29 mai 2026
Neuvième partie  »IL FAUT SAUVER CARTHAGE », de Robert Lodimus 
Actualités Culture

Neuvième partie  »IL FAUT SAUVER CARTHAGE », de Robert Lodimus 

Robert Lodimus

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Il faut sauver Carthage

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Neuvième partie

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Pour les Carthages du monde

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« Le moyen ne peut être justifié que par la fin. Mais la fin a besoin aussi de justification. Du point de vue du marxisme, qui exprime les intérêts historiques du prolétariat, la fin est justifiée si elle mène à l’accroissement du pouvoir de l’homme sur la nature et à l’abolition du pouvoir de l’homme sur l’homme. »

                                                                                           (Léon Trotsky)

Mémoires d’Humanité : Archives départementales de la Seine-Saint-Denis

     Nous avons abondamment expliqué, au cours de cette série, – dans laquelle nous utilisons le mot Carthage, qui représenta une cité prospère de l’antiquité, comme métaphore –, que les puissances esclavagistes ne sont pas disposées à soutenir véritablement les efforts de développement et d’autodétermination des pays qu’elles maintiennent elles-mêmes sous la dépendance et la domination du « Capital ». Yalta, cette ville historique de Crimée où se rencontrèrent en février 1945 Franklin D. Roosevelt des États-Unis, Winston Churchill du Royaume uni, Joseph Staline de l’Union soviétique, symbolise le lieu de la manifestation du cynisme des puissances impérialistes. Les futurs vainqueurs de la seconde guerre mondiale séparèrent entre eux la terre, l’océan et l’espace, avant même la défaite officielle de l’Allemagne et la capitulation du Japon. Aujourd’hui, il faut donc comprendre que chaque individu, qui fait partie de la classe universelle défavorisée, demeure la propriété de l’impérialisme. Yalta fut la consécration de l’horreur et de la voracité du néocolonialisme. Les quatre pays qui vainquirent Hitler (Allemagne), Mussolini (Italie), Hirohito (Japon)…, divisèrent les pays et les familles. L’Allemagne fut déchirée en deux : la République fédérale d’Allemagne (RFA) et la République démocratique allemande (RDA). Tous les citoyens allemands avaient des parents de l’autre côté de la grande et épaisse muraille. Les gouvernements hégémoniques créèrent deux pays sur un même territoire. 

     Dans les Antilles, cette situation commença avec Ayiti. Deux États, la République dominicaine et la République d’Haïti, qui évoluent de façon tout à fait inégale sur une même île, n’arrivent pas à vivre jusqu’à présent dans une saine atmosphère de cohabitation. Nous citons encore : Corée du Nord et Corée du Sud, Chine et Taïwan, Israël et Palestine, Ukraine et Crimée, etc. Grâce à Vladimir Poutine de Russie, La Syrie de Bachar al-Asad a pu échapper à l’émiettement, au morcellement de ses terres. Après 22 années de division territoriale imposée en 1954 par les accords de Genève, le Viêt Nam put se réunifier en 1976, pour emprunter un chemin de redressement social, politique, économique et culturel. La faiblesse divise et asservit. La force unit et libère. La dernière s’obtient par l’union et la solidarité entre les individus, les peuples et les États. C’est peut-être la voie que préconisait l’empereur Jean-Jacques Dessalines pour les Haïtiens et les Dominicains, après avoir fondé la République. La partie orientale de l’île doit son existence à un événement historique. Elle émana des Traités signés les 20 et 21 septembre 1697 à Ryswick en Hollande, qui permirent de faire cesser la guerre entre la France de Louis XIV et la Ligue d’Augsbourg, qui représentait une majorité des pays de l’Europe. De ce fait, le projet de réunification de l’île ne serait pas guidé par une appétence, un souhait, un désir qui s’inscrirait dans l’irréalisme ou l’utopisme. L’histoire n’est pas statique. Elle se déplace, évolue avec le temps : allant dans une direction ou dans une autre, selon sa bonne convenance.

