L’Édito du Rezo
Haïti, théâtre national : Fils-Aimé et Uder Antoine, deux révoqués toujours aux commandes
Haïti ressemble parfois à une scène de boulevard des pieds poudrés où les personnages sortent par la porte officielle pour revenir par la fenêtre du pouvoir. Alix Didier Fils-Aimé, révoqué par le CPT depuis novembre, demeure encore en poste en juin. Le secteur privé des affaires, loin de s’en offusquer, paraît lui accorder une caution politique, y compris face à un décret contesté dans sa totale constitutionnalité.
Même scénario au CEP : Uder Antoine, révoqué par les conseillers électoraux, retrouve son bureau, ses fonctions et même des attributions additionnelles. Dans un État normal, une révocation produit des effets. En Haïti, elle devient parfois une pause-café administrative.
Quelle belle paire de trappes de suspension : l’un renvoyé mais encore un géant de papier dans sa peau de chef du gouvernement de doublure, l’autre écarté mais toujours directeur exécutif. Deux hommes suspendus dans le vide institutionnel, mais solidement installés dans les fauteuils, impunité oblige.
Le pays de l’impossible continue donc sa comédie politique : les décisions existent sur papier, les concernés restent au pouvoir, et les institutions, elles, font semblant de respirer. Pauvre pays… Que dire d’une nation qui, autrefois, a pourtant donné naissance à de si grands hommes ?

