11 juillet 2026
Flashback | Céant applaudit le départ de Hans Joseph, mais où sont passés les hôpitaux Simbi, Delmas 2 et celui des policiers ?
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Flashback | Céant applaudit le départ de Hans Joseph, mais où sont passés les hôpitaux Simbi, Delmas 2 et celui des policiers ?

Port-au-Prince, 11 juillet 2026 — L’empressement de Jean-Henry Céant à célébrer la révocation de Hans Ludwig Joseph à la direction de l’Unité de lutte contre la corruption invite à rouvrir son propre dossier de gouvernance. Sept ans après une visite très médiatisée à deux établissements hospitaliers de Port-au-Prince, que reste-t-il des engagements pris à Fontamara et à Delmas 2 ? Son passage à la Primature a-t-il produit une infrastructure sanitaire achevée, accessible et durable ? Les policiers disposent-ils aujourd’hui d’un véritable centre hospitalier capable de les accueillir ?

Une « inauguration » qui n’en était pas une

Le rappel historique mérite d’abord une rectification factuelle. Le 28 janvier 2019, Jean-Henry Céant n’inaugurait pas deux hôpitaux. Accompagné de la ministre de la Santé publique, Marie Gretta Roy Clément, il effectuait une visite du chantier de l’hôpital Simbi Continental, à Fontamara, puis du centre hospitalier public de Delmas 2.

À Simbi, les travaux étaient abandonnés depuis plusieurs mois. Céant affirmait que plus de 80 % du chantier avaient été exécutés et que l’État avait déjà versé la majorité des fonds à l’entreprise contractante. Il promettait une reprise rapide et un achèvement dans un délai maximal de six mois. Un million de dollars supplémentaires était alors présenté comme nécessaire pour terminer l’ouvrage.

Six mois plus tard, cette promesse n’avait pas produit l’ouverture annoncée. En 2020, l’hôpital Simbi figurait encore parmi les chantiers inachevés nécessitant de nouveaux crédits. Une enveloppe de 82,5 millions de gourdes avait notamment été signalée pour sa finalisation, malgré l’affirmation selon laquelle le projet avait déjà été financé à environ 90 % par les ressources de PetroCaribe. Le programme économique gouvernemental 2020-2023 mentionnait encore la « finalisation » de l’établissement parmi les objectifs à atteindre.

Les recherches effectuées ne permettent pas d’établir qu’en juillet 2026, Simbi fonctionne comme un hôpital public complet, permanent et doté de tous les services initialement prévus. L’ouvrage demeure surtout associé, dans les archives accessibles, aux crédits additionnels, aux travaux suspendus et aux annonces répétées.

Delmas 2 : d’une promesse d’ouverture à un centre de crise

La situation de Delmas 2 est différente, mais elle ne confirme pas davantage le récit d’une réalisation immédiatement livrée par le gouvernement Céant.

En janvier 2019, le bâtiment était présenté comme achevé et équipé. Pourtant, l’ouverture restait suspendue à une entente avec le propriétaire du terrain sur lequel l’hôpital avait été construit. Le chef du gouvernement promettait de régler ce contentieux foncier avant une mise en service annoncée « sous peu ».

L’établissement a finalement été aménagé en 2020 comme centre public de prise en charge du coronavirus, avec une capacité déclarée de 40 lits. Il est devenu, en 2021, l’un des principaux centres Covid-19 du pays. Son fonctionnement fut cependant compromis par les affrontements armés, les routes bloquées et les projectiles atteignant les environs. Son directeur envisageait même une fermeture en juin 2021.

Les activités exclusivement consacrées au coronavirus ont ensuite été suspendues le 14 août 2021 afin d’accueillir des victimes du séisme dans le Grand Sud. Cette utilisation démontre que Delmas 2 a fourni des services réels lors de situations d’urgence. Elle ne suffit toutefois pas à attribuer à Céant la création d’un hôpital général durable, pleinement institutionnalisé et continuellement opérationnel.

La photographie du 28 janvier 2019 immortalise donc moins une inauguration qu’une séquence de communication politique : un chantier inachevé à Fontamara, un bâtiment encore juridiquement incertain à Delmas 2 et des engagements dont l’exécution devait intervenir après la visite.

Les policiers ont-ils leur propre hôpital ?

La Police nationale d’Haïti possède officiellement un centre hospitalier à Bon-Repos. Une première cérémonie d’inauguration avait été organisée en juillet 2019, avec l’annonce de services d’urgence, de traumatologie, de chirurgie, de médecine interne, de pédiatrie, de gynécologie-obstétrique, de psychiatrie et de psychologie.

Cependant, les équipements avaient été remis avant que la structure ne soit réellement opérationnelle. Une enquête publiée en octobre 2020 rapportait que toutes les dispositions nécessaires à son fonctionnement n’avaient pas encore été prises. Une inspection gouvernementale réalisée quelques mois auparavant réclamait toujours l’achèvement des travaux, l’accès à l’eau, l’alimentation électrique et l’aménagement des environs.

