4 juillet 2026
Deux siècles d’indépendance : les Etats-Unis ont bâti des institutions, Haïti défait encore ses propres lois
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Deux siècles d’indépendance : les Etats-Unis ont bâti des institutions, Haïti défait encore ses propres lois

L’Edito du Rezo

Happy Independence Day aux États-Unis, pays qui, depuis 250 ans, a conduit son peuple vers le progrès tout en protégeant jalousement son indépendance, ses institutions et l’intégrité totale de son territoire. Pendant ce temps, Haïti, forte de plus de deux siècles d’existence et de plus d’une vingtaine de constitutions, se retrouve une nouvelle fois face à un pouvoir perçu par ses adversaires comme importé et sans véritable mandat populaire, qui s’apprête à toucher à la Constitution de 1987 à travers un processus électoral contesté dès le départ pour manque de confiance, absence de consensus et insécurité généralisée. Une interrogation persiste : le problème d’Haïti réside-t-il dans ses constitutions successives ou dans son incapacité chronique à respecter et appliquer celles qu’elle adopte ?

Il y a 250 ans, les treize colonies britanniques d’Amérique du Nord proclamaient leur indépendance et donnaient naissance aux États-Unis d’Amérique. Vingt-huit ans plus tard, en 1804, Haïti devenait la première république noire indépendante du monde après avoir vaincu l’une des plus puissantes armées européennes de son époque. Deux peuples issus de guerres de libération, deux nations nées du refus de la domination coloniale, deux expériences historiques qui semblaient alors partager une même promesse d’émancipation.

Deux siècles plus tard, les trajectoires apparaissent pourtant radicalement différentes. Les États-Unis n’ont pas inventé le chemin de fer, né au Royaume-Uni, ni le train à grande vitesse développé plus tard au Japon, en France ou en Chine. Leur réussite réside davantage dans leur capacité à transformer les innovations existantes en instruments de puissance économique, territoriale et industrielle.

Le rail est devenu un outil d’intégration nationale ; les autoroutes interétatiques ont relié les marchés ; les ports ont connecté le pays au commerce mondial ; l’aviation civile a rapproché les centres économiques. Les États-Unis n’ont pas nécessairement créé chacun de ces moyens de locomotion, mais ils les ont intégrés dans une stratégie cohérente de développement national et de consolidation institutionnelle.

Le transport maritime lui-même précédait de plusieurs millénaires la naissance de la puissance américaine. Les civilisations méditerranéennes l’utilisaient déjà pour le commerce et les échanges culturels. Les récits bibliques évoquent régulièrement les embarcations de pêche utilisées sur la mer de Galilée lors des déplacements de Jésus de Nazareth et de ses disciples. Les Européens qui traversèrent l’Atlantique vers le Nouveau Monde empruntèrent cette route ancienne pour atteindre le continent américain et jeter les bases des futures colonies.

La différence fondamentale entre les deux pays ne réside donc pas uniquement dans la technologie ou les infrastructures. Elle se trouve davantage dans la relation entretenue avec l’institution publique et avec la règle de droit. Les États-Unis ont connu des guerres civiles, des crises économiques majeures, des affrontements politiques parfois violents et des périodes de profondes divisions sociales. Pourtant, les institutions ont survécu aux administrations successives et les mécanismes constitutionnels ont continué à encadrer l’exercice du pouvoir.

Haïti, de son côté, demeure confrontée à une réalité plus complexe. Les constitutions se succèdent, les décrets se multiplient, les institutions changent fréquemment de forme ou de composition, tandis que leur autorité réelle reste régulièrement contestée. L’application des lois apparaît souvent variable selon les circonstances politiques du moment plutôt que déterminée par leur seule valeur normative.

Or, l’État de droit repose précisément sur le principe inverse. Le droit n’acquiert sa légitimité que lorsqu’il s’applique indistinctement aux gouvernés comme aux gouvernants. Le vieil adage latin dura lex sed lex rappelle qu’une loi conserve sa force parce qu’elle demeure supérieure aux intérêts particuliers et aux contingences politiques immédiates.

De nombreux chercheurs rappellent également que les contraintes extérieures ont lourdement pesé sur l’évolution d’Haïti : l’indemnité imposée par la France en 1825, les occupations étrangères, les interventions internationales répétées et la dépendance financière chronique ont considérablement limité les capacités de développement du pays. Ces facteurs n’épuisent cependant pas le débat sur la gouvernance interne, la stabilité administrative et la continuité des politiques publiques.

Deux cent vingt-deux ans après l’indépendance haïtienne, la question demeure entière : une nation peut-elle espérer construire des institutions durables lorsque les règles fondamentales sont régulièrement suspendues, réinterprétées ou modifiées au gré des rapports de force politiques ? Les États-Unis ont bâti leur puissance en consolidant progressivement leurs institutions. Haïti continue encore de chercher le chemin permettant à ses propres lois de s’imposer à ceux qui sont chargés de les faire respecter.

Références universitaires :

  • Why Nations Fail, 2012.
  • The Black Jacobins, 1938.
  • Avengers of the New World, 2004.
  • Capitalism and Slavery, 1944.
  • Democracy in America, 1835.
  • The Rise of American Democracy, 2005.
  • Haïti : l’histoire, les hommes et la culture.

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