     Le terme « victoire » possède deux côtés comme une médaille. Il peut être vu aussi comme des angles opposés par le sommet: gloire et déshonneur. L’extermination de l’armée hitlérienne et ses alliés fut bien accueillie dans le monde en 1945. Les livres, les médias, les documentaires cinématographiques en parlent de façon élogieuse. Le triomphe extraordinaire des esclaves africains des troupes napoléoniennes à Saint-Domingue soulève des sentiments d’admiration de la part des États anticolonialistes et progressistes. Il y a également de ces victoires qui portent des traces de saleté, de laideur et de réprobation. Hiroshima, Nagasaki en 1945, Haïti en 1915, Nicaragua en 1915, République dominicaine en 1965, Timor Oriental en 1975, Irak en 2001, sont des preuves éloquentes de « victoire sans gloire ». Les États-Unis eux-mêmes gardent les souvenirs bouleversants de deux événements qui ne se désinscriront jamais de leur mémoire : l’écrasement de leur flotte navale du Pacifique stationnée à Pearl Harbor par les forces nippones le 7 décembre 1941, et l’attaque meurtrière du 11 septembre 2001 menée par les Djihadistes d’Oussama Ben Laden contre la ville de New York. 

     En moins de dix ans, les politiciens procapitalistes sont parvenus à désengrener tous les organes vitaux de l’État haïtien. Plus rien ne fonctionne dans ce pays. À l’exception, bien entendu, des différentes filières locales et internationales du crime organisé, qui rançonnent et endeuillent les familles apeurées. Les analystes politiques, étrangers et nationaux, en sont arrivés à la même conclusion : l’avenir de la population haïtienne est sérieusement menacé. Nos prévisions, en ce sens, demeurent également apocalyptiques. Nous croyons nous-mêmes que les Haïtiens auraient pu, s’ils le désiraient réellement, bénéficier de l’assistance auprès des États plus coopératifs. Plus conciliants. Moins rapaces. Nous sommes convaincus que des puissances économiques et politiques, comme la Russie, la Chine, pour ne citer que celles-ci, seraient capables de les aider – avec  moins d’hypocrisie –, à surmonter les obstacles de périclitation. 

Autour de la rhétorique et du positionnement antisystèmes   

     Le concept « antisystème », à proprement parler, n’est pas tout à fait  développé en sciences humaines? Bien qu’il soit assez répandu dans certains pays européens, notamment en France. Nous n’en connaissons pas vraiment nous-mêmes une quelconque théorie définissante? Les sociologues et les politologues utilisent à la place l’expression de «mouvement  antisystème » pour caractériser une lutte qui vise à s’opposer ou à renverser un système social, politique, économique, sanitaire, financier et culturel, chronique ou nouvellement institué? Car ce que l’on considère comme un « antisystème » devait être lui-même un autre « système » qui se proposerait de remplacer « celui » qui est en cours, avec lequel des citoyens seraient en désaccord. Le mot « antisystème » est surtout employé comme un qualifiant, donc assez rare comme substantif. Voici la définition que la Toupie lui en donne : « En politique, l’adjectif antisystème (ou anti-système) qualifie une personne, un groupe ou un parti politique qui est opposé ou hostile au système en place, qui critique des institutions politiques établies. Il sert à dénoncer tout ou partie du système : les élites, le capitalisme, le libéralisme, la finance, la mondialisation, le bipartisme, le clivage droite/gauche, la « pensée unique », etc. » Toujours selon cette même source, il est « synonyme de contestataire, protestataire, anti-establishment… » Nous avons appris aussi, par la même occasion, que le terme « antisystème » fut utilisé pour la première fois en 1717 en vue de combattre le « système financier » créé par l’économiste John Law de Lauriston né à Édimbourg (Écosse) en 1671 et décédé à Venise (Italie) en 1729. Dans le domaine des Finances publiques et de l’Économie internationale, John Law reste une personnalité centrale. Un pionnier. C’est lui qui inventa le « papier-monnaie ». Il a  même  mérité  en Europe le titre de « père de la finance ». 

