4 juillet 2026
Jean-Claude « Zo » Chérubin, une lumière pour Haïti, à travers son œuvre Makandal
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Jean-Claude « Zo » Chérubin, une lumière pour Haïti, à travers son œuvre Makandal

Le 26 juin 2026, Haïti a perdu l’un de ses esprits les plus lucides. Jean-Claude Chérubin, dit « Zo », professeur de sociologie politique à l’Université Quisqueya, intellectuel engagé et militant progressiste, s’est éteint à l’âge de 68 ans aux Cayes.

Sa disparition laisse un vide profond dans le paysage intellectuel et moral du pays.

Tout au long de sa vie, Zo Chérubin a incarné le courage de la pensée critique au service du peuple. Dans son texte majeur Le Courage de la paix (mai 2025), il lançait un appel d’urgence pour sortir du « piège infernal de la violence génocidaire et autodestructrice ».

Refusant le fatalisme et la résignation, il dénonçait la spirale mortifère où banditisme légal et zones de non-droit se nourrissent mutuellement. Pour lui, la paix n’était pas l’absence de guerre, mais un acte exigeant de justice sociale, de dialogue et de rupture avec la culture du plus fort.

Professeur exigeant, il a formé des générations d’étudiants au Centre d’Études Secondaires et à l’Université Quisqueya.

Ses analyses sur la culture politique haïtienne, marquée par l’héritage dictatorial et l’absence de compromis, restent d’une brûlante actualité. Chercheur, il a notamment exploré la figure de Makandal comme « Imam du Nouveau Monde », symbole de sacrifice, de syncrétisme spirituel et de résistance visionnaire.

Militant, il s’est engagé aux côtés du Mouvement Paysan de Papaye (MPP) et de formations progressistes comme Kontrapèpla, plaidant pour une gouvernance écologique, inclusive et souveraine.

Ses interventions dans la presse (AlterPresse, Le Nouvelliste) et sur les ondes rappelaient sans cesse que « se pa lagè k ap pote lapè an Ayiti ». Face aux gangs et à l’effondrement, il appelait au courage de la nuance, de la justice et de la construction patiente plutôt qu’à la force brutale.

Les hommages du MPP et de Kontrapèpla, qui l’ont salué comme un « grand mapou », ainsi que les funérailles prévues le 17 juillet 2026 aux Cayes, témoignent de son enracinement populaire.

Zo n’était ni populiste ni élitiste : il était un pont entre savoir et action, entre passé de résistance et avenir à bâtir.

Aujourd’hui, son legs nous interpelle. Dans un Haïti fracturé, son appel au « courage de la paix » doit devenir notre boussole. La vraie radicalité réside dans la défense obstinée de la vie et de la dignité.

Jean-Claude « Zo » Chérubin n’est pas parti. Il demeure dans chaque conscience qu’il a éveillée et dans chaque combat pour une Haïti juste et souveraine.

Que la terre des Cayes lui soit légère. Merci, Zo, pour ta lumière. Nous la porterons.

Analyse des concepts de Makandal selon Jean-Claude « Zo » Chérubin

Jean-Claude Chérubin (« Zo »), dans son ouvrage Makandal, donc Je Suis, l’Imam du Nouveau Monde (et dans sa version anglaise annoncée, Makandal, I Am, Imam of the New World), propose une relecture profonde et originale de la figure historique de François Makandal (ou Mackandal), le marron exécuté au Cap-Français en 1758.

Chérubin ne se limite pas à la biographie classique du rebelle empoisonneur. Il en fait un archétype spirituel, politique et civilisationnel. Voici une analyse structurée des principaux concepts qu’il développe.

1. Makandal comme « Imam du Nouveau Monde » : l’introduction d’un islam conscient et visionnaire en Amérique

Chérubin présente Makandal non seulement comme un leader marron et un maître des poisons, mais comme le premier Imam du Nouveau Monde. Il incarne un islam vécu, prophétique et engagé, dans la lignée des prophètes bibliques et coraniques.

  • Vision africaine originelle : selon la tradition orale haïtienne recueillie par Chérubin, Makandal aurait eu, en Afrique, une vision mystique lui annonçant sa mission de libération des Africains réduits en esclavage en Occident. Il se serait alors volontairement laissé capturer, transformant sa déportation en acte sacrificiel conscient.
  • Leadership « God-conscious » : Makandal n’est pas un simple sorcier ou houngan vaudou (bien que ces dimensions existent dans d’autres lectures). Il est un guide spirituel qui reconnaît la vérité divine dans les diverses traditions africaines et amérindiennes. Son islam est inclusif et syncrétique, capable d’embrasser et d’unifier sans effacer les autres spiritualités.