Le 4 janvier 2021, une nouvelle cérémonie annonçait cette fois la mise en service de l’Hôpital central de la PNH. Pourtant, le Plan de relance économique 2020-2023 continuait à réclamer l’achèvement du centre, son équipement médical et l’allocation d’un budget de fonctionnement adapté. Ce document reconnaissait qu’après vingt-cinq années d’existence, la police ne disposait toujours pas d’une structure de grande envergure capable d’accueillir ses agents et leurs dépendants.

La réponse juridique et administrative est donc nuancée : la PNH possède formellement un hôpital, mais les informations publiques disponibles ne permettent pas de garantir qu’il offre aujourd’hui, de manière continue, l’ensemble des services annoncés aux policiers blessés, malades ou traumatisés.

Céant, Hans Joseph et la mémoire sélective de la reddition de comptes

Jean-Henry Céant a accueilli favorablement la révocation de Hans Ludwig Joseph, décidée le 2 juillet 2026. Il a accusé l’ancien directeur d’avoir détourné l’ULCC de sa mission, l’a qualifié de « maître-chanteur » et a demandé la publication de ses déclarations de patrimoine d’entrée et de sortie.

Cette exigence de transparence peut être légitime. Elle doit néanmoins être appliquée sans sélection personnelle. Un rapport de l’ULCC publié en 2021 avait lui-même mis en cause Jean-Henry Céant dans le dossier de l’Office national d’assurance-vieillesse et de la société Real Business Investment. Ces accusations demeurent soumises à la présomption d’innocence et aucun jugement définitif n’est mentionné dans les sources consultées.

Le Canada a également inscrit l’ancien Premier ministre sur sa liste de sanctions en novembre 2022. Cette mesure administrative ne constitue pas une condamnation pénale, et Céant a rejeté les accusations portées contre lui. Son maintien sur la liste officielle canadienne demeure néanmoins un élément public qui accompagne désormais son parcours politique.

L’ancien chef du gouvernement peut-il réclamer les comptes patrimoniaux de Hans Joseph tout en présentant lui-même des explications complètes sur les dossiers dans lesquels son nom apparaît ? Peut-il également produire un bilan documenté de son passage à la Primature : ouvrages terminés, services publics encore opérationnels, réformes appliquées et investissements dont la population bénéficie toujours ?

Le directeur a changé, le verrou normatif demeure

La révocation de Hans Joseph ne restaure pas, à elle seule, l’autorité de l’ULCC. L’institution avait déjà été juridiquement affaiblie par le décret adopté et publié en décembre 2025 sur l’organisation de la Haute Cour de justice, signé par Laurent Saint-Cyr, Alix Didier Fils-Aimé et les membres du gouvernement.

Ce texte attribue à la Haute Cour une compétence exclusive pour juger plusieurs catégories de hauts responsables, y compris pour des actes commis durant l’exercice de leurs fonctions. Or la mise en accusation dépend de la Chambre des députés et le jugement du Sénat, deux institutions inexistantes au moment de l’adoption du décret. Plusieurs organisations considèrent que ce mécanisme dessaisit les juridictions ordinaires et neutralise, en pratique, les suites judiciaires susceptibles d’être données aux rapports de l’ULCC.

Ensemble contre la corruption, l’Organisation des citoyens pour une nouvelle Haïti, le RNDDH et la Fondasyon Je Klere ont dénoncé un dispositif assimilable à une protection juridictionnelle ou à une « auto-amnistie » accordée aux anciens et actuels dignitaires.

Le calendrier de la révocation de Hans Joseph, intervenue peu après ses critiques publiques contre ce décret, entretient un soupçon politique sans suffire, à lui seul, à établir un lien causal. Une question demeure néanmoins : pourquoi remplacer le directeur de l’ULCC sans abroger le texte qui limite la portée judiciaire des enquêtes anticorruption ?

La célébration de Jean-Henry Céant paraît ainsi incomplète. Avant de se réjouir du départ d’un adversaire institutionnel, l’ancien Premier ministre pourrait répondre à trois interrogations simples : où est l’hôpital Simbi promis pour 2019, quel est aujourd’hui le statut exact de Delmas 2 et quel accès effectif les policiers ont-ils à leur propre centre hospitalier ?

L’action publique ne se mesure ni aux visites de chantier ni aux photographies officielles. Elle s’évalue à la permanence des services, à la traçabilité des dépenses et aux résultats que la population peut encore constater plusieurs années après le départ des gouvernants.

sources: Centro de Periodismo Investigativo

DIRECTION GÉNERALE DU BUDGET

Global Affairs Canada

Ensemble Contre la Corruption

Miami Herald

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