Haïti était bien présent à la tribune de l’ECOSOC, mais seulement par la voix de sa ministre de la Planification, Sandra Paulémon, mandatée pour parler au nom des quatorze États membres de la CARICOM. Aucun passage de cette intervention n’a cependant été consacré à la crise haïtienne, aux déplacés, à l’insécurité alimentaire, à l’effondrement des services publics ou aux besoins financiers propres du pays. La ministre a défendu les priorités régionales liées au climat, au financement concessionnel et à la vulnérabilité des petits États insulaires, laissant entière cette interrogation : pourquoi Haïti, pourtant frappé par l’une des crises les plus graves de la Caraïbe, est-il demeuré presque invisible dans un discours prononcé par sa propre représentante gouvernementale ?
Nous invitons nos lecteurs à découvrir ci-dessous l’intégralité de l’allocution prononcée par la ministre Sandra Paulémon au nom de la CARICOM devant l’ECOSOC.
Traduction en francais par Rezo Nòdwès
CARICOM
Ministre de la Planification et de la Coopération externe
Monsieur le Président, Excellences, bonjour.
J’ai l’honneur de prononcer cette déclaration au nom des quatorze États membres de la Communauté des Caraïbes. Je m’associe également aux déclarations prononcées par les Palaos au nom de l’Alliance des petits États insulaires, ainsi que par l’Uruguay au nom du Groupe des 77 et de la Chine.
Nous félicitons la Jamaïque ainsi que Saint-Kitts-et-Nevis pour la présentation de leurs examens nationaux volontaires. Leurs présentations, effectuées ce mois-ci, témoignent de l’engagement de nos gouvernements à réaliser le développement durable et à ne laisser personne de côté.
Monsieur le Président, nous traversons une période exceptionnelle.
En octobre dernier, l’une des tempêtes atlantiques les plus puissantes jamais enregistrées a balayé les Caraïbes, provoquant de graves dégâts, des pertes en vies humaines et la perturbation des moyens de subsistance. Cette catastrophe a constitué un rappel saisissant des vulnérabilités structurelles des petits États insulaires en développement et de la région caribéenne.
En juin, le secrétaire général des Nations unies a lancé un avertissement urgent concernant El Niño, invitant le monde à considérer ce phénomène comme l’alerte climatique urgente qu’il représente. Il a également souligné que cette situation ne ferait qu’alimenter davantage l’incendie d’un monde en plein réchauffement.
Cette situation grave signifie que notre présence ici ne peut se limiter à une simple participation à ce forum. Elle doit aussi servir à lancer un appel retentissant, un appel en faveur d’un engagement renouvelé et d’une action concertée afin de surmonter les difficultés pressantes auxquelles nous sommes confrontés.
Il convient de rappeler que, face aux incendies qui ravagent l’Europe et aux chaleurs étouffantes qui frappent nos territoires, ces préoccupations ne sont pas seulement saisonnières. Elles correspondent plutôt à des vulnérabilités persistantes, assorties de conséquences mondiales interdépendantes.
À cette réalité vient s’ajouter un taux de mise en œuvre des Objectifs de développement durable limité à 36 %. Nous constatons des insuffisances qui exigent une accélération des efforts et une meilleure application des accords internationaux, notamment l’Accord de Paris, l’Engagement de Séville et le Programme d’action de Doha.
Excellences, dans trois ans, l’examen à mi-parcours de l’Agenda d’Antigua-et-Barbuda pour les « SEED ABAs » constituera une occasion importante d’évaluer les progrès accomplis, de déterminer les enseignements tirés et de renforcer sa mise en œuvre pendant le reste de la décennie.
Le cadre de suivi et d’évaluation des « ABAs » est accueilli favorablement en tant qu’instrument pratique destiné à soutenir ce processus.
Nous demandons qu’une plus grande place soit accordée aux « ABAs » en tant que cadre stratégique de développement destiné à orienter la planification nationale, les investissements et la coopération internationale.
La CARICOM reconnaît les efforts du secrétaire général visant à établir les dispositifs institutionnels nécessaires à la mise en application de l’Indice de vulnérabilité multidimensionnelle.
Nous appelons à son adoption rapide et systématique dans l’ensemble du système des Nations unies.
L’Indice de vulnérabilité multidimensionnelle devrait devenir une composante permanente de l’évaluation de l’admissibilité aux subventions, aux financements concessionnels et aux mécanismes de soutien après une catastrophe.