Ce concept rompt avec une vision eurocentrée ou purement vaudouisante de Makandal. Il en fait un pont entre l’Afrique musulmane, possiblement ouest-africaine, et la naissance d’une conscience diasporique islamo-africaine dans les Amériques.

2. Le sacrifice et la traversée : « Donc je suis »

Le titre Makandal, donc Je Suis fait écho au cogito cartésien, mais le renverse dans une perspective existentielle et collective afro-diasporique. L’être (« Je suis ») se fonde sur le sacrifice et la résistance.

  • Sacrifice volontaire : Makandal accepte l’esclavage comme mission. Sa mutilation (la perte d’un bras dans un moulin), sa fuite, son organisation des réseaux de marronnage et d’empoisonnement deviennent autant d’étapes d’une initiation révolutionnaire.
  • Métamorphose et immortalité : la légende de son évasion du bûcher (transformation en insecte ou envol) n’est pas un simple folklore. Chérubin y voit le symbole de la continuité de l’esprit de résistance : Makandal « reviendra » à travers Boukman, Dessalines et la Révolution haïtienne de 1791-1804. Sa mort physique fonde une présence spirituelle éternelle.

3. Syncrétisme spirituel et connaissance holistique

Un concept central chez Chérubin est la capacité de Makandal à reconnaître la vérité dans des traditions multiples.

  • Connaissance botanique et pharmacologique africaine (poisons et remèdes) mise au service de la lutte.
  • Intégration des savoirs amérindiens et des pratiques spirituelles des esclaves.
  • Refus du dualisme absolu : Makandal n’oppose pas rigidement islam et vaudou, mais les articule dans une résistance holistique contre l’ordre colonial chrétien esclavagiste.

Makandal devient ainsi un nganga nkisi (créateur d’objets chargés pour les esprits, selon les traditions kongo) et un maître des poisons, mais surtout un unificateur culturel. Son nom lui-même renverrait à des notions d’amulette, de charme ou de paquet rituel (makanda, makwanda).

4. Dimensions politiques et révolutionnaires

Chérubin relie Makandal à une véritable géopolitique de la libération.

  • Précurseur de la Révolution haïtienne : son complot d’empoisonnement massif (1757-1758) sème la terreur chez les colons et préfigure l’insurrection générale de 1791.
  • Critique de l’ordre colonial : Makandal incarne le refus de l’humiliation, l’auto-libération du « nègre marron » et la reconquête de la souveraineté.
  • Message contemporain : pour Chérubin, l’esprit de Makandal interpelle l’Haïti d’aujourd’hui face aux nouvelles formes de domination, de violence et d’autodestruction. La paix et la justice exigent toujours le même courage visionnaire et sacrificiel.

5. Héritage et actualité

À travers ce travail, Chérubin, spécialiste de l’histoire et de la culture haïtiennes, contribue à une réappropriation afrocentrée et islamo-spirituelle de l’histoire nationale.

Il enrichit le panthéon des ancêtres en soulignant la diversité des influences africaines musulmanes, animistes et amérindiennes qui ont nourri la Révolution haïtienne.

Critiques et portée

Cette lecture peut être considérée comme une interprétation militante qui valorise les traditions orales face aux archives coloniales fragmentaires.

Elle dialogue avec d’autres représentations de Makandal, notamment celle d’Alejo Carpentier dans Le Royaume de ce monde, où Makandal apparaît comme un magicien métamorphe, ainsi qu’avec les récits vaudou classiques. Sans les contredire, elle leur ajoute une dimension islamique et prophétique cohérente avec une partie de l’héritage ouest-africain.

Les concepts développés par Jean-Claude « Zo » Chérubin autour de Makandal s’articulent autour de la conscience visionnaire, du sacrifice fondateur, du syncrétisme libérateur et de l’immortalité de la résistance.

Makandal n’est pas seulement un rebelle du XVIIIᵉ siècle : il devient un archétype du « Nouveau Monde » noir, un modèle de leadership spirituel et politique dont l’appel résonne encore dans la quête haïtienne de dignité, de justice et de souveraineté.

L’œuvre de Zo Chérubin invite à lire l’histoire non comme un passé clos, mais comme une force vive permettant d’affronter les crises du présent.

Marcelin Montaigne

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