Deux hommes en rébellion ouverte contre les institutions — Alix Didier Fils-Aimé et son « pion » habilement placé à l’intérieur du CEP, le Directeur général fraîchement nommé M. Uder Antoine — s’apprêtent désormais, avec l’appui de la communauté internationale et le silence complice de partis politiques comme Lavalas et le PHTK, à prendre les rênes du processus électoral haïtien au moment où l’attention du pays et de sa diaspora est captée par la Coupe du monde 2026.
Après s’être rebellé et avoir réussi à se débarrasser du Conseil présidentiel de transition (CPT) en février 2026, Alix Didier Fils-Aimé poursuit sans relâche sa stratégie de consolidation du pouvoir.
Le Premier ministre met aujourd’hui en place son propre décret électoral, taillé sur mesure pour lui permettre de contrôler entièrement le processus qui désignera les prochains dirigeants d’Haïti.
Pour mettre en exécution son plan visant à prendre le contrôle total du processus électoral, Fils-Aimé entend profiter de la distraction nationale et internationale créée par la participation historique de la sélection haïtienne à la Coupe du monde 2026 de football.
Tandis que le pays et la diaspora vibrent au rythme des Grenadiers, le Premier ministre et son entourage, avec la complicité de certains partis politiques et d’organisations de la société civile, prépareraient dans l’ombre les conditions d’un verrouillage institutionnel sans précédent.
La « trahison » spectaculaire d’Uder Antoine au cœur du scandale
Le mardi 2 juin 2026, à J-5 de la fin de son mandat intérimaire, Fils-Aimé a convoqué les membres du Conseil électoral provisoire (CEP) afin de leur imposer un décret rédigé par la Primature.
Le CEP a réagi avec fermeté, dénonçant un texte « totalement différent » de sa propre version soumise le 24 avril et qualifiant la démarche de décision au « caractère inconstitutionnel » qui « viole le principe d’indépendance de tout Conseil électoral ».
L’institution a rappelé que « l’initiative d’élaboration du projet de décret électoral relève de la compétence exclusive du CEP ».
Malgré cette opposition, le Premier ministre a fait adopter son décret et a nommé M. Uder Antoine au poste de Directeur général du CEP, avec des pouvoirs renforcés prévus à l’article 17.
Or, selon cette analyse, le cœur du scandale réside dans le rôle joué par Uder Antoine.
Recruté par le CEP lui-même comme Directeur exécutif le 14 avril 2026, il aurait, moins de deux mois plus tard, rompu avec l’institution qui l’avait choisi pour se rapprocher du pouvoir exécutif.
Alors que son nom circulait dans les médias comme futur Directeur général nommé par le gouvernement, il aurait cessé toute communication avec les membres du CEP pendant près de vingt-quatre heures, selon une note publiée par le Conseil.
Face à cette situation, le mercredi 3 juin 2026, huit des neuf membres du CEP ont adopté une mesure conservatoire lui interdisant formellement l’accès aux locaux du Conseil jusqu’à nouvel ordre.
Cette décision, signée notamment par le président Jacques Desrosiers et le vice-président Jaccéus Joseph, est présentée comme la preuve d’une infiltration de l’institution.
Uder Antoine n’était pas un simple fonctionnaire : il était, selon cette lecture des événements, un véritable cheval de Troie placé au sein d’une institution dont il connaissait parfaitement les rouages.
Deux hommes en rébellion ouverte contre les institutions — Alix Didier Fils-Aimé et son « pion » à l’intérieur du CEP, Uder Antoine — s’apprêteraient désormais, avec l’appui de la communauté internationale et le silence complice de certains partis politiques, à prendre le contrôle du processus électoral haïtien.
La logique implacable de Fils-Aimé : le contrôle total par étapes
La stratégie attribuée au Premier ministre est décrite comme méthodique et progressive :
1. Infiltration
S’assurer de la présence d’un homme loyal à un poste stratégique de direction au sein du CEP.
2. Trahison et sabotage
Retourner cet individu contre l’institution afin de provoquer une crise interne et d’affaiblir son fonctionnement.
3. Installation manu militari
Face à l’interdiction prononcée par le CEP, Fils-Aimé pourrait utiliser la force publique pour imposer physiquement Uder Antoine dans les locaux du Conseil.
Celui-ci deviendrait alors le véritable maître opérationnel de l’institution.
4. Purge des membres actuels
Une fois Antoine installé, les conseillers pourraient être empêchés d’accéder aux locaux sous divers prétextes liés à la sécurité ou à la continuité des opérations.
Ils seraient ensuite remplacés par un nouveau CEP considéré comme plus favorable au pouvoir exécutif.
Cette séquence permettrait, selon cette analyse, de transformer complètement le CEP en simple courroie de transmission de l’Exécutif.
L’appui international et la distraction de la Coupe du monde
Le BINUH a déjà salué la promulgation du décret électoral, offrant ainsi une couverture diplomatique importante à cette opération.
Pendant que l’attention du pays est largement tournée vers la Coupe du monde 2026, le pouvoir exécuterait discrètement son plan de prise de contrôle de l’organe électoral.
Conclusion
La controverse entourant Uder Antoine dépasse largement le cadre d’un simple différend administratif.
Elle illustre la profondeur de la crise institutionnelle haïtienne, où même des cadres recrutés par une institution indépendante peuvent être accusés d’agir contre celle-ci.
Après avoir neutralisé le CPT, Fils-Aimé s’attaquerait désormais au dernier contre-pouvoir qui lui résistait encore, en utilisant un acteur placé au cœur même du CEP comme principal levier d’action.
Avec l’appui de la communauté internationale, le Premier ministre et l’ancien Directeur exécutif devenu Directeur général s’apprêteraient à piloter le processus électoral qui déterminera l’avenir politique du pays.
Le compte à rebours se poursuit.
À J-3 du terme officiel de son mandat, le rideau semble tomber progressivement sur ce qui restait de l’indépendance du processus électoral haïtien.

