12 juillet 2026
Dr Lorquet — Un dimanche de foi et de découvertes au cœur de Santiago de Cuba
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Dr Lorquet — Un dimanche de foi et de découvertes au cœur de Santiago de Cuba

Par : Joël Lorquet

Le dimanche 5 juillet 2026, j’ai commencé la journée par un peu d’exercice physique. Contrairement à mon jogging habituel, j’avais choisi de sortir plus tôt afin de marcher tranquillement et de disposer de suffisamment de temps pour me rendre au culte. Comme il me restait une partie du repas de la veille — un assortiment de mortadelle, de saucissons et de saucisses que je n’avais pas terminé —, je décidai de le conserver pour le petit-déjeuner. Ainsi, plutôt que d’aller manger au restaurant, je préférai compléter ce repas avec quelques provisions.

Je quittai donc l’hôtel vers huit heures trente. Le dimanche, très peu de commerces et de centres commerciaux sont ouverts à Cuba. Après avoir parcouru deux ou trois kilomètres à pied, je finis par trouver un petit commerce où je pus acheter de l’eau, une denrée particulièrement précieuse dans le pays. À Cuba, l’eau potable est parfois plus difficile à trouver que les boissons gazeuses. J’achetai également des biscuits salés ainsi qu’un jus de goyave avant de retourner à l’hôtel.

Après une douche, je pris un moto-taxi pour me rendre à l’église. Le trajet me coûta 1 000 pesos.

Avant mon départ, la femme de chambre de l’hôtel, à qui j’avais demandé conseil, m’avait confié qu’elle était chrétienne et qu’elle fréquentait la Iglesia Pentecostal Asamblea de Dios « El Calvario », située sur l’avenue José Martí. Elle me recommanda chaleureusement cette assemblée et me donna l’adresse exacte.

Au départ, je souhaitais assister au culte de l’Église baptiste située sur la rue Tercera. Cependant, on m’expliqua que son service dominical se terminait relativement tôt, tandis que celui de l’église pentecôtiste durait plus longtemps. Désireux de passer davantage de temps dans la présence de Dieu, je décidai finalement d’accepter cette recommandation. Le chauffeur de moto-taxi m’y conduisit sans difficulté.

Le respect des règles de circulation

Au cours du trajet, un détail attira particulièrement mon attention. À Cuba, tous les conducteurs de motocyclettes sont légalement tenus de porter un casque, y compris les chauffeurs de moto-taxi, qui doivent obligatoirement disposer d’un second casque pour leur passager.

Ces casques présentent une forme particulière. Ils rappellent quelque peu les anciens casques militaires, puisque les oreilles restent découvertes et qu’une sangle vient se fixer sous le menton. Cette obligation est scrupuleusement respectée par tous. C’est l’un des nombreux exemples qui montrent que, malgré les difficultés économiques du pays, certaines règles de sécurité sont observées avec une remarquable discipline.

La découverte de la plus grande église pentecôtiste de Santiago de Cuba

La Iglesia Pentecostal Asamblea de Dios « El Calvario », située à l’angle de l’avenue José Martí et de la rue Rizal, est sans conteste l’une des plus imposantes églises évangéliques que j’ai visitées à Cuba.

L’édifice, construit sur trois niveaux, peut accueillir près de quatre mille personnes. Ce premier dimanche du mois, la salle n’était pas entièrement remplie, mais entre 75 et 80 % des places étaient occupées par des fidèles venus participer au culte.

L’église ne possède ni parking ni véritable présence sur les réseaux sociaux. Cela n’a rien de surprenant dans un pays où les véhicules privés demeurent relativement rares et où l’accès à Internet reste encore limité pour une grande partie de la population.

À première vue, le bâtiment semblait relativement récent ou avoir bénéficié d’importants travaux de rénovation. Son architecture sobre mais imposante témoignait du dynamisme de cette importante communauté chrétienne.

Un véritable « one-man show »

En prenant place dans l’assemblée, je remarquai rapidement une particularité qui distinguait cette église de nombreuses autres que j’avais déjà visitées. Le pasteur occupait pratiquement tout l’espace ministériel. On avait presque l’impression d’assister à un véritable « one-man show », tant son implication était constante du début à la fin du service.

