PORT-AU-PRINCE — Les images appartiennent à janvier 2016, mais elles renvoient à une séquence politique que l’actualité électorale haïtienne de 2026 invite à revisiter. Des milliers de manifestants avaient envahi les rues de Port-au-Prince le 22 janvier 2016 pour s’opposer au processus électoral conduit sous Michel Martelly et son Premier ministre Evans Paul, réclamer le départ du chef de l’État et demander la dissolution du Conseil électoral provisoire (CEP).
La mobilisation intervenait à seulement deux jours du scrutin prévu le 24 janvier 2016. Plusieurs cortèges convergeaient vers Pétion-Ville avec l’intention de gagner les abords du siège du CEP. Barricades de pneus enflammés, circulation paralysée et incidents avaient accompagné cette journée de protestation contre ce que les opposants présentaient comme des élections « pike kole », c’est-à-dire un processus imposé malgré une contestation politique devenue massive.
Et pourtant, jusqu’aux derniers jours, l’appareil électoral assurait que le calendrier serait respecté. Le 22 janvier, la réalité finit par rattraper le calendrier : Pierre-Louis Opont, alors président du CEP, annonça le report du scrutin prévu quarante-huit heures plus tard.
Sa justification restera comme l’une des phrases emblématiques de cette crise électorale :
«« Les conditions ne sont pas réunies pour la tenue de ces joutes. »»
Le scrutin du 24 janvier n’eut donc pas lieu. Quelques semaines plus tard, le mandat constitutionnel de Michel Martelly prit fin le 7 février 2016 sans qu’un successeur élu ait pu être installé.
Dix ans plus tard, le flashback prend une dimension particulière. À l’approche du 13 décembre 2026, date désormais inscrite au calendrier électoral, une interrogation historique s’impose : si, en janvier 2016, le CEP avait finalement reconnu que « les conditions ne sont pas réunies », que faudra-t-il constater en décembre 2026 dans un pays où l’insécurité, les déplacements de population et les difficultés de circulation territoriale pèsent désormais directement sur l’exercice du suffrage ?
2016 : la rue avait fini par imposer la réalité au calendrier.
2026 : le calendrier pourra-t-il imposer sa date au pays réel ?