      En politique, on ne pourrait parler non plus de l’anticonstitution sans risque de se confondre. Logiquement, l’anticonstitution aurait dû être un nouveau projet de constitution proposé au peuple en vue de remplacer, d’abroger la constitution en vigueur. Il ne saurait également exister une « anti-loi ». Toute nouvelle constitution, ainsi que tout nouvel article de loi, détient un « pouvoir abrogatoire ». Et cela s’obtient soit par reconstitution, soit par amendement, soit par remplacement. Par contre, on parle de décision anticonstitutionnelle, pour dénoncer l’adoption d’une mesure illégale par le gouvernement, ou de mouvement anticonstitutionnel, lorsque que des  groupes politiques, des associations syndicales, des groupes sociaux réclament et exigent la mise en place d’une nouvelle Loi qui viendrait autrement codifier le mode de fonctionnement de l’État. Les Législateurs ne votent pas, ne ratifient pas une « anticonstitution », mais une « constitution amendée » ou une « nouvelle constitution ».

     Nous avons déjà repris plusieurs fois la définition du concept de « système », selon son véritable fondateur, von Bertalanffy, dans le cadre de nos réflexions sociales, politiques et économiques. Il s’agit d’un ensemble d’éléments qui interagissent. Ce qui est aussi important à souligner, sans se basculer dans les détails pointilleux et embrouillants, c’est le terme « cohérence »  qui apporte cette autre dimension importante à la construction et à la survie d’un système, quel que soit le domaine de son affectation : social, politique, économique, culturel, environnemental, sanitaire, technologique, scientifique, etc. Ce phénomène logique nous laisse comprendre que le système  s’autorégule et s’autoprotège, en vue de répondre  aux pressions et de s’adapter aux conditions des environnements intrasociétal et extrasociétal. David Easton, de son côté, identifie « quatre critères » qui sont étroitement liés au système politique. Pour le politologue – rapporté par Denis Monière et Jean H. Guay dans leur ouvrage collectif, Introduction aux théories politiques – « dans toutes les sociétés, il y a des rôles et des activités politiques distinctes; un groupe distinct qui assume les rôles politiques; une hiérarchie propre au sein de ce groupe; des critères distincts de sélection du personnel politique. » La poursuite de notre démarche dans la voie eastonienne nous aurait conduits à l’évocation du « concept de persistance » qui permet de saisir et d’expliciter ce que les philosophes des sciences humaines appellent « les fondements de la vie politique ». David Easton lui-même en fait état de trois composantes : les autorités, le régime politique, la communauté politique. Ce bref aperçu laisse présumer que l’exercice des fonctions politiques, qui ont des caractéristiques de diversification et de spécialisation, exigent des compétences basées sur la formation académique et/ou sur l’expérience. Les activités sociales, politiques et économiques ne peuvent pas être confiées à des novices qui n’ont aucune expérience théorique et pratique de la structure organisationnelle de la gouvernance de l’État. En Haïti, les vides institutionnels ne sont pas comblés de manière efficace et dynamique. Peu de responsables politiques se retrouvent effectivement à leurs places et remplissent des tâches pour lesquelles ils ont été formés. Préparés. Pour lesquelles ils possèdent les qualités et les aptitudes requises. À commencer par les galapiats, les bandits, les canailles, les malandrins, les pilleurs, les vauriens –  alliés des États dominants – qui composent la vaste flibusterie qui a assauté les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. 

