Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 27 juin 2026
Lorsque Henry T. Wooster affirme que le principal problème du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) résiderait dans une « profonde corruption criminelle », son constat soulève une question plus vaste : les États-Unis peuvent-ils dénoncer les conséquences d’un système politique auquel ils ont eux-mêmes accordé une reconnaissance diplomatique et un soutien politique ?
Depuis plusieurs décennies, Washington s’impose comme l’un des acteurs étrangers les plus influents dans les affaires haïtiennes. Les gouvernements changent, les ambassadeurs se succèdent, mais une constante demeure : les États-Unis continuent de peser lourdement sur les grandes orientations politiques du pays.
Aujourd’hui, Henry T. Wooster dresse un acte d’accusation contre le CPT. Mais où étaient ces mêmes exigences lorsque cette structure était présentée comme une solution crédible à la crise haïtienne ? Pourquoi soutenir un mécanisme politique pour ensuite en dénoncer publiquement les dérives ?
Le premier scandale : une influence sans responsabilité
Washington intervient régulièrement dans les crises politiques haïtiennes. Les compromis sont encouragés, certains dirigeants bénéficient d’une reconnaissance internationale, d’autres en sont privés. Pourtant, lorsque ces expériences échouent, la responsabilité semble toujours reposer exclusivement sur les Haïtiens.
Cette posture interroge. Si les États-Unis ont contribué à soutenir des arrangements politiques, ils ne peuvent raisonnablement se présenter comme de simples observateurs lorsque ces arrangements produisent des résultats décevants.
Le second scandale : une succession de solutions provisoires
Depuis des décennies, Haïti accumule les transitions, les accords politiques, les missions internationales et les promesses de stabilisation. Malgré cela, les institutions demeurent fragiles, l’insécurité s’aggrave, l’économie reste sous pression et la confiance de la population continue de s’éroder.
Beaucoup d’Haïtiens s’interrogent : pourquoi, après tant d’années d’implication internationale, les mêmes crises reviennent-elles avec une telle régularité ? Cette question mérite d’être posée sans détour.
Le CPT porte sa part de responsabilité, mais pas toute l’histoire
Le Conseil Présidentiel de Transition peut être critiqué pour ses divisions, ses lenteurs et ses résultats limités. Ces critiques existent et elles sont légitimes.
Mais réduire l’effondrement de l’État haïtien au seul CPT reviendrait à effacer des décennies de crises politiques, de mauvaises décisions nationales, ainsi que le rôle des partenaires internationaux qui ont accompagné, soutenu ou validé plusieurs formules de gouvernance successives.
Lorsque Henry T. Wooster demande quel problème les États-Unis n’auraient pas eu avec le CPT, une autre interrogation mérite d’être posée : quelles politiques internationales ont permis de bâtir des institutions haïtiennes solides, durables et pleinement souveraines ?
Le temps des vérités
Le peuple haïtien n’a pas besoin de leçons sélectives. Il a besoin d’un débat honnête où chaque acteur assume sa part de responsabilité.
Les dirigeants haïtiens doivent répondre de leurs décisions devant leur peuple. Mais les partenaires étrangers, lorsqu’ils influencent durablement les choix politiques d’un État, ne peuvent prétendre être totalement étrangers aux résultats obtenus.
La souveraineté ne peut être invoquée uniquement lorsque les crises éclatent. Elle doit aussi être respectée lorsque les décisions politiques se construisent.
L’avenir d’Haïti ne pourra émerger ni de l’impunité des dirigeants nationaux, ni d’une relation internationale où les responsabilités seraient systématiquement à sens unique. Si Washington souhaite contribuer à la reconstruction d’Haïti, cette relation devra reposer sur la cohérence, le respect de la souveraineté et une responsabilité partagée, plutôt que sur des condamnations prononcées après coup.
Reynoldson Mompoint
Avocat au Barreau de Mirebalais
Communicateur Social
Journaliste
+50937186284

