29 août 2026
Haiti | Conseil de Sécurité — Le Panama refroidit le 13 décembre : même le premier semestre 2027 paraît « not realistic »
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Haiti | Conseil de Sécurité — Le Panama refroidit le 13 décembre : même le premier semestre 2027 paraît « not realistic »

L’Edito du Rezo

— Si même le premier semestre 2027 paraît « irréaliste » au Panama, que reste-t-il réellement du 13 décembre de Fils-Aimé et de VIKTWA…

Panama Regrettably, the expectation of holding elections in the first half of 2027 from this point of view at least, seems not to be realistic due to the current situation on the ground. 

NEW YORK — Le Panama n’a pas formellement enterré le 13 décembre 2026 ; il a toutefois prononcé devant le Conseil de sécurité une phrase qui en fragilise profondément la crédibilité politique. Après avoir décrit la situation haïtienne comme chaotique sur les plans humanitaire et sécuritaire, sa délégation a estimé que la perspective même d’élections « in the first half of 2027 » — au premier semestre 2027 — « seems not to be realistic due to the current situation on the ground » : ne paraît pas réaliste au regard de la situation actuelle sur le terrain. Si Panama doute déjà de janvier, mars ou juin 2027, que pourrait-il raisonnablement penser du 13 décembre 2026, plusieurs mois plus tôt ? Le calendrier défendu par Fils-Aimé et ses alliés repose-t-il sur une réalité territoriale différente de celle décrite vendredi aux Nations unies ?

Le raisonnement panaméen est pourtant méthodique. Avant de parler d’urnes, Panama réclame la restauration de « minimum security conditions », ces conditions minimales de sécurité sans lesquelles aucune normalisation institutionnelle ne peut sérieusement commencer. La délégation va plus loin : une étape fondamentale doit consister à créer « the security conditions needed to hold free, legitimate and transparent elections », c’est-à-dire les conditions sécuritaires nécessaires à la tenue d’élections libres, légitimes et transparentes. Voilà toute la difficulté pour Port-au-Prince. Une élection n’est pas seulement une date publiée par le CEP ; elle suppose un territoire accessible, des électeurs capables de circuler sans autorisation de groupes armés, des candidats protégés, des centres de vote opérationnels et une puissance publique en mesure de garantir la liberté du suffrage. Si ces conditions ne sont même pas jugées suffisamment plausibles pour le premier semestre 2027, le 13 décembre apparaît moins comme une certitude que comme une fiction administrative.

Panama ne s’est d’ailleurs pas contenté de constater l’impasse. Devant l’expansion des gangs, il a lancé une formule exceptionnellement énergique pour le langage diplomatique : « It is time to put the pedal to the metal, to put our foot on the gas and redouble our efforts. » Autrement dit : il faut désormais accélérer et redoubler d’efforts. Mais accélérer vers quoi ? Panama ne demande pas de foncer vers les urnes ; il demande d’accélérer le déploiement de la force anti-gangs afin de reprendre le contrôle du terrain. Il réclame également, « sooner rather than later », une réponse effective en matière de désarmement, démantèlement et réintégration — DDR. Après Kenscoff, ses 47 morts au moins, ses dizaines d’otages et ses milliers de déplacés, Panama place donc la sécurité avant l’élection et avertit que, sans changement, « the situation will continue to deteriorate ». Comment, dans ces circonstances, pourrait-on inverser la séquence et faire du scrutin le préalable à la sécurité ?

Reste enfin la question que le 13 décembre risque de rendre impossible à différer : quel avenir politique pour Fils-Aimé et sa coalition si les élections annoncées ne peuvent finalement pas avoir lieu ? Panama affirme que des résultats concrets exigent « political will […] at the national and international levels », de la volonté politique aux niveaux national et international, mais aussi des ressources suffisantes et une réponse urgente. Si décembre passe sans scrutin crédible, Fils-Aimé et ses alliés pourront-ils continuer à gouverner au nom d’une transition dont la principale promesse électorale aura échoué ? Faudra-t-il un nouvel accord politique, une nouvelle transition, une recomposition du pouvoir ou un nouveau mécanisme de légitimation ? Le Panama n’a pas répondu. Mais sa phrase sur un premier semestre 2027 déjà « irréaliste » ouvre brutalement la question que Port-au-Prince voudrait peut-être repousser : si le 13 décembre devient impossible, qui gouvernera le 14 décembre, en vertu de quel mandat et pour combien de temps encore ?

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