     Ces considérations ne visent pas à nous écarter de l’itinéraire de nos réflexions. Nous voulions faire remarquer que ceux-là qui se révoltent contre un système de société qui, selon eux, fonctionne à l’encontre de la « démocratie », doit être en mesure de penser, de théoriser, de rédiger un nouveau modèle de société, et ensuite de l’ériger en système, par la prise et la conservation du pouvoir politique, comme l’ont fait les rares camarades qui sont parvenus à concrétiser leurs rêves de changement sociétal, et qui méritent valablement que le mot « Révolutionnaire » soit mis en apposition à leur nom. La « Révolution » exige un acte spirituel et matériel. Elle est visible, par la théorie et par la pratique. Et les deux éléments sont indissociables. Complémentaires. La « Révolution » demeure une combinaison géniale de l’esprit et de la matière. Du cerveau et de la main. Le premier pour réfléchir, le second pour construire. Souvenez-vous du grand philosophe Qiu Kong ou Confucius, si vous le préférez en latin, qui fait aujourd’hui la gloire et le rayonnement politique et économique de la Chine sur la planète! Maître Kong disait : « Étudier sans réfléchir est vain. Réfléchir sans étudier est périlleux. » La sagesse asiatique est montée exactement sur ces piliers méthodologiques et pragmatiques du confucianisme que l’on pourrait traduire par le seul mot « pouvoir » qui transcende du Ren, le concept doctrinal qui charpente l’enseignement de la philosophie confucéenne: connaissance ou savoir, réflexion, action, humanité, moralité. Alexandre le Grand, Mustafa Kemal Atatürk, Thomas Jefferson, Fidel Castro, Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, doivent leurs exploits politiques à cette capacité d’étudier, de réfléchir et d’agir. Plusieurs anecdotes légendaires gravitent autour de la naissance de Confucius. L’une d’entre elles laissa croire que la nuit où l’enfant naquit, deux dragons seraient aperçus sur le toit de la maison familiale. Les grands personnages de l’histoire sont-ils tous des êtres extraordinaires qui sont nés avec la marque mystérieuse de l’eschatologie gravée sur leurs fronts? On dirait que Chaque héros serait façonné dans le moule  d’une légende insolite. Même Jésus-Christ, le Fils de l’Homme, n’y a pas échappé. Les héros ne sont donc pas des personnages ordinaires. C’est dans cette optique que nous avons rédigé ce texte qui compose l’un des chapitres de notre ouvrage « Les Tigres sont encore lâchés » publié en 2017 : « La République est morte! Où est ce « Jésus » qui viendra la ressusciter comme Lazarre? » Le système capitaliste nous a enlevé une faculté essentielle pour « l’avenir de la vie sur la terre » : la capacité de la pensée critique. L’expression mise en gras a servi de titre à une conférence de l’astrophysicien Hubert Reeves sur les causes et les conséquences de la dégradation de la biodiversité. 

     L’être humain se détruit par l’ignorance, l’entêtement et la persistance. Albert Einstein a dit : « Il n’existe que deux choses infinies : l’univers et la bêtise humaine… mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue. » Michael Scriven est reconnu comme un philosophe spécialisé dans le phénomène de « l’évaluation des politiques publiques ». Alec Fisher et lui ont donné une définition claire à l’objet de notre remarque : « La pensée critique est le processus intellectuel conscient qui consiste, de manière active et efficace, à conceptualiser, appliquer, analyser, synthétiser et/ou évaluer les données collectées ou engendrées par l’observation, l’expérience, la réflexion, le raisonnement, ou la communication, afin de se guider dans ses convictions et actions [1]. »

      Le pouvoir de penser qui est à la base des actes de parler et d’écrire contribue nécessairement à la construction des théories sur les approches cognitivistes appliquées en sciences de l’éducation. Mais la capacité de réfléchir des individus se greffe-t-elle uniquement sur les pratiques des arts oratoire et scriptural ? N’est-elle pas aussi la vectrice qui a bouleversé, chambardé l’ordre mondial du XXe siècle ? L’allumeuse des mèches de mutations sociales, économiques, politiques et culturelles qui a fait exploser les barils des insurrections populaires en Russie, en Chine, à Cuba, au Nicaragua…? 

     Les Haïtiens n’ont pas encore trouvé ce cerveau génial – comme nous le signalons dans nos ouvrages – le Rédempteur qui viendra « les forcer à être libres » dans le sens marcusien. Herbert Marcuse dans « Culture et société », son livre paru en 1970 aux Éditions de Minuit – que nous reprenons une fois de plus dans cet ouvrage – explique : « La contrainte est rendue nécessaire par les conditions immorales et répressives dans lesquelles vivent les hommes. Son idée fondamentale est la suivante : comment des esclaves, qui ne savent même pas qu’ils sont esclaves, peuvent-ils se libérer? Comment peuvent-ils obtenir spontanément leur émancipation? Il faut les éduquer et les guider, leur apprendre à être libres et ce d’autant plus que la société dans laquelle ils vivent a recours à des moyens plus variés pour modeler et préformer leur conscience et pour les immuniser contre tout choix possible. » 

