Pendant que la planète débat de la course mondiale à l’intelligence artificielle et aux satellites géants, une lycéenne haïtienne de 17 ans, elle, s’apprête à participer très concrètement à une mission spatiale. Izadorah Lapierre a été sélectionnée pour représenter Haïti dans le cadre de ShakthiSAT, un programme scientifique international réunissant des jeunes filles de 108 pays autour de la conception d’un satellite destiné à une mission en orbite lunaire.
Une mission portée par des adolescentes, pas par des milliardaires
ShakthiSAT est piloté par Space Kidz India, une organisation indienne dédiée à l’implication des jeunes dans les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STEM). Contrairement aux grands projets spatiaux qui font la une — fusées privées, mégaconstellations de satellites, courses entre milliardaires — celui-ci confie directement à des adolescentes la conception de charges utiles scientifiques qui seront ensuite intégrées au satellite. Le lancement de la phase opérationnelle est prévu pour le 11 octobre 2026.
Pour Izadorah Lapierre, cette sélection n’est pas un coup de chance isolé mais l’aboutissement d’un parcours déjà engagé dans les sciences et la technologie : elle avait auparavant représenté Haïti au FIRST Global Challenge, une compétition internationale de robotique réunissant des délégations de jeunes du monde entier.
Pourquoi cette histoire compte, au-delà de l’anecdote
Il serait facile de réduire cette nouvelle à une belle histoire individuelle. Mais elle dit quelque chose de plus large sur l’état — et le potentiel — de la jeunesse scientifique haïtienne :
- La preuve que le talent ne manque pas. Malgré un système éducatif sous tension et des infrastructures scientifiques limitées, de jeunes Haïtiens continuent de se qualifier pour des compétitions et programmes internationaux exigeants, aux côtés de délégations de pays bien mieux dotés en ressources.
- Une visibilité rare pour les filles dans les filières STEM. ShakthiSAT s’adresse spécifiquement aux jeunes filles, dans un secteur où elles restent largement sous-représentées à l’échelle mondiale — Haïti ne fait pas exception à ce déséquilibre.
- Un symbole à prolonger, pas seulement à célébrer. Sans bourses, mentorat structuré et passerelles vers l’enseignement supérieur scientifique en Haïti, ces parcours d’exception risquent de rester des exceptions, précisément parce qu’ils dépendent souvent d’initiatives individuelles plutôt que d’un système qui les soutient dans la durée.
Un fil qui se dessine dans l’écosystème tech haïtien
Cette sélection s’inscrit dans un mouvement plus large observé ces dernières semaines en Haïti : le pays a participé au Sommet mondial de l’IA de l’UIT à Genève, DevExpo a réuni près de 10 000 participants autour de l’intelligence artificielle dans les dix départements, et plusieurs voix, dont celle du Premier ministre, ont récemment plaidé pour faire de la recherche scientifique un moteur du développement national. Le parcours d’Izadorah Lapierre s’ajoute à ce faisceau de signaux : la jeunesse haïtienne ne demande pas la permission d’innover, elle le fait déjà — souvent avec moins de moyens, mais pas moins d’ambition.
Ce qu’il faut retenir
- Izadorah Lapierre, 17 ans, représentera Haïti dans la mission spatiale internationale ShakthiSAT, aux côtés de jeunes filles de 108 pays.
- Le programme, porté par l’organisation indienne Space Kidz India, vise le développement d’un satellite pour une mission en orbite lunaire, avec un lancement de la phase opérationnelle prévu le 11 octobre 2026.
- Avant cette sélection, elle avait déjà représenté Haïti au FIRST Global Challenge, une compétition internationale de robotique.
- Son parcours illustre à la fois le potentiel scientifique de la jeunesse haïtienne et le besoin urgent de structures nationales pour l’accompagner durablement.