Dès l’ouverture du culte, le pasteur José Martine se tenait debout sur l’estrade. Il souhaitait personnellement la bienvenue aux fidèles, dirigeait les différentes étapes du service, prononçait la prédication, administrait la Sainte-Cène, reprenait ensuite la parole pour de nouvelles exhortations et ne quittait pratiquement jamais sa place. À l’exception des musiciens et des membres de l’équipe de louange, qui intervenaient à certains moments pour conduire les chants, tout reposait essentiellement sur lui.

Cette manière de conduire le culte témoignait d’un leadership très affirmé ainsi que d’une grande capacité à maintenir l’attention de l’assemblée durant plusieurs heures.

Un message d’espérance pour toute l’année

Le thème spirituel retenu par l’église pour l’année 2026 était inscrit en évidence :

« Recuérdate, porque Jehová hará grandes cosas »
(Souviens-toi, car l’Éternel fera de grandes choses.) — Joël 2:21

Ce message d’espérance semblait particulièrement approprié à la réalité cubaine. Dans un pays confronté à de nombreuses difficultés économiques et sociales, cette promesse biblique invitait les fidèles à regarder l’avenir avec confiance malgré les épreuves du présent.

La simplicité comme mode de vie

Un autre aspect retint immédiatement mon attention : la simplicité vestimentaire des fidèles.

La pianiste de l’église était une jeune femme qui accompagnait les chants avec beaucoup de talent. Quant aux hommes présents dans l’assemblée, la grande majorité portait simplement un T-shirt, une chemise légère ou un jean. Très peu étaient vêtus d’un costume ou d’une chemise à manches longues.

Les seuls à porter une veste et une cravate étaient essentiellement les membres de l’équipe de louange et quelques responsables de l’église. Cette simplicité reflétait parfaitement le mode de vie cubain. Les vêtements sont généralement choisis davantage pour leur aspect pratique et leur prix abordable que pour leur élégance protocolaire.

Je me rendis d’ailleurs compte que ma propre tenue me distinguait immédiatement des autres participants. Avec ma chemise à boutons de manchette, je passais facilement pour un étranger. À Cuba, même dans les églises, la plupart des fidèles privilégient des vêtements décontractés adaptés à la chaleur tropicale.

Le pasteur lui-même portait une cravate, mais sans veste. Celle-ci était légèrement desserrée autour du cou, une façon bien compréhensible de supporter les températures élevées du mois de juillet.

Deux nouvelles âmes accueillies dans la famille de la foi

Au cours du culte, deux personnes répondirent à l’appel et décidèrent de donner leur vie à Jésus-Christ. Après leur conversion, elles furent présentées à toute l’assemblée. Les fidèles leur adressèrent alors ces paroles chaleureuses :

— « Bienvenue dans la famille de la foi ! »

Chaque fois qu’un nouveau converti ou qu’un nouveau membre était présenté, toute l’assemblée applaudissait de manière très particulière : deux séries de deux applaudissements, toujours selon le même rythme.

Cette façon de souhaiter la bienvenue constituait une tradition que je n’avais encore jamais observée ailleurs et qui m’apparut à la fois originale et profondément fraternelle.

Une Sainte-Cène célébrée avec sobriété

Je participai également à la célébration de la Sainte-Cène avec les membres de cette communauté.

Je remarquai que le morceau de pain distribué aux fidèles était extrêmement petit, à peine de la taille de deux grains de maïs. Quant au vin, il était servi dans de petits gobelets en plastique, semblables à ceux utilisés dans de nombreuses églises évangéliques.

À mon goût, il semblait s’agir d’un vin de fabrication locale, dont la saveur paraissait légèrement altérée. Cette impression était peut-être liée aux conditions de conservation, rendues difficiles par les fréquentes coupures d’électricité qui affectent le pays.

Malgré cette simplicité matérielle, le moment demeurait empreint de recueillement et de respect. L’essentiel n’était pas la qualité des éléments utilisés, mais la profonde signification spirituelle de ce mémorial institué par Jésus-Christ.

