par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 24 juin 2024
Le silence du peuple est devenu la plus grande force du pouvoir
Il existe des gouvernements qui échouent. Il existe des gouvernements qui mentent. Il existe des gouvernements qui promettent sans agir. Mais le plus grand danger pour une nation survient lorsque le peuple finit par considérer l’échec comme une fatalité. C’est peut-être là le véritable drame de l’ère Alix Didier Fils-Aimé.
Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles. Chaque semaine apporte de nouvelles promesses. Chaque mois apporte de nouvelles explications. Mais la vie du citoyen ordinaire demeure prisonnière de la peur, de l’insécurité, de la misère et de l’absence d’État. Le pays s’effondre lentement sous les yeux de ses dirigeants. Et pourtant, le pouvoir continue de parler comme s’il gouvernait une réussite.
Une nation prise en otage par l’inaction
Les Haïtiens n’ont pas besoin qu’on leur explique la crise. Ils la vivent. Ils la subissent. Ils l’endurent. Ils la respirent.
Les déplacés n’ont pas besoin de statistiques. Les victimes n’ont pas besoin de communiqués. Les familles terrorisées n’ont pas besoin de conférences diplomatiques. Elles ont besoin de résultats. Or, ce sont précisément ces résultats qui manquent. Le gouvernement demande du temps. Le peuple, lui, perd son avenir.
L’heure de la conscience nationale
La question n’est plus seulement celle du gouvernement. La question est celle de la société elle-même. Jusqu’à quand les citoyens accepteront-ils que l’échec soit présenté comme un progrès ? Jusqu’à quand les promesses remplaceront-elles les réalisations ? Jusqu’à quand l’effondrement de l’État sera-t-il considéré comme une simple péripétie politique ?
Une nation ne se sauve pas uniquement par ses dirigeants. Elle se sauve lorsque ses citoyens refusent de devenir spectateurs de leur propre déclin.
Le devoir de dire non
Dire non à l’échec. Dire non à l’incompétence. Dire non à l’inaction. Dire non à la banalisation de la souffrance collective.
Ce refus n’est pas un acte de violence. C’est un acte de conscience. C’est le fondement même de toute démocratie digne de ce nom. Un peuple qui ne questionne plus ses dirigeants devient leur prisonnier. Un peuple qui exige des comptes demeure souverain.
Le jugement de l’Histoire approche
Alix Didier Fils-Aimé pourra invoquer les circonstances. Il pourra invoquer l’héritage reçu. Il pourra invoquer les contraintes. Mais l’Histoire ne retiendra qu’une seule chose : Le pays était-il plus sûr ? Le pays était-il mieux gouverné ? Le pays avançait-il ? Si la réponse demeure négative, alors aucun discours ne pourra masquer la réalité.
Et lorsque les peuples prennent conscience que leur résignation nourrit leur propre malheur, les équilibres politiques changent toujours. Pas par la violence. Pas par le chaos. Mais par l’éveil collectif, l’exigence citoyenne et le refus catégorique d’accepter l’inacceptable. Car un peuple qui retrouve sa conscience devient une force qu’aucun gouvernement ne peut ignorer.
Reynoldson Mompoint
Avocat au Barreau de Mirebalais
Communicateur Social
Journaliste
+50937186284

