Le discours de Jovenel Moise à la 72e Assemblée générale succinct, mais incohérent

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article extrait du quotidien « Le National »

par Claudy Briend Auguste

New York, mercredi 27 septembre 2017 [lenational.org] ((rezonodwes.com)).-

Pour l’ensemble de points et d’entrée en matière, soulevés par le président Jovenel Moïse, mise à part une très belle plaidoirie faite en faveur des victimes du choléra, lors de sa prestation de jeudi dernier à la 72e Assemblée générale des Nations unies, cela se révèle être beaucoup plus qu’un discours direct qu’une allocution. Le seuil de ce haut lieu franchi devait en principe, couronner la carrière politique de tout « guest speaker » ayant cette ultime occasion de s’adresser sans intermédiaire aux dirigeants du monde entier.




Reste à savoir maintenant si tous les appels lancés seront suivis d’effets. L’exercice auquel se prêtait le président Jovenel Moïse, pour sa grande première à l’échelle internationale, n’est en fait de rien surprenant que celui déjà effectué par ses prédécesseurs. Bien souvent, ce genre d’intervention est propre à la consommation internationale tellement elle contraste avec la réalité sur le terrain. Dans cette brève analyse, nous allons nous arrêter sur quelques points jugés vitaux et essentiels.

Le tour d’horizon sur la scène internationale

Tradition oblige, les chefs d’État haïtiens viennent toujours avec des points dans leur discours qui n’ont jamais fait réellement l’objet de discussion, probablement à cause de notre position géographique. Ou notre poids assez faible dans la balance décisionnelle des Nations unies. D’autant plus c’est une erreur de soulever la question de crise en Syrie quand justement, l’organisme envoie chez nous depuis 2004 une force pour endiguer les multiples crises répétées. N’en parlons pas pour le conflit israélo-palestinien, vieux de plusieurs décennies. Heureusement, le président ne s’était pas trop aventuré sur le sujet.

Plus près de nous, la crise brûlante du Venezuela. Là encore, nous venons d’essuyer un revers de la part des dominicains qui s’accaparent du dossier. Question de remettre en doute notre capacité à assumer le leadership dans la Caraïbe si nous continuons de nous comporter en chef de clan que de se mettre au-dessus de la mêlée. Ayant été à la tête de deux manifestations en moins de 48 heures depuis son retour de l’ONU, le président Moïse n’a pas du tout joué la carte de la prudence. Son leadership est mis à rude épreuve.

L’appel qu’il a lancé de tous ses vœux pour une sortie honorable de la crise actuelle au Venezuela a été entendu, mais sans sa participation. Alors qu’Haïti s’était toujours arrangé pour faire échec aux résolutions de l’OEA à l’encontre de « ce peuple frère », pour parodier Jovenel Moïse dont le pays n’est pas inclus dans le groupe des douze (12) déployant actuellement, cette semaine, tous les efforts nécessaires pour faire asseoir à la même table les partis antagonistes.

D’autre part, un passage du texte du discours du président souhaitant la présence de Taïwan à l’ONU est souligné à l’encre forte. Il est à se demander si l’équipe présidentielle n’avait pas révisé le texte dans son intégralité pour ôter cette partie qui pourrait causer du tort aux démarches entreprises pour consolider les rapports avec la Chine qui voit toujours en Taïwan, une de ses provinces.




La corruption

Que ce soit un vain mot ou que toute une série de mesures planées tout autour soit à l’étude pour enrayer la corruption institutionnalisée chez nous, rien n’est plus porteur d’un message d’espoir que des signaux envoyés. Qu’on ne s’y trompe pas. Ce n’est pas à coup de répétition à satiété qui va rendre blanchâtre la couleur rougeâtre de l’intensité de corruption qui gangrène l’administration haïtienne.

Tant que le droit à l’information n’existe, afin que le journaliste-investigateur vienne corroborer les déclarations d’un membre du gouvernement, le scepticisme planerait davantage. Et ce n’est pas parce que le président Jovenel Moïse perché du haut de la tribune déclare que « la corruption prive le gouvernement haïtien de ressources suffisantes pour fournir les services de base à la population » que cela fera envoler du jour au lendemain ce mal endémique.

Et si le président repartait à zéro et fait publier la liste de la délégation qui l’accompagnait à New York pendant une semaine et le coût élevé de ce long séjour ! Et si le président avait la bonté de publier le rapport d’investigation sur la surfacturation des kits scolaires ! Aurait-il aussi le pouvoir de faire mener une enquête sur la surfacturation des lampadaires ! Les stades, les parcs sportifs et nous en passons…tout comme il a le pouvoir de faire publier le budget tel qu’il est, criminel , selon les manifestants de rues anti-budget.

Il faut bien lire entre les lignes pour essayer de comprendre ce que Jovenel Moïse voudrait dire exactement, à qui veut l’entendre. Il a pris les Nations-Unies comme témoin qu’il ne va nullement à l’encontre d’une extradition éventuelle d’un officiel haïtien dont le nom serait mêlé au trafic de la drogue et au blanchiment résultant de cette transaction. D’ailleurs, le gouvernement serait assis sur des charbons ardents depuis l’arrestation de l’ex-colonel Joseph qui aurait des proximités avec des officiels haïtiens. La corruption dont parle Jovenel Moise n’a rien à voir avec la publication d’un rapport sur les dépenses effectuées depuis le démarrage de la caravane, non plus sur l’utilisation des 240 millions de gourdes débloqués pour le Carnaval national des Cayes, et les détails additionnels sur les appels d’offres pour les kits d’énergie solaire de Kay Pam Kléré.

