1 août 2026
Aux Gonaïves, l’intelligence artificielle et la robotique entrent enfin dans la salle de classe
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Aux Gonaïves, l’intelligence artificielle et la robotique entrent enfin dans la salle de classe

Pendant que les grandes capitales du monde débattent de la régulation de l’intelligence artificielle, une question plus urgente se pose dans une bonne partie des salles de classe haïtiennes : comment enseigner le numérique à des élèves qui, souvent, n’ont jamais touché un ordinateur. Aux Gonaïves, une organisation locale a décidé de ne pas attendre la réponse venue d’ailleurs.

Une initiative née d’un constat structurel

Cette année, l’organisation EDHA (Éducation et Développement d’Haïti) a lancé officiellement ses activités à l’Institution mixte Fernand Hibbert, autour d’un thème sans ambiguïté : l’importance de digitaliser le système éducatif haïtien. Fondée par Ledix Adams Jepherson, l’organisation propose des formations gratuites dans plusieurs domaines numériques, dont la programmation, l’intelligence artificielle et la robotique, avec l’ambition affichée de préparer les jeunes du département de l’Artibonite aux métiers du futur.

L’initiative s’attaque directement à l’un des obstacles les plus documentés du système éducatif haïtien : la quasi-absence d’équipements informatiques dans les écoles publiques, combinée à un corps enseignant rarement formé à l’usage pédagogique du numérique. EDHA mise sur des solutions adaptées au contexte local plutôt que sur la simple importation de modèles étrangers — une approche que plusieurs experts du secteur éducatif haïtien appellent de leurs vœux depuis des années.

Fait notable : lors d’un atelier tenu à Cap-Haïtien à l’automne 2025, les équipes du MENFP ont exploré le potentiel de l’intelligence artificielle pour faciliter la rédaction et la mise en cohérence des nouveaux programmes scolaires — une porte d’entrée inattendue mais significative de l’IA dans l’appareil éducatif haïtien, cette fois du côté de l’administration plutôt que de la salle de classe. La phase III de cette réforme, prévue entre 2026 et 2029, doit démarrer une expérimentation à grande échelle impliquant 108 écoles, 600 enseignants et environ 30 000 élèves, avec des outils pédagogiques numériques et hors ligne conçus pour fonctionner malgré les contraintes d’accès à l’électricité et à internet. Trop peu, trop tard.

Une histoire déjà commencée, jamais vraiment achevée

Ce chantier numérique n’est pas non plus une découverte récente pour Haïti. Dès 2010, l’organisation Haïti Futur avait entrepris d’installer des tableaux numériques interactifs dans une centaine d’écoles publiques et privées, avec l’appui de la Fondation de France, avant d’étendre le programme à 180 établissements supplémentaires. Le bilan tiré de cette première vague reste instructif : la technologie modifie en profondeur les méthodes d’enseignement, faisant basculer l’apprentissage par cœur vers l’observation et la compréhension — mais seulement lorsqu’elle s’accompagne d’un soutien continu aux enseignants et d’une alimentation électrique fiable, deux conditions qui ont souvent manqué sur la durée.

Ce que ces initiatives ont en commun — et ce qui doit encore changer
  • La technologie seule ne suffit pas. Chaque évaluation de programme d’éducation numérique en Haïti pointe le même facteur critique : sans formation continue des enseignants, aucun équipement, aussi moderne soit-il, ne transforme durablement une salle de classe.
  • L’électricité reste le vrai goulot d’étranglement. Qu’il s’agisse des tableaux numériques d’hier ou des ateliers d’IA et de robotique d’aujourd’hui, la fiabilité de l’alimentation électrique conditionne directement la capacité des écoles à maintenir ces programmes dans le temps.
  • Le local peut précéder le national. L’initiative d’EDHA aux Gonaïves illustre une dynamique où des organisations de terrain avancent avant, ou en parallèle, des grandes réformes pilotées depuis la capitale — une complémentarité utile, à condition que ces initiatives locales trouvent des relais de financement durable.
Ce qu’il faut retenir
  • L’organisation EDHA a lancé, le 21 mars 2026 aux Gonaïves, des formations gratuites en numérique, intelligence artificielle et robotique destinées aux jeunes de l’Artibonite.
  • De son coté, le MENFP avance, depuis 2022, à pas de tortue avec une réforme curriculaire nationale devant intégrer des outils pédagogiques numériques et hors ligne. Une expérimentation était prévue cette année dans 108 écoles. Mais, on attend toujours…
  • Les précédentes expériences d’éducation numérique en Haïti, comme les tableaux numériques interactifs installés dès 2010, montrent que la formation des enseignants et l’accès à l’électricité restent les conditions décisives de réussite.
  • L’enjeu pour Haïti n’est plus de savoir si le numérique doit entrer à l’école, mais comment le faire durer au-delà du lancement médiatique d’un programme.

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