     Certes, notre pays apparaît aux yeux de l’humanité comme une grande ruche de martyrs. Les dictateurs entomophages qui ont occupé la scène politique après l’assassinat de l’empereur ont détruit tous les essaims d’insurrection, de militance et de résistance, qui nourrissaient un rêve de « Révolution » pour Haïti. Les Frank Romain, les Roger Lafontant, les Albert Pierre, les Luc Désir… les ont fait griller dans l’huile chaude de la dictature rétrograde et stérile, après les avoir exposés aux pratiques de torture les plus féroces, les plus violentes, les plus cruelles dans les geôles de Fort Dimanche et des casernes Dessalines… 

     Des   mouvements de lutte organisée, structurée ont vu le jour sur les terres de la République d’Haïti, parmi lesquels : la guerre pour la libération des Africains de l’esclavage et la résistance armée de Charlemagne Péralte, le chef des Cacos, contre les forces de l’occupation des États-Unis qui envahirent Port-au-Prince en 1915. L’histoire d’Haïti est parsemée de révoltes politiques et de troubles sociaux. Mais dans la majorité des cas, il s’agit d’invasions mal-planifiées, d’escarmouches suicidaires, d’affrontements violents, disproportionnés, impliquant surtout des camarades contre les forces militaro-macoutes de 1957, qui terminèrent dans le sang des jeunes et intrépides guérilleros, le plus souvent venus de l’extérieur et dénoncés par la CIA, avant même qu’ils eussent entrepris leur aventure guerrière. Le film « Indochine » de Régis Wargnier, en plus d’être un chef-d’œuvre cinématographique, peut être retenu comme un exemple lumineux, éclairant de lutte révolutionnaire armée contre des envahisseurs et des occupants néocolonialistes. 

     Les groupes d’hommes et de femmes qui se font désigner en Haïti sous le vocable de « classe politique » de l’opposition, sans les citer, ne sont pas différents des espèces misérables qui tentent de survivre dans le désespoir et l’incertitude du lendemain. La plupart d’entre eux recherchent le pouvoir pour assouvir des ambitions personnelles. Il n’y a aucun intérêt patriotique dans les entreprises politiques qu’ils gèrent comme des bric à brac insalubres situés au marché Salomon de Port-au-Prince. Ces « misérables » sans boussole ne sont pas prêts à assumer la charge d’un gouvernement. La Bible, elle-même, ne nous a-t-elle pas mis en garde : « Si un aveugle conduit un autre aveugle, ils finiront tous les deux dans un fossé. »  

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Dixième partie

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Conclusion : Revisiter Étienne de La Boétie

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C’est en visionnant un vieux  western que  nous avons appris très jeune que l’individu peut-être coupable de « ce qu’il a fait », et de ce « qu’il n’a pas fait ». Et les deux, dans bien des cas, peuvent mériter le même châtiment.

     Dans le chapitre 7 de son ouvrage « Le Prince » qui traite « Des monarchies nouvelles que l’on acquiert par les armes des autres et la fortune », Machiavel constate :

     « Ceux qui grâce à la fortune seulement deviennent princes, de simples particuliers qu’ils étaient, le deviennent sans grand peine, mais en ont beaucoup pour se maintenir. Ils n’ont aucune difficulté en chemin, car ils y volent; mais toutes les difficultés naissent quand ils sont en place. De tels hommes sont ceux à qui a été accordé un État soit pour de l’argent, soit par la grâce de qui l’accorde : comme cela arriva à beaucoup d’hommes en Grèce, dans les cités de l’Ionie et de l’Hellespont, où des princes furent créés par Darius, afin qu’ils les tiennent pour sa sécurité et pour sa gloire… »

     Sans marcher sur les traces de Jean le prophète, nous prédisons que la République d’Haïti se rapproche d’un tournant apocalyptique. Les États impérialistes qui s’enorgueillissent de lui servir de béquilles économiques et financières se préparent à passer à l’acte final de la  pièce. Ils ont décidé d’en finir avec elle. Que ne font-il pas  pour la clouer définitivement au sol? Ce pays de la Caraïbe, à moins d’un miracle, ne se relèvera pas de sa déchéance. Et ce miracle dont nous faisons mention dans toutes nos réflexions politiques s’appelle une « Révolution ».