« Pour renverser ce phénomène dévastateur, le nouveau leadership haïtien mène une lutte acharnée contre la corruption », a déclaré le président à l’ONU qui va assurément permettre à la justice de le déclarer coupable ou innocent des faits qui lui sont reprochés depuis 2015, selon un rapport méthodique de l’UCREF.

Une armée au départ de la Minustah ?

Jovenel Moïse persiste et signe. Il veut une armée à tout prix et quitte à changer sa mission, sa dénomination et sa nouvelle interpellation. Des militaires sans armes et à temps partiel. Qui aurait souhaité que notre pauvre petit pays soit sous le poids de catastrophe sur une année étalée d’une nature en furie ? Personne !

Un corps de génie chargé des infrastructures, et qui peut intervenir après les catastrophes naturelles, une unité d’aviation capable de former des jeunes en mécanique aéronautique et une unité médicale capable de soigner des victimes, cette nouvelle orientation à donner aux forces armées d’Haïti, répond aux exigences de la Constitution, selon le président Jovenel Moïse.

Rendez-nous fous ou sages que l’une des trois missions premières de cette armée dont parle le président, pourrait être mis sur le compte des Travaux publics dans le cadre de prévention, en plaçant le pays en chantier avec des grands travaux d’infrastructures. Toute cette gymnastique pour revenir au point de départ. Une armée dont le contrôle ne lui sera pas échappé.

Deuxième point. Depuis les tristes événements du 11 septembre 2001, au cas où les dirigeants haïtiens oublient ou font semblant de l’ignorer, il y a toute une série de restrictions sur le pilotage d’aéronef, ce n’est pas du jour au lendemain que des instructeurs seront envoyés vers Haïti pour accomplir cette tâche. Mais comme les catastrophes naturelles ne s’annoncent pas, sauf pour les ouragans, le mieux serait d’envoyer dès maintenant des jeunes suivre des cours dans ces disciplines susmentionnées au point 2 tout en étant de loin assez édifiant.

Pour la troisième mission qui serait dévolue à cette « armée de catastrophes naturelles » ou cette armée à former en catastrophe, au départ des troupes onusiennes, avec « une unité médicale capable de soigner les victimes de catastrophes naturelles… », à l’école même des Infirmières et dans nos meilleures facultés de médecine, ce curriculum pourrait être inséré et combien utiles ces jeunes patriotes seraient à la patrie en cas d’extrême besoin.

Le choléra

 Il faut saluer le courage du président Jovenel Moïse en venant avec ce point déterminant à la tribune, car bien avant lui, sauf son prédécesseur Jocelerme Privert, personne n’a osé dire à l’ONU, haut et fort ses crimes en Haïti. Un point sur lequel on ne peut plus s’éterniser depuis qu’un juge fédéral de New York eut mis l’ONU, sous couvert d’immunité, à l’abri de toute poursuite judiciaire. La seule chose qu’il reste à faire, étant donné que le gouvernement prône une lutte anticorruption, nous espérons que cette enveloppe de $ 40.5 millions, quoique largement insuffisants pour dédommager plus de 10,000 familles victimes de cette épidémie de choléra, soient utilisés à bon escient.

Dans la forme, le discours n’a pas embrassé les revendications sociales de la masse salariale, car le président se confinait à se donner un satisfecit qui est bien loin d’être reflété sur le terrain.

Il l’a lui-même reconnu à la fin de son intervention qu’il y a « une impérieuse obligation qui est faite aux acteurs économiques, politiques et sociaux de préconiser la paix sociale » et la question, y parviendrons-nous quand nous continuons de marcher à visière fermée et de n’entendre qu’ un son de cloche.




En fin de compte pour la majorité des Haïtiens, il n’y a que des redites dans le discours de Jovenel Moïse qui annonce en outre, à la face du monde son projet d’électrification du pays dans 24 mois quand l’on sait qu’il entame déjà la distribution de kits solaires, n’étant capables d’alimenter uniquement que 2 lampes et recharger un cellulaire. Est-ce là en plein XXIe siècle à l’ère de l’énergie nucléaire une affaire nécessitant un grand renfort de publicité ?

cba

3 COMMENTS

  1. Jovenel s’est fait prendre au piège par des obsédés du militarisme, des imbéciles qui aiment l’armée parce qu’ils en ont profité ou à cause de leur limite intellectuelle éblouie par l’uniforme. C’est ce qui arrive quand le président est intellectuellement borné et qu’il conseillé par des voyous entêtés et des sots. Ne vous faites aucune illusion, tôt ou tard, l’armée reprendra les coups d’état, les violences contre la population civile, et le peuple qui laisse faire va recommencer à pleurer. .

    • I stay persuaded that your idea was to comment on the President »s idea to reform the army. With different goals. Goals that are no different from all the armies of the world. It is your privilege to protest against it.. You are not the first one. But why to put everybody in the same basket. Pourquoi seraient ils tous des imbeciles, inclus ceux qui entourent le Président. La tendance serait de discuter vos points decemment sans insultes. C,aurait ete si simple. Avec tout le respect que je vous dois, cette impolitesse, la devez vous a un deficit de vocabulaire ?

  2. Jovenel s’est fait prendre au piège par des obsédés du militarisme, des imbéciles qui aiment l’armée parce qu’ils en ont profité ou à cause de leur limite intellectuelle éblouie par l’uniforme. C’est ce qui arrive quand le président est intellectuellement borné et qu’il est conseillé par des voyous entêtés et des sots. Ne vous faites aucune illusion, tôt ou tard, l’armée reprendra les coups d’état, les violences contre la population civile, et le peuple qui laisse faire va recommencer à pleurer. .

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