10 septembre 2026
Rony Blain : Préambule de la Constitution de 2029
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Rony Blain : Préambule de la Constitution de 2029

PRÉAMBULE DE LA CONSTITUTION DE 2029

Initialement, la crise nationale doit être résolue à la lumière des propositions savantes. Evidemment, il faut prôner une approche théorique qui déduit les impacts, qui prévoit les conséquences, dans la prise des décisions autant dans l’élaboration d’une Constitution souveraine.

Cette nouvelle chartre doit tenir compte de l’ensemble des circonstances qui ruinent la gouvernance, tout en dénonçant la litanie des contradictions qui font dérailler le train de la stabilité nationale.

Le référendum qui a légitimé la Constitution de 1987 fut l’œuvre d’un compromis historique. Car, il fallait amadouer quelque chose de tangible, cette girouette qui avait l’apparence d’un phare pour pouvoir cheminer vers le calvaire de l’inconnu. Ce fut en quelque sort, la dernière volonté d’un défaitisme qui aujourd’hui encore dans ses évasions et ses obstinations entrave toute possibilité d’avancement et de progrès.

Puisque la majorité remporta le sondage, la vengeance des septiques ne s’est pas fait attendre. La ratification de la chartre fut baptisée par le massacre électoral de la ruelle Vaillant, puis du renversement du Président Lesly Manigat, des Généraux Henry Namphy et Prospère Avril, du juge Ertha Pascal Trouillot pour conclure sur celui du Président Jean Bertrand Aristide.

Finalement, lors de son assermentation, le Prêtre des bidonvilles avait entériné l’acte de décès d’une cause, l’autopsie d’une lutte, l’incinération d’une génération.

Jusqu’ici, tous les gouvernements qui se succèdent sur l’esplanade politique nous rappellent les moments forts des anciennes dictatures : incurie, corruption, lutte d’influence, assassinats comme d’autres malfaçons bestiales.

Pas un n’a pu organiser le renouvellement des joutes.

Un jour, le Président Jovenel Moïse qui n’était pas en mesure d’organiser des élections, qui refusait de remettre le pouvoir, a été assassiné dans sa résidence privée. Dès lors, la nation ressasse sa quatrième transition, sans espoir d’atteindre un jour les rives de la stabilité. Des avions remplis de jeunes s’envolent pour l’Amérique du sud, d’autres atterrissent pour débarquer leurs cargaisons d’injures, les refoulés des États-Unis.

Quand à la Primature elle-même, elle est perdue dans des querelles dues à son incompatibilité structurelle. Une fois cette cohabitation promulgue le divorce de la siamoiserie exécutive, l’odeur de vinaigre qui s’y dégage engendre des crises périphériques, qui s’achoppent aux tractations latérales avant de générer des secousses multidimensionnelles.

La scène politique s’est dégénérée en cirque où escrocs, charlatans, scélérats, se font passer pour des sauveurs face aux mines blafardes d’un peuple ingénu.

D’une manière générale, une pluralité de tendances politiques carbonise toute société connue. Conséquemment, la Constitution a pour attribution de charrier les courants dans le sens de la légalité, rabattre l’influence des groupes dominants, diluer les ambitions démesurées, assainir le bien commun. Pour ainsi dire, la Constitution postule un registre d’articles  appelés à guider nos actes politiques, nos responsabilités citoyennes tout en garantissant la justice, la liberté et le maintien de la souveraineté. C’est de la Charte fondamentale que nous puisons notre citoyenneté.

Puisque nous avons dit ultérieurement que la crise politique est de nature constitutionnelle, pour s’évader de l’inconstitutionnalité, les citoyens les plus érudits de la nation, tels que les âmes combatives, les hommes de bonne volonté doivent conjuguer leurs efforts pour doter la nation d’une chartre salutaire laquelle tiendra compte de l’origine des dérives, la nature des contradictions comme une possible ouverture sur le développement.

La démocratie haïtienne expose les caractéristiques d’un chantier inachevé, souffre-elle de maladie infantile. Après quarante années de tâtonnements grotesques, de détours énigmatiques, de déroutes malfaisantes le temps est venu pour nous de mettre fin à l’arbitraire. Il faut une intervention méticuleuse, pour extraire les caries, les scories et les bactéries de notre régime politique.

Un mal peut générer multiples symptômes. Au lieu d’explorer nos ressentiments, il vaut mieux s’attaquer au mal lui-même. Notre diagnostic à nous accuse un nombre limité de facteurs sur lesquels la population bute quotidiennement. Le fait de ne pas être en mesure de proposer d’antidote, les citoyens s’éloignent davantage de la solution.