Rencontre avec Felipe, un fidèle cubain

Au cours du culte, un vieil homme au visage souriant vint s’asseoir à côté de moi. Très naturellement, il engagea la conversation. Lorsque je lui appris que j’étais un touriste haïtien, son visage s’illumina. Cette spontanéité confirma une impression que j’avais déjà eue depuis mon arrivée : les Cubains sont, dans leur immense majorité, des personnes particulièrement sociables et ouvertes aux échanges.

À peine avait-il appris que j’étais étranger qu’il me demanda mon numéro de téléphone. Cette démarche, qui pourrait surprendre ailleurs, semblait ici tout à fait naturelle. Il souhaitait simplement garder le contact.

Mon interlocuteur se présenta sous le nom de Felipe Torres Tejera. Au fil de notre conversation, il m’expliqua que l’assemblée priait avec ferveur pour une femme atteinte d’un cancer, convaincue que Dieu pouvait encore accomplir des miracles.

Pour illustrer sa foi, il me raconta un témoignage qui avait profondément marqué l’église. Selon lui, un homme ayant perdu la vue avait retrouvé la vision après que le pasteur et l’ensemble de l’assemblée eurent prié avec insistance pour lui. Je ne pouvais évidemment pas vérifier ce récit, mais il révélait la profonde confiance que ces chrétiens plaçaient dans la puissance de Dieu.

Notre conversation dériva ensuite vers les télécommunications. Felipe me confia qu’à ses yeux, les services téléphoniques s’étaient beaucoup améliorés à Cuba au cours des dernières années. J’écoutais son appréciation avec intérêt, tout en faisant intérieurement une comparaison avec ma propre expérience. Pour lui, les progrès étaient évidents ; pour moi, qui venais d’Haïti, les communications demeuraient particulièrement compliquées. Malgré les difficultés auxquelles mon pays est confronté, je trouvais le système cubain beaucoup plus contraignant, notamment pour l’accès à Internet.

Une coupure d’électricité en pleine prédication

Vers 12 h 30, alors que le pasteur développait son message, une nouvelle coupure d’électricité interrompit brutalement l’alimentation de tout le bâtiment. Personne ne sembla véritablement surpris.

Le pasteur poursuivit sa prédication sans la moindre hésitation, élevant simplement davantage la voix afin que toute l’assemblée puisse continuer à l’entendre. Cette réaction traduisait une réalité à laquelle les Cubains semblent malheureusement habitués.

Après quatre ou cinq minutes, le système électrique autonome de l’église prit le relais. L’éclairage revint progressivement, permettant au culte de se poursuivre dans de meilleures conditions.

En revanche, les ventilateurs demeurèrent à l’arrêt. Le générateur de secours n’avait manifestement pas la puissance nécessaire pour alimenter l’ensemble des installations d’un bâtiment aussi vaste. Avec la chaleur humide du mois de juillet, l’atmosphère devint rapidement étouffante, mais personne ne quitta sa place pour autant. Les fidèles continuaient d’écouter la prédication avec la même attention.

À la rencontre du pasteur José Martine

À la fin du culte, je demandai à Felipe s’il pouvait me présenter au pasteur. Mon souhait était simplement de le saluer et de lui exprimer mon appréciation pour son ministère. Il me répondit que cela lui était impossible. Il n’était qu’un simple membre de l’église et me conseilla plutôt de m’adresser au secrétariat.

Il me conduisit alors auprès d’une dame particulièrement aimable, à qui j’expliquai que je venais d’Haïti et que je souhaitais rencontrer le pasteur quelques instants. Elle accepta immédiatement d’aller lui transmettre mon message.

À ce moment-là, le pasteur se trouvait encore sur l’estrade, saluant les derniers fidèles tandis que l’assemblée quittait progressivement le sanctuaire. Depuis le balcon où je me trouvais, il demanda que je me place de façon à pouvoir m’observer de loin.

Pendant quelques instants, il me regarda attentivement. Je me suis demandé s’il cherchait simplement à identifier le visiteur que l’on venait de lui annoncer ou s’il procédait, comme le font souvent les responsables expérimentés, à une rapide lecture de la personne qui sollicitait un entretien.

Quelques instants plus tard, il manifesta son accord.

La secrétaire vint aussitôt me chercher afin de m’accompagner jusqu’à son bureau, situé au rez-de-chaussée.

