8 septembre 2026
Haïti — A Maryse Narcisse : peut-on condamner le déraillement du train électoral tout en restant installé dans l’un de ses wagons ?
Actualités Cas d'assassinat Corruption Élections FactCheck Flashback Insécurité|Kidnapping Société

Haïti — A Maryse Narcisse : peut-on condamner le déraillement du train électoral tout en restant installé dans l’un de ses wagons ?

Fanmi Lavalas : « sécurité d’abord », mais pourquoi son ministre fait-il campagne pour le 13 décembre ?

PORT-AU-PRINCE — Maryse Narcisse affirme que les conditions sécuritaires actuelles ne permettent pas l’organisation d’élections crédibles : retour des déplacés, libre circulation et rétablissement effectif de l’autorité publique devraient précéder le passage aux urnes. Pourtant, le 10 août dernier, Joseph Almathe Pierre Louis, ministre de facto des Travaux publics et représentant de Fanmi Lavalas au sein du gouvernement Fils-Aimé, s’est inscrit à Port-Salut avant d’encourager publiquement la population à participer au processus électoral du 13 décembre, qualifié de « mort-né » par Josué Renaud, de NEHRO. Deux lignes politiques aussi difficilement conciliables peuvent-elles durablement coexister sous une même bannière ?

La bonne foi affichée de Fanmi Lavalas pourrait se mesurer à un acte politique concret, loin des postures consistant à souffler alternativement le chaud et le froid : si le parti considère le scrutin prématuré, pourquoi ne réclame-t-il pas le retrait de son représentant d’un gouvernement dont celui-ci promeut activement le calendrier électoral ? Lors de son installation, le ministre Pierre Louis avait d’ailleurs déclaré vouloir inscrire son action dans le Pacte national pour la stabilité et « l’organisation des élections », au risque de contredire directement la position défendue par Dr Narcisse. Le désaccord dépasse donc la simple rhétorique : il engage la responsabilité politique d’un parti qui critique le calendrier tout en demeurant représenté au sein de l’Exécutif chargé de l’appliquer.

Une autre interrogation renvoie à la mémoire historique de Lavalas, engagée ici dans un exercice d’équilibrisme difficile à soutenir. Le CEP prévoit les scrutins présidentiel et législatif ainsi que la « ratification populaire » le 13 décembre 2026, avant une proclamation des résultats de cette consultation annoncée pour le 16 décembre. Or le 16 décembre 1990 appartient au patrimoine politique fondateur du mouvement : Jean-Bertrand Aristide avait alors remporté l’élection présidentielle avec environ 67 % des suffrages, au terme d’une longue séquence de transitions autoritaires, de mobilisations populaires et de violences dirigées contre le processus démocratique. Comment Fanmi Lavalas a-t-il pu accepter cette architecture électorale sans contester publiquement l’utilisation institutionnelle d’une date aussi fortement inscrite dans sa propre histoire ?

Qui croire, finalement : Maryse Narcisse ou le ministre lavalassien d’un gouvernement Fils-Aimé dont les résultats sécuritaires et institutionnels restent vivement contestés ? Si « sécurité d’abord, élections ensuite » constitue une ligne politique réelle et non un positionnement circonstanciel, elle devrait produire des conséquences identifiables : prise de distance avec le calendrier, opposition explicite à la consultation constitutionnelle et clarification de la participation de Fanmi Lavalas au gouvernement. Faute de cohérence entre le discours public et la participation au pouvoir, Fanmi Lavalas reste confronté à sa propre contradiction : peut-on contester la trajectoire électorale tout en demeurant représenté au cœur même de l’appareil chargé de la conduire ?

cba et Elco

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.