18 juin 2026
Guterres en Haïti : Le directeur général du Laboratoire Mondial des crises vient prendre des échantillons
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Guterres en Haïti : Le directeur général du Laboratoire Mondial des crises vient prendre des échantillons

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 18 juin 2026

Une visite annoncée comme historique, mais qui ne changera absolument rien

Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, est arrivé en Haïti sous les projecteurs des médias internationaux, escorté par le cérémonial diplomatique habituel et accompagné de la rhétorique compassionnelle qui accompagne traditionnellement les visites des grands dignitaires de la communauté internationale.

À l’entendre, l’heure est à la solidarité. À l’écouter, le monde est préoccupé. À le voir, l’ONU est mobilisée.

Pourtant, derrière les sourires diplomatiques, les poignées de main officielles et les déclarations soigneusement calibrées, une vérité demeure implacable : cette visite ne changera rien à la réalité quotidienne des Haïtiens. Les gangs ne déposeront pas leurs armes. Les déplacés ne retourneront pas chez eux. Les kidnappings ne cesseront pas. Les institutions ne retrouveront pas miraculeusement leur crédibilité. Le peuple haïtien ne mangera pas davantage demain qu’hier.

La visite de Guterres est avant tout une opération d’observation, une mission d’évaluation destinée à enrichir les bases de données des centres de décision internationaux.

Haïti : le rat de laboratoire préféré de la communauté internationale

Depuis la chute de la dictature en 1986, Haïti est devenue le plus vaste laboratoire politique de l’hémisphère occidental. Ici, tout a été expérimenté.

Des missions civiles. Des missions militaires. Des missions de paix. Des gouvernements provisoires. Des transitions négociées. Des dialogues nationaux. Des conférences internationales. Des groupes d’amis d’Haïti. Des groupes de soutien à Haïti. Des programmes de stabilisation. Des programmes de reconstruction. Des programmes de renforcement institutionnel. Des milliards de dollars ont été injectés. Des milliers d’experts ont été déployés. Des dizaines de rapports ont été publiés.

Pour quel résultat ?

Une nation plus pauvre. Un État plus faible. Des institutions plus discréditées. Une insécurité plus brutale. Jamais autant d’argent n’a été dépensé pour produire aussi peu de résultats durables.

Le grand paradoxe de l’ONU : tout savoir, tout comprendre, ne rien résoudre

Personne ne connaît mieux la crise haïtienne que les Nations Unies. L’ONU connaît les réseaux criminels. L’ONU connaît les corridors d’armes. L’ONU connaît les circuits financiers. L’ONU connaît les responsables politiques compromis. L’ONU connaît les liens entre certains acteurs économiques et les groupes armés. L’ONU connaît les causes profondes de l’effondrement institutionnel.

Depuis des décennies, des experts rédigent des rapports détaillés sur chacun de ces phénomènes. Alors pourquoi la situation continue-t-elle de se détériorer ?

Parce que comprendre une crise n’est pas la résoudre. Parce que produire des rapports n’est pas gouverner. Parce que diagnostiquer une maladie n’est pas la guérir.

L’ONU possède aujourd’hui probablement davantage d’informations sur Haïti que l’État haïtien lui-même. Pourtant, le malade continue de s’enfoncer.

La crise haïtienne : une industrie internationale extrêmement rentable

Il existe autour de la tragédie haïtienne une véritable économie de la crise.

Des consultants vivent de la crise. Des ONG vivent de la crise. Des organismes internationaux vivent de la crise. Des experts vivent de la crise. Des diplomates bâtissent leur carrière sur la crise. Des conférences sont financées grâce à la crise. Des projets sont renouvelés grâce à la crise. Des budgets sont justifiés grâce à la crise.

La crise est devenue un marché. Et comme tout marché prospère, il nécessite une matière première. Cette matière première s’appelle le malheur du peuple haïtien. Plus la crise dure, plus les structures qui la gèrent trouvent une justification à leur existence.

Voilà pourquoi certains Haïtiens considèrent aujourd’hui que la communauté internationale est devenue plus performante dans la gestion de la crise que dans sa résolution.

Les architectes du chaos regardent leur œuvre

Il serait intellectuellement malhonnête d’affirmer que l’ONU est seule responsable de la situation actuelle.

Les élites politiques haïtiennes portent une responsabilité écrasante. Les gouvernements successifs portent une responsabilité historique. Certains secteurs économiques portent également leur part de responsabilité.

Mais il serait tout aussi malhonnête de prétendre que la communauté internationale est un simple spectateur innocent. Pendant des décennies, elle a participé à la sélection des acteurs politiques considérés comme fréquentables. Elle a cautionné certaines transitions. Elle a soutenu certains accords. Elle a fermé les yeux sur certaines dérives. Elle a encouragé certaines solutions qui ont produit davantage de problèmes qu’elles n’en ont résolus.

Aujourd’hui, Antonio Guterres arrive dans un pays dont l’effondrement est aussi le résultat de plusieurs décennies d’échecs internationaux.

Le peuple haïtien n’a plus besoin de compassion, mais de vérité

Les Haïtiens sont fatigués des discours. Fatigués des promesses. Fatigués des conférences. Fatigués des missions exploratoires. Fatigués des évaluations. Fatigués des diagnostics.

Le peuple connaît déjà son problème. Il le vit chaque jour. Il n’a pas besoin qu’un haut fonctionnaire international lui explique qu’il souffre. Il souffre déjà.

Ce qu’il attend, ce sont des résultats.

Pas des constats. Pas des communiqués. Pas des photographies protocolaires. Pas des déclarations de circonstance.

Guterres repartira avec des notes, Haïti restera avec ses blessures

Dans quelques heures ou quelques jours, Antonio Guterres quittera Haïti. Son avion décollera.

Les caméras disparaîtront. Les délégations rentreront dans leurs hôtels. Les rapports seront rédigés. Les recommandations seront compilées. Les experts analyseront les données recueillies. Les diplomates débattront.

Les institutions internationales publieront de nouveaux documents.

Mais à Cité Soleil, les armes seront toujours là. À Carrefour-Feuilles, les déplacés seront toujours là. À Solino, la peur sera toujours là. À Martissant, l’insécurité sera toujours là. Et dans tout le pays, le sentiment d’abandon sera toujours là.

La visite d’un médecin qui refuse d’opérer

Antonio Guterres arrive comme un médecin qui connaît parfaitement la maladie, qui possède des années d’analyses médicales, qui consulte encore une fois le patient, qui prend sa température, qui examine ses blessures, qui rédige un nouveau rapport clinique, mais qui refuse toujours de pratiquer l’opération capable de sauver le malade.

Haïti est devenue l’objet d’une expertise mondiale sans précédent. Chaque acteur international prétend comprendre le problème. Mais personne ne semble prêt à affronter toutes les vérités qui permettraient de le résoudre.

Ainsi, la visite du secrétaire général des Nations Unies risque d’entrer dans l’histoire comme une visite supplémentaire destinée à enrichir les archives du laboratoire mondial des crises.

Un laboratoire où Haïti demeure depuis trop longtemps le sujet d’étude préféré, le patient permanent, l’expérience inachevée. Pendant ce temps, le peuple haïtien continue d’attendre ce qu’aucun rapport n’a encore réussi à produire : sa libération de l’enfer.

Reynoldson MOMPOINT

Avocat au Barreau de Mirebalais

Communicateur Social

Journaliste

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