En quittant la salle de culte, je remarquai que des bénévoles distribuaient gratuitement des sandwichs garnis de jambon et de fromage aux fidèles. Il semblait s’agir d’une tradition bien établie de cette communauté : offrir une collation à ceux qui participaient au service dominical.

Lorsqu’on m’en proposa un, je répondis poliment :

— « Merci, je le prendrai plus tard. »

Ma réponse sembla étonner plusieurs personnes. À Cuba, refuser une nourriture offerte est plutôt inhabituel, surtout lorsqu’il s’agit d’un geste de fraternité.

Pour ma part, ma priorité était tout autre. Je souhaitais avant tout rencontrer le pasteur José Martine, échanger avec lui et, si possible, réaliser une courte entrevue sur son ministère. Le sandwich pouvait attendre. Cette rencontre représentait une occasion que je ne voulais surtout pas laisser passer.

Un entretien privilégié avec le pasteur José Martine

Le pasteur José Martine est une personnalité religieuse très respectée à Cuba. À la tête de l’une des plus importantes églises pentecôtistes de Santiago de Cuba, il exerce un ministère qui dépasse largement les limites de sa congrégation.

Dès notre première rencontre, il prit l’initiative de s’excuser pour la coupure d’électricité qui avait perturbé une partie du culte. Ce geste de courtoisie me toucha, même si je savais pertinemment que cette situation échappait totalement à sa responsabilité.

Je me présentai alors comme un laïc de l’Église du Nazaréen en Haïti, fils de pasteur et journaliste. Je le félicitai pour le remarquable travail accompli auprès d’une assemblée aussi nombreuse, en lui soulignant que conduire une communauté de plusieurs milliers de fidèles représentait un immense défi.

Je lui exprimai ensuite mon souhait de réaliser une brève entrevue afin d’évoquer son ministère et la réalité de l’Église évangélique à Cuba.

À ma grande satisfaction, il accepta immédiatement.

Toutefois, son bureau était plongé dans l’obscurité à cause de la panne de courant. Je lui fis remarquer qu’il serait difficile d’y enregistrer une entrevue vidéo de bonne qualité.

Avec beaucoup de simplicité, il me répondit :

— « D’accord, suivez-moi. »

Il me conduisit alors jusque sur l’estrade principale du sanctuaire, où la lumière naturelle pénétrait abondamment. Cet espace constituait un cadre beaucoup plus approprié pour notre entretien.

L’entrevue se déroula dans une atmosphère détendue et fraternelle. Le pasteur répondit avec disponibilité à mes questions, témoignant de son engagement pastoral ainsi que de sa confiance dans l’avenir de l’Église malgré les nombreuses difficultés auxquelles Cuba est confrontée.

À l’issue de notre échange, nous immortalisâmes cette rencontre par une photographie.

Avant de prendre congé, je lui demandai s’il connaissait le pasteur Ezequiel Molina Rosario de La Batalla de la Fe, responsable de l’Église Mahanaim de Santo Domingo.

Son visage s’illumina immédiatement.

— « Bien sûr ! », répondit-il avec enthousiasme.

Je lui expliquai que, lorsque je séjourne en République dominicaine, il m’arrive de fréquenter cette église et que j’éprouve beaucoup de respect pour son ministère.

Ce lien inattendu avec un responsable évangélique dominicain contribua à renforcer encore davantage la cordialité de notre conversation.

Après l’avoir chaleureusement remercié pour son accueil, sa disponibilité et le temps qu’il m’avait accordé, je repris mon sac et quittai l’église avec le sentiment d’avoir vécu une rencontre particulièrement enrichissante.

À la recherche d’une connexion Internet

En quittant l’église, je pris un moto-taxi en direction de l’hôtel Impérial, situé au centre-ville de Santiago de Cuba. La veille, mon ami Miguel Boudet m’avait indiqué que cet établissement disposait d’un réseau Wi-Fi gratuit et de bonne qualité, accessible même aux visiteurs.

Le trajet coûta de nouveau 1 000 pesos.

Le chauffeur eut toutefois quelques difficultés à localiser l’hôtel. Après plusieurs détours, il finit par retrouver l’endroit, situé près de la rue Félix Peña (Santo Tomás). Une fois arrivé, il me demanda finalement 2 000 pesos au lieu du tarif initial.

