y parvenir.

Il suffit de le vouloir et de commencer à construire.

Joël Lorquet, PhD

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