Une nouvelle formation politique, le Pati Sèvitè Ayisyen (PSA), a officiellement lancé ses activités, samedi 22 août 2026, à Ouanaminthe, dans le département du Nord-Est. La cérémonie, organisée au Parc sportif de Manquette, a rassemblé plusieurs milliers de militants et de sympathisants, selon les organisateurs, venus assister à la première démonstration publique du parti.
La mobilisation a débuté dans les rues de Ouanaminthe, où des participants, vêtus notamment de jaune, de vert et de blanc, ont défilé avant de converger vers le site de l’activité. Cette manifestation a permis au PSA de présenter ses principales orientations et de tenter de se positionner dans un paysage politique haïtien marqué par une crise prolongée des institutions et une forte défiance à l’égard des acteurs traditionnels.
Plusieurs personnalités ont assisté au lancement, parmi lesquelles, l’ancien sénateur Jean-Claude Daniel, Jean Garry Denis, ancien responsable au ministère de la Communication, ainsi qu’Augustin Saint-Cloud, présenté comme roi du vodou haïtien. Des représentants d’organisations de la société civile et du secteur vodou étaient également présents.
À travers cette première sortie publique, les responsables du PSA ont développé un discours articulé autour de quatre axes : la conscience citoyenne, la réconciliation, l’unité nationale et la création de richesses. La formation affirme vouloir proposer une approche différente de celle des partis ayant traditionnellement occupé le devant de la scène politique.
L’ingénieure-architecte Wideline Pierre, membre de la coordination du PSA, a placé la responsabilisation du citoyen au centre du projet défendu par le parti.
« Nous voulons réveiller la conscience de chaque citoyen, parce qu’un pays ne peut pas se construire sans des citoyens conscients de leurs responsabilités », a-t-elle déclaré devant les participants.
La responsable politique a également insisté sur la nécessité de réduire les divisions qui traversent la société haïtienne. Pour le PSA, une sortie durable de la crise passe notamment par la recherche d’un terrain d’entente entre les différentes composantes de la nation.
« Nous devons apprendre à nous réconcilier, à nous retrouver et à travailler ensemble pour construire une nation qui appartient à tous ses enfants », a soutenu Wideline Pierre.
Sur le plan économique, le nouveau parti affirme vouloir faire de la création de richesses l’un des piliers de son programme. Ses responsables disent vouloir accorder une attention particulière aux populations défavorisées tout en intégrant la diaspora dans leur vision du développement national. Les modalités concrètes de mise en œuvre de ces orientations devront toutefois être davantage précisées à mesure que la formation structurera son offre politique.
Le choix du 22 août pour cette première grande mobilisation n’est pas anodin. Le PSA établit un lien entre son lancement et l’insurrection des esclaves déclenchée dans la nuit du 22 au 23 août 1791, dans le contexte du soulèvement qui allait conduire à la Révolution haïtienne. La formation entend ainsi inscrire son discours dans la mémoire des luttes ayant abouti à l’indépendance du pays.
Cette référence historique occupe une place importante dans la communication du parti, qui revendique les valeurs associées aux ancêtres et à la souveraineté nationale. Son slogan, « Viv pou sèvi, sèvi pou viv », traduit la volonté affichée par ses dirigeants de présenter l’engagement politique comme un service à la collectivité.
« Nous invitons chaque Haïtien à devenir un bon serviteur pour son pays », a lancé Wideline Pierre.
Le PSA se montre particulièrement critique envers certaines pratiques de la classe politique. Ses responsables dénoncent ceux qu’ils qualifient de « rapaces profiteurs », auxquels ils reprochent d’avoir utilisé les institutions et la politique à des fins personnelles. Le parti promet, à l’inverse, de promouvoir une culture de responsabilité et de service public.
Au-delà des discours prononcés au Parc sportif de Manquette, le rassemblement de samedi constituait surtout un premier test de mobilisation pour cette nouvelle organisation. Des participants venus de différentes régions du pays ont repris le message selon lequel « il doit y avoir une autre Haïti », formule utilisée pour traduire leur volonté de changement.
Le choix de Ouanaminthe possède également une dimension stratégique et symbolique pour les organisateurs. Ville frontalière et important pôle économique du Nord-Est, elle est présentée par le PSA comme le point de départ d’une dynamique politique appelée à s’étendre au reste du territoire.
Après cette démonstration de force, le défi pour le Pati Sèvitè Ayisyen sera désormais de transformer cette capacité de mobilisation en implantation politique durable, de préciser son programme et de définir sa place dans la perspective du prochain processus électoral.
Gislène Guerrier