Je compris rapidement qu’il avait profité de mon statut d’étranger pour augmenter le prix de la course.

Je décidai néanmoins de ne pas discuter.

Dans un pays que l’on ne connaît pas, la sécurité vaut parfois bien davantage que quelques billets supplémentaires. Pour moi, l’essentiel était d’arriver à destination sain et sauf. Lorsqu’un chauffeur vous transporte honnêtement, sans tentative d’intimidation ni mauvaise surprise, cela n’a pas de prix.

Les limites de la connectivité cubaine

Une fois sur place, j’achetai une boisson gazeuse avant de m’installer sur un banc de la petite place Félix Peña, persuadé que je pourrais me connecter facilement à Internet.

La réalité fut tout autre.

Le réseau Wi-Fi de l’hôtel était bien visible sur mon téléphone, mais son utilisation nécessitait un code d’accès réservé aux clients.

Je repérai également le réseau public mis à disposition par le gouvernement cubain. Là encore, il fallait disposer d’un compte utilisateur spécifique, ce que je n’avais évidemment pas. Je me retrouvai donc sans aucune possibilité de me connecter.

C’est alors qu’un homme à la peau foncée, assis non loin de moi, me proposa spontanément son aide. Il parlait avec une rapidité impressionnante, si bien que je peinais parfois à comprendre son espagnol.

Avec une grande générosité, il accepta de partager pendant une trentaine de minutes la connexion de son téléphone portable. Grâce à lui, je pus consulter quelques messages et effectuer plusieurs tâches urgentes.

Lorsque je lui demandai ensuite de vérifier mon téléphone, il m’expliqua que les minutes de connexion étaient déjà épuisées et qu’il fallait désormais recharger mon compte auprès de ETECSA (Empresa de Telecomunicaciones de Cuba S.A. – Cubacel).

Cette situation me laissa perplexe.

La veille encore, j’avais pourtant payé une somme importante pour bénéficier des services téléphoniques. Je ne comprenais pas pourquoi il m’était désormais impossible d’utiliser WhatsApp ou d’accéder librement à Internet.

On m’expliqua que je pouvais toujours téléphoner ou envoyer des SMS, mais que les données Internet nécessitaient un nouveau crédit, particulièrement coûteux.

Cette expérience illustrait une nouvelle fois les contraintes auxquelles les Cubains sont confrontés quotidiennement. L’accès au numérique, que beaucoup considèrent aujourd’hui comme allant de soi, demeure ici un service relativement limité et onéreux.

Peu à peu, je compris également qu’à l’image de nombreux autres pays touristiques, certaines personnes avaient tendance à augmenter leurs prix lorsqu’elles identifiaient un visiteur étranger. Cette réalité exige de rester vigilant, sans pour autant perdre confiance dans la gentillesse de la majorité des Cubains, dont beaucoup se montrent serviables, honnêtes et profondément accueillants.

À la recherche d’un bon restaurant

Après avoir remercié cet homme pour son aide précieuse, je repris ma marche dans l’espoir de trouver un restaurant où déjeuner.

Je rencontrai deux personnes qui se proposèrent spontanément de m’indiquer quelques établissements des environs. Malgré leur bonne volonté, je ne trouvai aucun restaurant qui m’inspirait réellement confiance. De plus, le quartier devenait progressivement plus calme et plus isolé. Je préférai donc ne pas m’y attarder.

Je fis signe à un moto-taxi qui passait à proximité. Alors que nous nous apprêtions à partir, j’aperçus un restaurant juste en face de la rue.

— « Attendez un instant, lui dis-je. Je vais d’abord voir ce restaurant. Si vous êtes encore là à ma sortie, je prendrai votre moto. » Le chauffeur accepta sans difficulté.

À peine avais-je franchi la porte de l’établissement qu’une forte odeur de viande avariée me saisit. L’atmosphère était si désagréable qu’il m’était impossible d’imaginer y prendre un repas. Je ressortis presque aussitôt.

Je supposai que cette odeur provenait des difficultés de conservation des aliments causées par les fréquentes coupures d’électricité. Sans une chaîne de froid efficace, il devient extrêmement difficile de préserver la qualité de certains produits alimentaires.