La CARICOM considère également son Centre d’excellence, conjointement avec son initiative phare, le Forum d’investissement des hautes terres, le Centre mondial de données et le Service d’appui à la durabilité du « DEP », comme des mécanismes déterminants pour accélérer la mise en œuvre des « ABAs ».
Nous encourageons nos partenaires au développement à soutenir cette initiative afin que les petits États insulaires en développement puissent pleinement bénéficier de ses retombées.
À l’approche de la COP31 et de la COP17, la CARICOM rappelle que l’Accord de Paris consacre la limitation du réchauffement à 1,5 degré Celsius comme un objectif juridiquement contraignant, ainsi que l’a récemment réaffirmé la Cour internationale de Justice.
Nous appelons à des efforts particuliers afin d’assurer une protection adaptée aux circonstances spécifiques des petits États insulaires en développement.
La reconnaissance de nos besoins particuliers en matière de financement, de renforcement des capacités et d’assistance technique est indispensable afin d’éviter tout affaiblissement du principe d’équité au sein des processus de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique.
Monsieur le Président, la CARICOM est déterminée à coopérer dans le cadre de l’ensemble des processus des Nations unies et avec tous ses partenaires, notamment par l’établissement de nouveaux partenariats autour d’initiatives stratégiques destinées à favoriser le développement durable de nos populations.
Je vous remercie.
English
Mr. President, Excellencies, good morning.
I’m honored to deliver this statement on behalf of the 14 member states of the Caribbean Community. I also align those remarks with the statements delivered by Palau on behalf of the Alliance of Small Island States and Uruguay on behalf of the G77 and China.
We congratulate Jamaica and St. Kitts and Nevis on the presentation of the voluntary national reviews. Their presentation this month shed our government’s commitment to achieving sustainable development and leaving no one behind.
Mr. President, these are extraordinary times.
Last October, one of the most powerful Atlantic storms on record swept through the Caribbean, causing severe damage, loss of lives, and disruption of the livelihoods. It was a stark reminder of the structural vulnerabilities of SIDS and the Caribbean.
In June, the UN Secretary-General issued an urgent warning on El Niño for the world to treat it as the urgent climate warning it is, and underscored that this condition will pour fuel on the fire of a warming world.
This grave situation means that our presence here cannot merely be about participating in this forum, but to issue a clarion call, a call for renewed commitment and concerted action to overcome the pressing challenges we face.
It is imperative to recall that among fires in Europe in sweltering heat in our heartland, these concerns are not just seasonal but rather a matter of persistent vulnerabilities with interconnected global consequences.
Juxtaposed against this backdrop is the 36% implementation rate of the Sustainable Development Goals. We see gaps that demand acceleration and implementation of international agreements, including the Paris Agreement, the Sevilla Commitment, and Doha Plan of Action.
Excellencies, in 3 years, the midterm review of the Antigua and Barbuda Agenda for SEED ABAs will provide an important opportunity to assess progress, identify lessons learned, and strengthen implementation for the remainder of the decade.
The ABAs MNE framework is welcome as a practical tool to support this process. We urge greater emphasis on ABAs as strategic development framework to guide national planning, investment, and international cooperation.
CARICOM recognizes the Secretary-General’s efforts to establish institutional arrangements for the necessary operationalization of the Multidimensional Vulnerability Index. We call for its swift and systematic adoption across the UN system.
The MVI should become an integral component in assessing eligibility for grants, concessional financing, and post-disaster support.
CARICOM also aligns the its Center of Excellence together with its flagship initiative, the Highland Investment Forum, the Global Data Hub, and the DEP Sustainability Support Service as critical mechanisms for accelerating ABA’s implementation.
We encourage our development partners to support this initiative for full realization of the benefits benefits to SIDS.
As we prepare for COP31 and COP17, CARICOM reiterates that the Paris Agreement enshrines 1.5 degrees Celsius as the legally binding temperature goal, as recently reinforced by the ICJ.
We call for any special effort to ensure protection for the special circumstances of SIDS. Recognition of our unique needs in finance, capacity building, and technical support is vital to avoiding eroding the principle of equity within the UNFCCC and the UN CBD processes.
Mr. President, CARICOM is committed to working across all UN processes and with all partners, including forging new partnerships on strategic initiatives. Initiative to advance the sustainable development of our people.
I thank you.

