14 août 2026
La minute de la rédaction — TRISTE CONSTAT
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La minute de la rédaction — TRISTE CONSTAT

La minute de la rédaction —

De candidat malheureux à faiseur de président : la politique haïtienne possède décidément un ascenseur que même les constitutionnalistes n’avaient pas prévu.

Nous autres de la génération 1985 avions moins de 18 ans lorsque la Télévision Nationale et la Radio Nationale servaient quotidiennement leur ration de propagande. Cela nous agaçait déjà. Haïti comptait moins de six millions d’habitants à la veille du 7 février 1986 et figurait parmi les pays les moins avancés. Quarante ans plus tard, la population a presque doublé, mais certaines vieilles recettes, elles, n’ont pas pris une ride : micros officiels, communication triomphante et pouvoir qui s’applaudit lui-même. Triste constat : le décor change, la propagande connaît une remarquable longévité.

Voici maintenant Alix Didier Fils-Aimé présenté comme l’homme providentiel, avec son équipe de communicants et ses ambitions électorales cachées. On le vit pourtant menacé de révocation en novembre 2025, avant qu’une bataille politique et diplomatique ne contribue à son maintien au prix de lobby aux frais de la princesse en haillons. Et aujourd’hui, le voilà presque en campagne, avec « Vicktwa » en bandoulière, comme s’il rêvait déjà d’une plateforme à la René Préval. Petite différence : Préval arrivait porté par une assise électorale identifiable. Fils-Aimé, lui, avait échoué autrefois à conquérir un siège au Sénat. De candidat malheureux à faiseur de président : la politique haïtienne possède décidément un ascenseur que même les constitutionnalistes n’avaient pas prévu.

Oui, Haïti a besoin d’élections. Oui, la Constitution peut être réformée. Mais une République n’est pas un atelier où l’on démonte la loi fondamentale avec un décret apatride et quelques slogans agaçants. La Constitution de 1987 fixe elle-même les mécanismes de sa révision et son article 284-3 interdit expressément le recours au référendum pour la modifier. Voilà précisément ce que la propagande à outrance ne peut effacer. Lorsque le gouvernement commence à parler comme un candidat, que le pouvoir se construit une bannière et que la communication remplace le bilan, une question demeure : gouverne-t-on encore Haïti ou prépare-t-on déjà l’affiche électorale ? Quel triste constat.

cba

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