Le chauffeur m’attendait toujours à l’extérieur. Je montai de nouveau sur sa moto afin qu’il me conduise ailleurs.

Une montée difficile en motocyclette

Le conducteur utilisait une petite motocyclette électrique. Au début du trajet, tout se déroula normalement. Mais en abordant une légère montée, le moteur commença à perdre de sa puissance avant de s’arrêter complètement. Le chauffeur me demanda alors de descendre quelques instants.

Manifestement, la batterie n’avait plus suffisamment d’énergie pour transporter deux personnes jusqu’au sommet de la côte.

Avec beaucoup de patience, il poussa lui-même sa motocyclette sur plusieurs mètres avant que nous puissions reprendre la route. Une fois le terrain redevenu plat, je remontai derrière lui et nous poursuivîmes tranquillement notre trajet.

Cette scène illustrait parfaitement les limites auxquelles sont confrontés de nombreux Cubains qui utilisent aujourd’hui des moyens de transport électriques, souvent plus économiques, mais dont l’autonomie demeure parfois insuffisante.

Le plaisir inattendu de retrouver les quenettes

En traversant le centre-ville, mon regard fut attiré par plusieurs marchands ambulants qui vendaient des quenettes « quenêpes ». Je n’en avais pas dégusté depuis près d’une année. Sans hésiter, je demandai au chauffeur de s’arrêter quelques instants afin d’en acheter.

À Cuba, ce fruit est connu sous le nom espagnol d’« mamoncillo ». Sa chair juteuse et légèrement acidulée réveilla immédiatement de nombreux souvenirs d’enfance. Comme en Haïti, ce fruit est très apprécié pendant la saison estivale.

Ces petits plaisirs simples constituent souvent les moments les plus agréables d’un voyage. Ils rappellent combien certaines saveurs traversent les frontières et rapprochent les peuples de la Caraïbe.

La découverte d’une excellente adresse

Le chauffeur m’expliqua qu’il connaissait plusieurs restaurants dans le secteur et qu’il allait me conduire dans un bon établissement.

Notre premier arrêt se fit sur l’avenue Ferreiro. Dès le premier regard, je compris que l’endroit ne correspondait pas à ce que je recherchais. L’établissement semblait négligé et ne m’inspirait guère confiance.

Je dis aussitôt au chauffeur :

— « Non, ce n’est pas une question d’économie. Au contraire, je souhaite manger dans un bon restaurant. »

Il comprit immédiatement ma préoccupation et me proposa un autre établissement.

Quelques minutes plus tard, nous arrivâmes devant CONTA’S Empanadas, un petit restaurant dont le comptoir donnait directement sur la rue. L’endroit était propre, bien entretenu et décoré avec goût. Cette première impression me rassura immédiatement. Je commandai deux empanadas : l’une au poulet, l’autre au picadillo (viande hachée assaisonnée).

Une quinzaine de minutes plus tard, ma commande était prête. Les empanadas étaient soigneusement emballées dans un plastique portant le logo du restaurant, un détail qui témoignait du sérieux de l’établissement.

Le « pâté kode » haïtien, une spécialité à valoriser

En dégustant ces empanadas, je ne pouvais m’empêcher de les comparer au célèbre « pâté kode » haïtien. En Haïti, nous n’utilisons pratiquement jamais le mot empanada. Pourtant, il s’agit d’une préparation très répandue dans toute l’Amérique latine, notamment au Venezuela, à Cuba et en République dominicaine, où chaque pays possède sa propre recette. À mes yeux, toutefois, aucun ne surpasse notre célèbre pâté kodé haïtien. Cette spécialité fait partie de notre patrimoine culinaire et mérite d’être davantage valorisée, tant en Haïti qu’à l’étranger. Sa richesse gastronomique constitue un véritable symbole de notre identité nationale.

« ¡Calor! ¡Calor! »

Au moment de retourner à l’hôtel, je déposai le sachet contenant les empanadas devant moi sur la motocyclette. Quelques minutes plus tard, le chauffeur se retourna en s’écriant :

— « ¡Calor! ¡Calor! »

Je compris aussitôt ce qui se passait. La chaleur dégagée par les empanadas encore fumantes traversait le sac en plastique et venait directement chauffer son dos. Je retirai immédiatement le sachet afin d’éviter de lui causer davantage d’inconfort.

