La révocation de M. Sébastien Migné, sélectionneur de l’équipe haïtienne de football, illustre malheureusement les dérives de notre gouvernance : précipitation, absence de méthode et déficit de professionnalisme. Ces pratiques traduisent, plus largement, un vide de leadership dans la conduite des affaires publiques et sportives.
Lorsque les injonctions, pressions ou menaces de groupes radicaux — amplifiées par les réseaux sociaux et relayées par certains médias traditionnels — l’emportent sur l’analyse rationnelle, la prise de décision s’en trouve compromise. Or, la responsabilité d’un dirigeant consiste précisément à résister à l’émotion collective lorsqu’elle devient excessive. Il lui revient d’opposer un cap clair, d’expliquer qu’une autre stratégie existe et de rappeler que toute demande irrationnelle ou dangereuse ne saurait dicter l’action publique. Car diriger, c’est assumer la décision finale.
S’agissant de M. Migné, la critique de certains choix tactiques lors de la Coupe du monde est légitime et nécessaire. En revanche, nier son apport dans la qualification de l’équipe haïtienne relève de la malhonnêteté intellectuelle. Plutôt qu’une révocation brutale, la Fédération haïtienne de football aurait dû privilégier le dialogue : dresser un bilan, fixer de nouveaux objectifs et exiger des ajustements pour les échéances à venir.
En somme, le leadership ne se mesure pas à la capacité de céder à la clameur, mais à celle de la canaliser au service d’un projet cohérent.
Calvin Ford Cabeche

