Deux siècles après l’exclusion d’Haïti du Congrès de Panama, la présence de Raina Forbin à l’OEA fait débat
La participation de l’haitiano-américaine Raina Forbin, ministre de facto des Affaires Etrangères, à la 56e Assemblée générale de l’OEA, à Panama, continue de provoquer des réactions dans les milieux diplomatiques haïtiens. Selon l’OEA, cette session s’est tenue sous le thème du bicentenaire du Congrès amphictyonique de Panama, avec le ministre panaméen Javier Martínez-Acha Vásquez comme président de l’Assemblée générale et la ministre haïtienne des Affaires étrangères comme vice-présidente.
Un ancien chef de mission diplomatique haïtien, ayant requis l’anonymat, a confié à Rezo Nòdwès que la présence haïtienne à ce niveau protocolaire posait un sérieux problème de mémoire d’État. « Haïti aurait dû se faire représenter à un rang inférieur », estime-t-il, jugeant qu’un tel choix aurait transmis un message politique plus cohérent avec l’histoire.
Pour ce diplomate de belle eau, le Panama ne pouvait être abordé comme une simple réunion multilatérale. Le Congrès de Panama de 1826 fut conçu autour d’un projet d’unité continentale, mais Haïti en fut tenue à l’écart, malgré l’aide fournie auparavant par Alexandre Pétion à Simón Bolívar. Des travaux universitaires rappellent que l’exclusion d’Haïti participa à l’ordre colonial et racial du XIXe siècle, au moment même où les jeunes républiques hispano-américaines structuraient leur diplomatie régionale.
« Un tel geste résonnerait fort et leur rappellerait l’ingratitude envers leur bienfaiteur », ajoute la source diplomatique, en référence au rôle joué par Haïti dans les luttes d’indépendance latino-américaines. Selon lui, la représentation haïtienne aurait dû porter une parole de rappel historique, au lieu de se limiter au langage institutionnel habituel.
Le diplomate insiste sur une règle de métier : « Diplomatie et faits historiques riment. Un bon diplomate doit connaître des faits historiques importants de son pays et du pays hôte. » Il cite un précédent au Panama : lors de l’inauguration d’une salle liée au Congrès de Panama au ministère panaméen des Relations extérieures, le corps diplomatique avait été invité, mais il avait refusé d’y prendre part « en [sa] qualité de chef de mission diplomatique d’Haïti ».
Cette position tranche avec la ligne officielle adoptée à Panama. Raina Forbin y a participé à des discussions sur la sécurité et la stabilisation d’Haïti, notamment autour d’une initiative UE-OEA de 10 millions d’euros pour construire cinq bases opérationnelles avancées à Port-au-Prince afin de renforcer la Police nationale d’Haïti. Le secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, a de son côté évoqué la nécessité d’une transition haïtienne orientée vers la sécurité, l’ordre constitutionnel et des élections crédibles.
Pour l’ancien diplomate, la diplomatie haïtienne ne peut se réduire à demander de l’assistance ou à occuper des sièges honorifiques. « Il est toujours important de rappeler aux partenaires internationaux certaines actions ou certaines décisions qui impactent négativement le cours de l’histoire », dit-il, avant d’ajouter que les générations présentes et futures doivent connaître ces épisodes afin de mieux orienter leurs propres choix.
Soulignons que Raina Forbin n’avait, jusqu’alors, jamais fait carrière dans la diplomatie haïtienne. Des organismes de défense des droits humains et de la société civile ont relayé des informations selon lesquelles Laurent Saint-Cyr l’aurait portée à ce poste à la faveur des circonstances, sans tenir compte des interrogations entourant son statut de citoyenne américaine et son inscription présumée comme électrice démocrate aux États-Unis.