Nous éclatâmes de rire devant cette situation aussi inattendue qu’amusante.

Ces petits incidents du quotidien, sans grande importance en apparence, font souvent partie des souvenirs les plus vivants que l’on conserve d’un voyage. Ils rappellent que les plus belles expériences naissent parfois des situations les plus ordinaires.

Retour à la Casa de Haïti

Après quelques heures de repos à l’hôtel et une bonne douche pour me rafraîchir, je repris la route en direction de la Casa de Haïti, où se poursuivaient les activités du Festival del Caribe.

L’après-midi se révéla relativement calme. Le programme ne comportait pas de grandes prestations artistiques, mais plutôt une série de projections de documentaires présentés dans le cadre du projet « Project Reconnect », coordonné par l’organisme Lobey Art and Travel, basé à Miami, sous la direction de Romuald Blanchard.

Ces documentaires mettaient en lumière différentes initiatives culturelles destinées à renforcer les liens entre les peuples de la Caraïbe, en particulier entre les communautés haïtiennes vivant à l’étranger et leur patrimoine culturel. Ils rappelaient combien la culture demeure un puissant instrument de rapprochement entre les nations, au-delà des frontières et des difficultés politiques ou économiques.

Même si cette programmation était moins spectaculaire que les grands défilés ou les concerts auxquels j’avais assisté les jours précédents, elle offrait un espace de réflexion sur la mémoire, l’identité et la transmission culturelle. Elle démontrait également que le Festival del Caribe ne se limite pas aux expressions artistiques, mais qu’il constitue aussi un lieu d’échanges intellectuels et de valorisation du patrimoine des peuples de la région.

Une soirée placée sous le signe de la fraternité caribéenne

En début de soirée, nous quittâmes la Casa de Haïti pour nous rendre dans un centre culturel situé à quelques pâtés de maisons de là.

Une fois de plus, je fus frappé par la proximité des différents lieux de spectacles à Santiago de Cuba. La plupart des activités du festival se déroulaient dans un périmètre relativement restreint, ce qui permettait aux festivaliers de se déplacer facilement à pied d’un site à l’autre.

Le spectacle de cette soirée réunissait plusieurs groupes artistiques venus de différents pays de la Caraïbe, notamment de la République dominicaine et de la Colombie. Chacun présentait un aperçu des traditions musicales et chorégraphiques de son pays.

Les rythmes, les costumes colorés et l’énergie des danseurs créaient une ambiance chaleureuse qui captivait le public. Les spectateurs répondaient par des applaudissements nourris, accompagnant parfois les artistes au rythme de la musique.

Ces prestations rappelaient que, malgré leurs différences linguistiques ou historiques, les peuples caribéens partagent un héritage culturel commun profondément enraciné dans les influences africaines, européennes et amérindiennes.

Voyager à Cuba permet de partager les réalités

Cette journée du 5 juillet 2026 restera parmi les plus marquantes de mon séjour à Santiago de Cuba.

Elle m’a permis de découvrir une autre facette de la société cubaine : sa vie spirituelle. En participant au culte de la Iglesia Pentecostal Asamblea de Dios « El Calvario », j’ai pu observer la vitalité de la foi chrétienne dans un pays qui, malgré les nombreuses contraintes économiques, continue de voir ses églises jouer un rôle essentiel auprès de la population.

Ma rencontre avec le pasteur José Martine, les échanges fraternels avec les fidèles, les difficultés rencontrées pour accéder à Internet, les réalités du transport urbain, les défis liés à l’approvisionnement alimentaire ainsi que les manifestations culturelles de la soirée ont constitué autant d’expériences complémentaires qui m’ont permis de mieux comprendre le quotidien des Cubains.

Au fil des jours, je réalisais que voyager ne consiste pas seulement à visiter des monuments ou à admirer des paysages. C’est surtout accepter de rencontrer des femmes et des hommes, de partager leurs réalités, d’écouter leurs histoires et de découvrir, derrière chaque difficulté, une remarquable capacité d’adaptation et une profonde dignité. C’est précisément cette dimension humaine qui donne tout son sens au voyage et qui transforme chaque déplacement en une véritable école de vie.

Joël Lorquet

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