Port-au-Prince, 14 juillet 2026 — A moins de six mois de la fin de l’année 2026, l’ingénieur Alex Saint-Gardien estime que les conditions techniques, administratives et humaines nécessaires à la tenue d’élections crédibles ne sont toujours pas réunies en Haïti. Selon lui, la présence d’environ 800 000 doublons dans le registre électoral, l’absence d’un audit indépendant du système informatisé et la situation de centaines de milliers de personnes déplacées par la violence empêchent toute certification sérieuse du processus électoral.
« Non, le système électoral n’est pas fiable scientifiquement parlant. Ma réponse est catégorique », affirme-t-il dans un entretien accordé à Rezo Nòdwès, reprenant les réserves qu’il avait également exprimées publiquement sur les ondes de Scoop FM.
Pour l’ingénieur, un scrutin ne peut être considéré comme démocratique que si les autorités sont en mesure de démontrer l’intégrité du registre électoral, l’unicité de chaque inscription, la sécurité des données, la transparence du traitement informatique et la traçabilité complète des opérations électorales. Or, soutient-il, aucune de ces garanties n’a été établie à ce jour.
Au cœur de son analyse figure la question des 800 000 doublons recensés dans le système. Selon lui, un registre contenant un aussi grand nombre d’inscriptions multiples ne peut servir de base à une consultation populaire dont les résultats seraient acceptés par les candidats, les partis politiques et les électeurs.
L’ingénieur rappelle également que le gouvernement d’Ariel Henry avait lui-même reconnu la nécessité d’un audit du système électoral. Une firme spécialisée de New York avait été annoncée pour réaliser cette mission.
« Il faudrait tout d’abord auditer le système », insiste-t-il.
Selon M. Saint-Gardien, cet audit n’a pourtant jamais été réalisé. Il affirme que la firme américaine annoncée n’a jamais effectué de mission technique en Haïti et qu’aucun rapport public n’a été produit permettant de certifier la fiabilité de l’infrastructure électorale. Dès lors, estime-t-il, aucune autorité ne peut soutenir scientifiquement que le système est suffisamment fiable pour organiser des élections nationales.
À cette faiblesse technique s’ajoute, selon lui, une difficulté majeure liée aux déplacements massifs de population provoqués par l’insécurité.
Pour illustrer son propos, il évoque le cas d’un électeur autrefois inscrit dans un centre de vote de Carrefour, aujourd’hui réfugié dans un site d’hébergement provisoire après avoir fui les violences des groupes armés.
Comment cet électeur exercera-t-il son droit de vote ? Son ancien centre de vote demeure-t-il valable ? Devra-t-il être transféré vers une nouvelle circonscription ? Selon quelle procédure et à partir de quelles données actualisées ?
Pour M. Saint-Gardien, ces interrogations concernent aujourd’hui des centaines de milliers d’Haïtiens. Sans mécanisme fiable permettant d’identifier, de relocaliser et d’actualiser la situation électorale des déplacés internes, le principe même de l’égalité devant le suffrage risque d’être compromis.
L’ingénieur juge également excessif le budget d’environ 120 millions de dollars envisagé pour l’organisation du scrutin.
À ses yeux, une approche plus rationnelle consisterait à organiser progressivement les élections en commençant par les départements les moins peuplés, où les opérations seraient plus faciles à contrôler et à sécuriser. Les enseignements tirés de ces premières consultations permettraient ensuite d’étendre progressivement le processus vers les départements les plus complexes, notamment l’Ouest et l’Artibonite, où se concentrent la plus forte densité électorale ainsi que les principaux défis sécuritaires.
Cette méthode réduirait, selon lui, les coûts, faciliterait le contrôle du processus et offrirait davantage de garanties quant à la sincérité des résultats.
M. Saint-Gardien estime également qu’une réforme en profondeur du système pourrait enfin permettre à la diaspora haïtienne de participer aux élections nationales, objectif évoqué depuis plusieurs décennies sans avoir encore trouvé de traduction concrète.
Selon lui, la priorité ne consiste donc pas à respecter un calendrier politique, mais à construire un processus électoral dont la crédibilité puisse être démontrée objectivement. Organiser un scrutin sans audit préalable, avec un registre comportant environ 800 000 doublons et sans solution clairement définie pour les déplacés internes reviendrait, à ses yeux, à exposer les résultats à des contestations prévisibles et à fragiliser davantage les institutions appelées à en découler.
Rezo Nòdwès invite ses lecteurs à écouter l’extrait audio de l’entretien accordé par l’ingénieur Alex Saint-Gardien. Il y développe en détail ses observations sur les 800 000 doublons, l’audit jamais réalisé du système électoral, la situation des déplacés internes, les solutions qu’il préconise pour restaurer la crédibilité des élections, ainsi que sa proposition d’un calendrier électoral progressif permettant, à terme, d’intégrer le vote de la diaspora haïtienne.
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