27 juillet 2026
Le pragmatisme sans boussole idéologique ni limites claires n’est plus une vertu tactique : il  devient un risque existentiel pour Lavalas 
Actualités Opinions Politique

Le pragmatisme sans boussole idéologique ni limites claires n’est plus une vertu tactique : il  devient un risque existentiel pour Lavalas 

Face à la velléité du gouvernement de doublure d’Alix Didier Fils-Aimé, où FANMI Lavalas  et le PHTK cohabitent sans états d’âme, une interrogation grave et urgente se pose : Maryse  Narcisse, Pacha Vorbe, les cadres du parti et leurs représentants au pouvoir demeureront-ils les héritiers authentiques du 16 décembre 1990 ou deviendront-ils, par leur participation, les  auxiliaires involontaires de son effacement programmé le 16 décembre 2026 ? 

Le pragmatisme lavalassien, souvent présenté comme une nécessité tactique dans un contexte  de crise profonde, révèle aujourd’hui ses limites évidentes et ses risques majeurs. Ce qui était  autrefois une capacité d’adaptation face à l’adversité risque de se transformer en une  dangereuse dilution de l’identité même du mouvement. 

Les limites du pragmatisme 

D’abord, ce pragmatisme trouve rapidement ses frontières. Occuper des positions au sein d’un  gouvernement perçu comme une doublure ne confère pas nécessairement un réel pouvoir de  décision.  

Au contraire, il expose le mouvement à une instrumentalisation : Lavalas apporte une  légitimité populaire à des secteurs traditionnellement honnis par les masses, sans pouvoir  imposer son agenda historique de souveraineté et de justice sociale. 

Le PHTK, acteur majeur de la décomposition institutionnelle des dernières années, n’a pas  changé de nature. La cohabitation risque donc de légitimer l’illégitime plutôt que de le  transformer. 

Ensuite, ce pragmatisme affaiblit la capacité de mobilisation populaire. Comment convaincre  les masses de se lever contre la recolonisation lorsque les symboles historiques du mouvement  (Narcisse, Vorbe et d’autres) siègent aux côtés de ceux-là mêmes qui ont accompagné ou  bénéficié de la crise actuelle ? La confusion s’installe. Le peuple, déjà désabusé, risque de  voir dans cette alliance non pas une manœuvre intelligente, mais un abandon pur et simple des  principes de 1990. 

Les risques majeurs 

Le risque le plus grave reste la perte d’identité. Le 16 décembre 1990 incarnait un refus  radical de l’ordre établi, une rupture avec l’oligarchie et les tutelles étrangères. 

En normalisant la cohabitation avec le PHTK, FANMI Lavalas risque de devenir un simple  parti comme les autres, intégré au jeu politique traditionnel qu’il était censé combattre.  

L’Histoire montre que de nombreux mouvements populaires ont ainsi disparu : non pas  vaincus par la répression, mais dissous par leur propre participation au système qu’ils  dénonçaient.

Il existe également le risque de division interne et de démobilisation. Nombre de militants  historiques et de jeunes lavalassiens ne comprennent pas cette alliance et y voient une  trahison. 

Cette fracture pourrait affaiblir durablement l’organisation au moment même où le pays a  besoin d’une force patriotique claire et combative, comme celle que tente de construire le  Mouvement de Résistance Patriotique. 

Enfin, le plus grand danger est l’irréversibilité. Une fois la légitimité lavalassienne prêtée à  ce gouvernement de doublure, il sera extrêmement difficile de la reprendre sans payer un  lourd tribut politique.  

Le pragmatisme, lorsqu’il n’est pas strictement encadré par une ligne stratégique claire et des  garde-fous solides, devient rapidement une pente glissante vers la compromission. 

Le véritable héritage du 16 décembre 1990 ne se préserve pas en participant à un pouvoir  diminué et discrédité, mais en restant du côté du peuple, en maintenant une opposition claire  aux forces de la recolonisation et en préparant, hors des compromis douteux, les conditions  d’une véritable reconquête de la souveraineté nationale. 

Maryse Narcisse, Pacha Vorbe et les cadres du mouvement sont aujourd’hui à la croisée des  chemins.  

Le pragmatisme sans boussole idéologique ni limites claires n’est plus une vertu tactique : il  devient un risque existentiel pour Lavalas.  

L’Histoire ne retiendra pas les intentions, mais les conséquences. Et le peuple haïtien,  principal juge, observe déjà avec une lucidité douloureuse. 

Le 16 décembre 2026 approche. Il appartient aux dirigeants lavalassiens de décider s’ils  veulent rester les porteurs du flambeau de 1990 ou s’ils accepteront, au nom d’un  pragmatisme mal compris, d’en devenir les fossoyeurs. Le temps des choix décisifs est arrivé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.