    Haïti a-t-elle les moyens d’exister sans qu’elle ait la possibilité d’importer des vivres alimentaires, des produits pharmaceutiques, des articles vestimentaires usagés, des pièces de véhicules… en provenance de l’Amérique du Nord? Un embargo, comme celui que subissent les Palestiniens, les Iraniens ou les Cubains, ne serait-il pas désastreux pour la population déjà vulnérabilisée? La Croix-Rouge internationale – comme il en est de son habitude – aurait compté les victimes par millions. Et parmi elles, on y dénombrerait certainement des membres d’une « élite universitaire » immobiliste. Amorphe. Opportuniste.

     Che Guevara affirmait : « Si tu trembles d’indignation à chaque injustice, alors tu es un camarade. » 

     La fonction essentielle de l’État est de construire une route de bien-être pour les citoyens. Le Contrat social de Rousseau accentue sur la nécessité pour les gouvernements légitimes de respecter leurs engagements envers les mandants. En ce sens, les dirigeants haïtiens, de 1804 à aujourd’hui, ont failli à leurs responsabilités sociales, économiques et politiques. Ils ont conduit la République au désordre, à l’indiscipline et à la ruine. Dans « Savoir, richesse et violence à la veille du XXIe siècle », Alvin Toffler, décédé le 27 juin 2016, rappelle l’enseignement de Francis Bacon : « Le savoir est le pouvoir. » Nous pourrions partir de ce postulat pour extrapoler  à l’infini : le savoir est le pouvoir de changer et d’adapter l’environnement physique et spirituel à l’étendue des ambitions et des rêves pluriels et singuliers; le savoir confère le pouvoir de choisir et de créer le type de société dans lequel tous et chacun veulent vivre et mourir…  

     C’est l’abbé Pirard qui déclare à Julien Sorel, le personnage principal, controversé et frustré de « Le rouge et le noir » du grand romancier  Stendhal : « Tu détestes d’où tu viens. Tu hais où tu vas. Mais sais-tu où tu vas? » 

     Voilà le dilemme auquel se sont confrontés les Haïtiens tout le long de leur parcours existentiel ! Ils maudissent l’esclavage, le capitalisme, l’impérialisme, le néocolonialisme, la colonialité, le néolibéralisme… Ce qui est déjà bien en soi. Mais savent-ils au moins où ils veulent se rendre?

     Le Maître, le Grand et le Sage Confucius nous apprend : « Lorsque l’on se cogne la tête contre un pot et que cela sonne creux, ce n’est pas forcément le pot qui est vide. » Le moment est venu pour les intellectuels progressistes de relire et d’adopter les considérations philosophiques et idéologiques d’Étienne de La Boétie développées dans son ouvrage « Discours de la servitude volontaire », duquel nous en reproduisons un court extrait plus bas, à la fin de ce chapitre.

     En regardant la République enchaînée dans ses malheurs et les incompétences de ses dirigeants, nous sommes encore plus convaincus de l’arrivée prochaine d’une série d’événements politiques et économiques aux conséquences immesurables pour nos compatriotes fragiles. Contrairement à la clique des ayants cause et des ayants droit, ceux-ci ne disposent d’aucun bouclier de protection sociale et judiciaire, de sécurité politique et économique… 

     Aujourd’hui, Haïti se retrouve à bord d’un train de nulle part. Qui n’a aucune destination. Le cataclysme se pointe déjà à l’horizon. La population haïtienne fonce à toute vitesse, les yeux bandés, vers une « fadicité apocalyptique ». Et pourtant elle a le pouvoir d’échapper à l’autodestruction suspendue depuis plus de deux cents ans sur sa tête comme une épée de Damoclès, et la capacité de se construire une existence fière et digne de son passé historique.  

