26 août 2026
250 000 électeurs inscrits sur six millions attendus. Le vrai chiffre que le pays doit regarder en face
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250 000 électeurs inscrits sur six millions attendus. Le vrai chiffre que le pays doit regarder en face

Un mois après le lancement, le 20 juillet dernier, des opérations d’inscription électorale à travers le pays, le bilan chiffré est désormais connu, et il mérite d’être posé sur la table sans détour. Environ deux cent cinquante mille personnes se sont, à ce jour, enregistrées sur le registre électoral. Il faut comparer ce chiffre à celui de novembre 2016, dernière année où Haïti a effectivement voté, où le pays comptait six millions cent quatre vingt neuf mille deux cent cinquante trois électeurs inscrits.

Dix ans plus tard, pour un pays qui compte aujourd’hui près de douze millions d’habitants et un corps électoral potentiel dépassant, lui aussi, les six millions de personnes, seuls quatre pour cent environ de ce corps électoral historique ont, jusqu’ici, franchi le pas de l’inscription.

Ce chiffre ne relève pas d’une simple lenteur administrative que l’on pourrait attribuer à un démarrage prudent, appelé à s’accélérer avec le temps. Il révèle, de façon particulièrement crue, l’ampleur du fossé entre l’ambition affichée d’un scrutin fixé au 13 décembre et la réalité opérationnelle du terrain sur lequel ce scrutin doit se construire. Cette chronique documentait, début août, le choix du Conseil électoral provisoire de circonscrire ses premiers centres d’inscription aux quartiers jugés sûrs de la capitale, laissant de côté, de fait, une partie significative de la population résidant dans les zones tenues par les gangs.

Le chiffre publié cette semaine confirme, à une échelle nationale et avec une précision arithmétique impossible à contester, l’ampleur réelle de cette exclusion géographique. Un mois d’opérations, mobilisant l’ensemble des départements du pays selon les propres communiqués du Conseil électoral provisoire, n’a permis d’enregistrer qu’une fraction marginale du corps électoral potentiel.

Il faut faire un calcul simple pour mesurer ce que ce rythme implique concrètement pour la suite du calendrier. Si le rythme d’inscription observé lors de ce premier mois se maintenait sans accélération notable, il faudrait compter en années, et non en mois, pour approcher ne serait ce que la moitié du corps électoral historique de 2016. Or le calendrier révisé du Conseil électoral provisoire, documenté dans ces colonnes le 30 juillet dernier, fixe le premier tour au 13 décembre prochain, soit dans un peu moins de quatre mois. Un tel écart entre le rythme constaté et l’échéance annoncée pose une question à laquelle aucune communication institutionnelle n’a, jusqu’ici, répondu avec la clarté nécessaire.

Le Conseil électoral provisoire dispose t il d’un plan concret pour multiplier drastiquement le rythme d’inscription dans les semaines à venir, ou ce chiffre de deux cent cinquante mille inscrits annonce t il, en creux, un nouveau report que personne, à ce stade, n’ose encore formuler publiquement ?

Cette réalité chiffrée éclaire, sous un jour nouveau, les alertes que plusieurs acteurs politiques ont formulées ces dernières semaines. Le mouvement MOPELID rejetait, début août, le calendrier électoral au nom de l’exclusion socio économique et sécuritaire d’une partie de la population. Les groupements DELIVRANS et SOL AYITI alertaient, quelques jours plus tard, l’Organisation des États américains sur des préoccupations touchant à la neutralité institutionnelle et à la transparence du processus. Ces critiques, qui pouvaient jusqu’ici paraître de nature essentiellement politique, trouvent aujourd’hui une confirmation factuelle difficile à écarter.

Un processus électoral qui ne parvient à mobiliser que quatre pour cent de son corps électoral historique après un mois complet d’opérations ne peut raisonnablement pas prétendre, en l’état, à une participation représentative de l’ensemble de la nation, quel que soit le sérieux avec lequel ses organisateurs affirment vouloir conduire ce processus de manière inclusive et transparente.

Il y a, dans cet écart entre les mots employés par les autorités électorales et les chiffres qu’elles publient elles mêmes, une contradiction que la presse haïtienne se doit de documenter avec la même rigueur que celle appliquée à chaque autre dossier de cette chronique. Le Conseil électoral provisoire réaffirme, dans ses communiqués officiels, son engagement à conduire le processus électoral de manière inclusive, impartiale et responsable. Mais l’inclusivité d’un processus ne se mesure pas à la sincérité des intentions déclarées.

Elle se mesure au nombre réel de citoyens que ce processus parvient effectivement à toucher, à enregistrer et, in fine, à faire voter. Sur ce critère précis, le seul qui compte véritablement pour la légitimité d’un scrutin national, le bilan d’un mois d’opérations reste, à ce jour, extrêmement préoccupant.

Il reste, en théorie, quatre mois avant l’échéance du 13 décembre. C’est un délai court, mais pas nécessairement insuffisant si les autorités électorales décidaient d’engager, dès maintenant, une mobilisation d’une ampleur radicalement différente de celle observée jusqu’ici, en multipliant les centres d’inscription, en sécurisant des couloirs d’accès vers les zones aujourd’hui exclues, et en communiquant, semaine après semaine, des chiffres actualisés permettant à la population et à la presse de suivre en temps réel la progression réelle du processus.

Un scrutin ne se juge pas sur ses intentions affichées, mais sur les chiffres qu’il produit, semaine après semaine, jusqu’au jour du vote lui même.

Jean Clyde Desroseaux

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