En réaction à l’ornière cruelle où l’actuelle génération s’abîme aisément, nous nous permettons d’avancer neuf recommandations jugées amplement suffisantes pour enclencher un dialogue constructif.

1. Il faut procéder à la réduction des prérogatives présidentielles, en privant la Présidence du contrôle de la justice, des finances et des forces de sécurité.

2. Il faut réduire à plus de la moitié le nombre de Ministères.

3. Il faut procéder à l’abolition de la Primature, jugée incompatible à nos mœurs politiques. En effet, ce modèle qui idéalise la Monarchie constitutionnelle, éreinte le Présidentialisme.

4. Il faut instituer des Gouvernements municipaux et régionaux afin que la Présidence puisse déléguer une partie de ses prérogatives aux Maires et au Gouverneurs.

5. Une fois constitués, les Gouvernements municipaux exerceront des prérogatives telles que justice, sécurité, éducation, santé, agriculture etc.

6. Il faut procéder à l’abolition des partis politiques. Ces caves aux voleurs représentent un obstacle à notre démocratie.

7. Il faut élever le standard électif, en s’appuyant sur les critères suivants : instruction, finances, carrière, origine, éthique, notoriété. Ces mesures visent aussi à limiter les avalanches de candidatures.

8. Il faut procéder à la démobilisation définitive de l’Armée haïtienne dont la vocation serait de contrôler les élections, renverser les gouvernements élus, exercer la répression sur la population civile. Nous nous appuyons sur des témoignages histoires pour étayer notre position.

9. A l’heure de la mondialisation où le Net rapproche les cœurs, assimile les cultures, nous nous éclipsons sciemment de ce processus civilisationnel par la faute du créole, aboiement intelligible aux configurations numériques. Levier de l’intégration, la langue française dont nos enseignants ont contribué à sa dissémination en Afrique francophone, qui chez nous a été confisquée aux masses haïtiennes pour pouvoir entraver leur intégration doit être revalorisée tout en attribuant au créole un rôle secondaire.

Pour conclure, la crise nationale évoque chaque jour de nouveaux symptômes. Ce phénomène est dû au fait que « la nation ne compte plus d’élite ». Il est impossible d’identifier un notable dans ce vacarme pestilentiel ni confirmer par quelle partie du corps les propos s’évacuent. Un système de sabotage a été édifié sur la scène nationale pour barrer la route à toutes formes d’initiatives comme toute conquête individuelle.  

Certainement, cette barrière inédite interdit toute forme de débat constructif, tout échange intellectuel, toute entente communautaire. Nos incriminations n’épargnent non plus cette presse soudoyée qui oeuvre pour le compte de l’obscurantisme.

Connaissez-vous une nation qui se prive du service de ses rédacteurs, journalistes, analystes, commentateurs, professeurs, activistes, penseurs ? Face à cette carence, incapables d’accomplir les miracles attendus, shaman, voyants, féticheurs, enchanteurs, thaumaturges en profitent pour ensorceler ce peuple dont le sort a déjà réduit en miettes.

Dès 2007, flairant l’éminence d’un sombre avenir,  nous nous sommes pliés à l’appel du devoir chauvin de mettre l’ensemble de nos propositions à la disposition du public. Puisque depuis certain temps, on entend des roulements lugubres, mélangés à des roucoulements fatidiques annonçant la rédaction  d’une nouvelle Constitution, entreprise à vocation criminelle, induite de bonnes intentions,  œuvre du Gouvernement de facto, nous nous sommes mis en quatre pour dénoncer cette démarche préjudiciable, cette exécution extrajudiciaire.  

Où sont-ils passés les citoyens qui ont été formés aux frais de la République, comme ceux qui ont été admis à la faculté de médecine cubaine dans un programme parrainé par le Gouvernement vénézuélien ? Pourquoi ils se terrent tout en omettant de commenter, de réagir, de sanctionner les rares propositions de sortie de crise publiées ?

Le venin de l’ingratitude est plus nocif que la violence de l’insécurité.  

Le « Préambule de la Constitution de 2029 » est un rugissement patriotique qui nous invite à s’insurger contre les dictées de nos tuteurs étrangers, autant des pourfendeurs de la prospérité nationale. Cette alternative, en l’occurrence le Préambule préconise la reprise du « chantier de 1986 », bâtisse qui nous cuirassera contre les bouleversements futurs.

Rony Blain

Initiateur de la Nouvelle opposition nationale (2007)

Auteur du Guide de la réforme haïtienne (2008)

Licencié en philosophie & lettres politique.

New York, le 7 septembre 2026

blainrony@yahoo.com

Whatsapp: 347-445-6296

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