Robert Lodimus

IL FAUT SAUVER CARTHAGE, essai, Éditions Nemours, 2022.

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Notes et références

1. Delenda Carthago

1. Alter Info, Selon les armées russes, les États-Unis ont provoqué le tremblement de terre à Haïti, 22 janvier 2010.

2. Thierry Lentz, Bonaparte, Haïti et l’échec colonial du régime consulaire, OUTRE-MERS, revue d’histoire, année 2003.

3. Empereur Jean-Jacques Dessalines, Discours du 1er janvier 1804, jour de la proclamation de l’indépendance d’Haïti sur la Place d’Armes des Gonaïves.

4. Étienne Balibar, Entrevue accordée à Regards.fr, le 13 novembre 2012, à propos de la grève lancée par des syndicats à l’échelle de l’Europe.

2 La France n’a jamais oublié sa défaite à Vertières

1. Lettre de Victor Hugo au capitaine Butler après que les Français et les Anglais ont pillé le Palais d’été de Pékin le 6 octobre 1860.

2. Philippe Girard, né en Guadeloupe, spécialiste de l’histoire des colonies, professeur d’université aux États-Unis.

3. Jean-Jacques Dessalines, Discours de la proclamation de l’indépendance dans la ville des Gonaïves, 1er janvier 1804. 

4. Lettre de Victor Hugo publiée dans Wikisource, sous la rubrique Actes et paroles.

5. La Horde des salopards : film franco-germano-hispano-italien réalisé par Tonino Valerii; première sortie : 27 décembre 1972 (Allemagne de l’Ouest). 

6. Robert Lodimus, Les Tigres sont encore lâchés, p.136, Éditions Nemours communications, 2017, 294 pages.

7.  Albert Sarraut, Grandeur et servitude coloniale, Éditions du Sagittaire, 1931,  p. 107-108.

8.  Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Éditions Réclame, 1950, Éditions Présence Africaine, 1955.

9. Premier historien haïtien.

10. Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, p. 178, T. III.

11. Thomas Madiou, Histoire d’Haïti.

12. Robert Lodimus, Pauvreté en Haïti et dans le reste du monde : Hara-kiri ou Révolution, Éditions Nemours Communications, 2019.

13. Anatole France, Vers les temps meilleurs (1906), Éd. Émile-Paul frères, 1949, t. 2, Meeting de protestation contre la barbarie coloniale, 30 janvier 1906, p. 136-139.

14. Homme d’État français, ancien ministre de l’instruction publique, ancien maire de Paris, né le 5 avril 1832 et décédé le 17 mars 1893.

15. Georges Clémenceau contre Jules Ferry sur la politique coloniale, Site Midi insoumis, populaire et citoyen, 30 juillet 1885.

16. Marc Fayard, Le Point : Jules Ferry, un athée qui se croyait de « race supérieure », 22 août 2013.

17. Georges Clémenceau contre Jules Ferry sur la politique coloniale, Site Midi insoumis, populaire et citoyen, 30 juillet 1885.

3. Napoléon Bonaparte : Le Néron de la France coloniale

1. Rebellyon.info : 1er avril 1802 : Napoléon envoie des troupes militaires en Guadeloupe pour mater les velléités autochtones…, publié le 1er avril 2019.

2. Histoire coloniale et postcoloniale, La bataille de Vertières (18 novembre 1803), vous connaissez?

3. Laurent Jullien, Campagne d’Égypte de Bonaparte, Éditions Universitaires Européennes, 2016.

4. Wikipédia, Campagne d’Égypte.

5. Marcel Dorigny, professeur au département d’histoire de l’Université de Paris 8,  rédacteur en chef de la revue Dix-huitième siècle, auteur du livre Les abolitions de l’esclavage, Éditions PUF, Collection Que sais-je, 4 juin 2018.

6.  Peau noire, Masques blancs, p. 13, Éditions Seuil, 1952.)]

7. Dominique Simonet, « Si la France avait gardé la Louisiane », texte réalisé à partir d’une interview avec Maurice Denuzière, 27 novembre 2003, publié dans L’Express.

