18 juillet 2026
ECOSOC | Sandra Paulémon « porte la voix d’Haïti », affirme la Primature : pourtant, son discours ne cite ni Haïti ni Alix Didier Fils-Aimé (vidéo)
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ECOSOC | Sandra Paulémon « porte la voix d’Haïti », affirme la Primature : pourtant, son discours ne cite ni Haïti ni Alix Didier Fils-Aimé (vidéo)

Quand la propagande devient une politique d’État. Depuis 1986, aucun gouvernement haïtien n’a autant misé sur une propagande outrancière que celui dirigé par Alix Didier Fils-Aimé.

NEW YORK, 17 juillet 2026 — Haïti aurait été porté à la tribune de l’ECOSOC par la ministre de la Planification, Sandra Paulémon. Telle est, du moins, la version diffusée par la communication gouvernementale. L’examen de l’intervention prononcée aux Nations Unies raconte cependant une autre histoire : la ministre de facto parlait officiellement au nom de la CARICOM, sans citer une seule fois Haïti, la crise nationale ou le chef du gouvernement, de doublure, Alix Didier Fils-Aimé.

Dès sa première phrase, Sandra Paulémon, qui est à son troisième voyage à New York, délimite sans équivoque la portée juridique et diplomatique de son mandat : « J’ai l’honneur de prononcer cette déclaration au nom des quatorze États membres de la Communauté des Caraïbes. » Elle associe ensuite la CARICOM aux positions de l’Alliance des petits États insulaires ainsi qu’à celles du Groupe des 77 et de la Chine. Aucun mandat particulier d’Haïti n’est annoncé.

lire le texte du discours :ECOSOC | Au nom de la CARICOM, Sandra Paulémon réclame davantage de financements pour les petits États insulaires – Rezo Nòdwès

Le discours, publié intégralement en anglais puis traduit en français par Rezo Nòdwès, traite principalement des changements climatiques, de la vulnérabilité structurelle des petits États insulaires, du financement concessionnel, de l’Indice de vulnérabilité multidimensionnelle et de l’exécution des Objectifs de développement durable. La ministre félicite notamment la Jamaïque et Saint-Kitts-et-Nevis pour leurs examens nationaux volontaires. Haïti, pourtant membre de la CARICOM et pays d’origine de l’oratrice, demeure absent de cette énumération.

Aucune référence n’est faite aux territoires contrôlés par les gangs armés, aux familles déplacées, à l’insécurité alimentaire, à l’effondrement des services publics, à la désorganisation administrative ou aux besoins financiers propres à Haïti. Le nom d’Alix Didier Fils-Aimé ne figure pas davantage dans la déclaration. Aucun projet haïtien, aucun montant sollicité et aucun engagement bilatéral en faveur de Port-au-Prince n’y sont présentés.

Cette réalité documentaire contraste avec la formule relayée dans la communication publique selon laquelle Sandra Paulémon aurait « porté la voix d’Haïti » au Forum de l’ECOSOC à New York. Le ministère de la Planification a lui-même publié une note confirmant pourtant que la ministre intervenait « au nom de la CARICOM » pour demander une accélération de la mise en œuvre des ODD.

Deux narrations se superposent ainsi. La première, destinée au public haïtien, transforme une intervention régionale en représentation nationale. La seconde, consignée dans le discours, place Sandra Paulémon sous le mandat collectif des quatorze États de la CARICOM. Parler au nom d’une organisation régionale n’interdit certes pas de défendre indirectement les intérêts d’Haïti. Encore faudrait-il que le pays, sa situation particulière ou ses demandes apparaissent quelque part dans l’allocution.

Rezo Nòdwès avait déjà signalé, le 13 juillet, que cette mission constituait le troisième déplacement de Sandra Paulémon à New York en trois mois. La ministre avait participé au Forum sur le financement du développement en avril, puis à la Semaine de la consolidation de la paix en juin, avant de revenir pour le Segment de haut niveau de l’ECOSOC du 13 au 16 juillet. Les communications officielles n’avaient alors publié ni le coût détaillé des missions, ni les projets soumis, ni les financements obtenus.

Le 14 juillet, Rezo Nòdwès a publié l’intégralité de l’intervention et constaté qu’aucun passage n’était consacré aux urgences haïtiennes. Le média s’interrogeait déjà sur l’invisibilité d’Haïti dans un discours prononcé par une ministre haïtienne, même si celle-ci agissait en qualité de représentante de la CARICOM.

Cette omission devient politiquement embarrassante lorsque les services gouvernementaux présentent l’allocution comme une défense directe des intérêts nationaux. Une communication institutionnelle ne peut substituer une formule patriotique au contenu matériel d’un discours. Le mandat régional de Sandra Paulémon était légitime; sa transformation rétrospective en plaidoyer spécifique pour Haïti paraît, en revanche, difficilement conciliable avec le document disponible.

Haïti était représenté physiquement à New York. Sa ministre occupait la tribune. Mais dans les mots effectivement prononcés, le pays n’avait ni nom, ni dossier, ni revendication particulière. Quant à Alix Didier Fils-Aimé, supposé incarner l’action gouvernementale revendiquée par la Primature, il demeure tout aussi absent du texte.

La communication officielle devra donc répondre à une interrogation simple : Sandra Paulémon portait-elle véritablement la voix d’Haïti ou prêtait-elle sa voix à la CARICOM? Les deux fonctions peuvent coexister, mais elles ne sauraient être confondues pour fabriquer, après coup, un bilan diplomatique national que le discours ne contient pas.

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