26 mai 2026
Haïti : les partis politiques piégés dans la mécanique d’Alix Didier Fils-Aimé
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Haïti : les partis politiques piégés dans la mécanique d’Alix Didier Fils-Aimé

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 25 mai 2026

Entre accords opaques, calculs de pouvoir et absence de vigilance stratégique

Entre accords opaques, calculs de pouvoir et absence de vigilance stratégique

En Haïti, les crises ne naissent jamais uniquement des armes. Elles prennent souvent racine dans les signatures hâtives, les compromis mal négociés et les silences coupables. La dernière séquence politique autour de l’accord signé et publié concernant l’organisation des élections et la sécurité nationale en apporte une nouvelle démonstration. Plusieurs partis politiques, pourtant habitués aux arcanes du pouvoir, semblent aujourd’hui se faire avoir par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, après avoir cautionné un mécanisme dont ils ne maîtrisaient ni les contours, ni les implications réelles

Dans les salons feutrés de Port-au-Prince, beaucoup voulaient afficher l’image d’un consensus national. On parlait de stabilité, de transition, de gouvernance concertée et surtout d’élections. Le mot magique. Celui que la communauté internationale réclame avec insistance depuis des mois. Mais derrière les communiqués diplomatiques et les photos de circonstance, une question fondamentale demeure : les partis signataires ont-ils réellement compris ce qu’ils signaient ?

À observer les dernières décisions prises par le chef du gouvernement, tout porte à croire que non.

Une classe politique désarmée intellectuellement

Le plus troublant dans cette affaire n’est pas seulement la stratégie du Premier ministre. En politique, manœuvrer fait partie du jeu. Ce qui choque davantage, c’est l’amateurisme d’une partie de la classe politique haïtienne, incapable d’exiger des clarifications élémentaires avant d’apposer sa signature au bas d’un document présenté comme structurant pour l’avenir du pays.

Les partis concernés n’ont même pas eu le réflexe institutionnel de poser les questions les plus simples :

Qui fait quoi ? Pourquoi ? Comment ? Où ? Et quand ?

Le strict minimum dans toute négociation sérieuse portant sur la sécurité nationale et les élections d’un pays en situation d’effondrement institutionnel. Qui contrôlera réellement l’appareil électoral ? Qui supervisera les opérations de sécurisation ? Quels acteurs disposeront du véritable pouvoir de décision ? Quel sera le rôle exact du Conseil électoral ? Quelle articulation entre la Primature, les forces de sécurité et les partenaires internationaux ? Quels mécanismes de contrôle existeront pour éviter une confiscation du processus ?

Autant de questions essentielles qui semblent avoir été balayées par l’empressement politique, les calculs personnels et la volonté de certains acteurs d’exister à tout prix dans la transition. En politique, signer sans comprendre équivaut souvent à abandonner son pouvoir avant même le début des négociations.

Alix Didier Fils-Aimé impose progressivement sa logique

Depuis plusieurs semaines, Alix Didier Fils-Aimé avance méthodiquement. Derrière un discours de rassemblement, le chef du gouvernement consolide progressivement un contrôle stratégique sur les principaux leviers de la transition. Sécurité, organisation électorale, arbitrages administratifs : les centres de décision semblent désormais converger vers la Primature.

Et pendant que les partis politiques applaudissaient l’idée d’un accord politique, le Premier ministre consolidait silencieusement son avantage institutionnel. Le vieux problème haïtien refait surface : des acteurs politiques obsédés par l’accès au pouvoir immédiat, mais incapables de penser l’architecture réelle du pouvoir. Beaucoup confondent présence autour de la table et influence réelle dans les décisions.

Or, dans les périodes de transition, celui qui contrôle le calendrier, la sécurité et l’organisation des élections contrôle pratiquement tout.

La sécurité, principal instrument de domination politique

Dans le contexte haïtien actuel, la question sécuritaire dépasse largement le cadre du maintien de l’ordre. Elle devient un outil de gouvernance et parfois un instrument de domination politique.

Celui qui décide des zones sécurisées décide indirectement des zones électoralement exploitables. Celui qui influence le déploiement des forces contrôle les espaces de circulation politique. Celui qui maîtrise l’agenda sécuritaire impose aussi le rythme du processus électoral.

Les partis politiques auraient dû comprendre qu’il était dangereux de signer un accord sans définir précisément les responsabilités, les mécanismes d’évaluation et les limites du pouvoir exécutif. Mais en Haïti, beaucoup de dirigeants politiques continuent de fonctionner dans une logique émotionnelle et opportuniste plutôt qu’institutionnelle. Ils réagissent aux événements au lieu de les anticiper.

Une opposition souvent incapable de lire les rapports de force

Cette situation révèle aussi la faiblesse structurelle d’une partie de l’opposition et des organisations politiques traditionnelles. Depuis des années, nombre de partis survivent davantage grâce aux crises qu’à leur capacité de proposition.

Ils excellent dans les conférences de presse, les déclarations incendiaires et les alliances circonstancielles. Mais lorsqu’il faut analyser un texte politique, négocier des garde-fous institutionnels ou prévoir les conséquences d’un accord, les lacunes deviennent flagrantes.

Le drame d’Haïti est aussi là : beaucoup d’acteurs veulent participer au partage du pouvoir sans maîtriser les mécanismes du pouvoir.

Pendant ce temps, les groupes armés continuent d’étendre leur influence, la population s’enfonce dans la précarité et les institutions se vident progressivement de leur crédibilité.

Vers une nouvelle crise de confiance ?

Le risque désormais est clair. Les partis politiques signataires pourraient rapidement réaliser qu’ils ont cautionné un dispositif dans lequel leur rôle devient secondaire. Une fois les mécanismes institutionnels verrouillés, ils pourraient se retrouver réduits à de simples spectateurs d’un processus qu’ils prétendaient pourtant construire.

Et comme souvent en Haïti, les tensions apparaîtront après les signatures, lorsque chacun découvrira la véritable portée des accords conclus dans la précipitation.

Le pays n’avait pourtant pas besoin d’un nouvel arrangement opaque. Il avait besoin d’un pacte clair, transparent, équilibré et fondé sur des responsabilités définies.

Car dans une nation rongée par l’insécurité, la méfiance et l’effondrement institutionnel, l’improvisation politique n’est plus une erreur. Elle devient une menace nationale.

Reynoldson MOMPOINT, Avocat

Communicateur Social

Journaliste

+509 37186284

mompointreynoldson@gmail.com

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