8.  Jacques Beauchamp, Ici Radio Canada, Aujourd’hui l’histoire.

9. Jean-Pierre Le Glaunec, docteur en études américaines, actuellement professeur à l’Université de Sherbrooke. Il enseigne l’histoire des États-Unis, d’Haïti et des Amériques noires.

10. L’armée indigène : La défaite de Napoléon Bonaparte en Haïti, Montréal, Lux Éditeur, 2014, 288 pages.

4. Sauvons notre Carthage

1. Marc-Aurèle, Pensées, IV, 48, trad. E. Bréhier.

2. Johannes Baptista von Albertini, homme d’Église, savant allemand, né le 17 février 1769 et mort le 6 décembre 1831, auteur du Conspectus fungorum in Lusatiæ superioris agro Niskiensi crescentium (Leipzig1805). 

3. Chantal Amman-Doubliez et Janine Fayard Duchêne, Eschatologie et astrologie, à l’aube de la Réforme : Johann Albertini, prêtre valaisan, témoin du « Temps de l’angoisse », p. 309, 2003.

4. Emre Sahin, L’essor de l‘Empire ottoman (Rise of EmpiresOttoman), 2020. 

5. Film de Giulio Petroni, interprété par John Phillip Law et Lee Van Cleef.

6. RISAL.info – Nicaragua, chronique d’une révolution perdue » [archive], sur risal.collectifs.net     

5. Les États esclavagistes ont juré de reprendre Haïti

1. Arès, mythologie grecque, dieu de la guerre, de la destruction, de la violence sanglante…

2. Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, l’un des plus grands écrivains russes, né à Moscou le 30 octobre 1821, décédé à Saint-Pétersbourg le 28 janvier 1881. 

3. John Steinbeck, Des souris et des hommes, roman, Éditions Gallimard, 1937, prix Nobel de littérature, adaptée au cinéma en 1984 par Horton Foote et réalisée par Gary Sinise

4. Alvin Toffler, Les nouveaux pouvoirs : savoir, richesse et violence à la veille du XXIe siècle, p.39.

6. Haïti, comme la Carthage d’Hannibal

1. La Bible, Matthieu 16 :26

2. Emmanuel d’Astier, écrivain et ex-ministre du gouvernement provisoire français en 1944, Comment se fait un dictateur

3. Gilbert Cesbron, Journal sans date, page 167, Éditions Robert Laffont, 1963.

4. Albert Camus, La peste, page 279, Éditions Gallimard, 1947.

5. Jean Giono, Le hussard sur le toit, Gallimard  en 1951, adapté au cinéma en 1995 par le réalisateur français Jean-Paul Rappeneau

6. Dimitri Merejkovski, Le roman de Napoléon, Éditions France Loisirs, 2005.

7. Dimitri Merejkovski, Le roman de Napoléon, page 43, Éditions France Loisirs, 2005.

8. Dimitri Merejkovski, Le roman de Napoléon, Éditions France Loisirs, 2005.

9. Dimitri Merejkovski, Le roman de Napoléon, Éditions France Loisirs, 2005.

10. Louis Arnold Laroche, Les Bluettes, septembre 1884.

7. Une croissance économique au service des pauvres

1.  Victor Hugo, Discours sur la tombe d’Émilie de Putron, 19 janvier 1865.

2. Guillaume Apollinaire, Le temps qui passe.

3. Psychomédia, Ganglion lymphatique. 

4. Jacques Attali, Que naîtra-t-il?

5. Jeffery Taubenberger, Ann Reid, Thomas Fanning, Pour la science, 30 novembre 1999, Dossier pour la Science, Numéro 50.

6. Susan George, Comment meurt l’autre moitié du monde? 

8. Pour les Carthages du monde

1. Alec Fisher et Michael Scriven, Critical thinking: Its defnition and assessment (1997).

_________________________________

Je vous remercie d’avoir consacré une partie

de votre temps à la lecture de cet ouvrage.

J’espère que vous en ferez un usage utile

pour l’avancement du combat 

des masses populaires

contre le système capitaliste mondialisé.

Robert Lodimus

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