« Vendre une autre image d’Haïti » ne relève pas d’abord du marketing culturel, mais de la gouvernance : un pays devient lisible aux yeux du monde lorsque ses dirigeants cessent de piétiner la Constitution, les lois et les principes élémentaires de l’État de droit. Le premier signal à envoyer n’est donc ni un festival, ni une campagne d’image, mais le respect strict de la légalité publique, de la transparence et de la responsabilité politique. Car un chef d’État, un ministre ou un haut responsable devrait être au-dessus de tout soupçon : comment prétendre redorer l’image nationale lorsque des noms de dirigeants sont régulièrement dénoncés ou associés, dans le débat public, aux réseaux armés qui défigurent la Républiquee ou siyen anpil kontra anba tab ou dekrè pou bayone la Presse indépendante ?
Port-au-Prince, 24 mai 2026 — Le Ministère de la Culture et de la Communication entend engager, avant la clôture de l’exercice fiscal 2025-2026, un programme d’action en 25 points, couvrant à la fois la réforme administrative du secteur culturel, la restauration du patrimoine, le renforcement de la RTNH, la diplomatie culturelle et la projection d’une nouvelle image d’Haïti à l’occasion de la Coupe du monde 2026.
Le document, signé à Port-au-Prince le 22 mai 2026 par le ministre Emmanuel Ménard, s’inscrit, selon son introduction, dans la volonté exprimée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé de renforcer la gouvernance sectorielle et d’améliorer le fonctionnement du service public. Il prévoit notamment l’élaboration d’un projet de décret portant organisation et fonctionnement du ministère, la préparation d’un budget rectificatif ou du budget 2026-2027, ainsi que la création d’unités juridique et d’audit interne.
Le ministère annonce également le relogement d’une partie du personnel privé d’espace de travail depuis près de quatre ans, la représentation départementale du MCC sur l’ensemble du territoire, l’évaluation des projets financés par le Trésor public et le renforcement des liens de contrôle entre le ministère et les organismes placés sous sa tutelle. Ces mesures traduisent une volonté de reprise administrative dans un secteur marqué par la dispersion institutionnelle, l’insuffisance de moyens et les effets directs de l’insécurité sur plusieurs infrastructures culturelles.
Le patrimoine occupe une place significative dans cette feuille de route. Le MCC évoque des interventions d’urgence dans des Lakou et sociétés mystiques, dont les trois Lakou des Gonaïves, la gouvernance du Parc national des Ramiers, la restauration de la Maison Anténor Firmin au Cap-Haïtien, la réévaluation du projet de musée dans l’ancienne prison de Jacmel, ainsi que la transformation de l’École-Atelier de Jacmel en centre de restauration artistique. Une étude conjointe avec le Ministère de la Défense est aussi annoncée pour la création d’une unité de garde d’honneur et de protection des monuments, ainsi que d’un Musée militaire haïtien.
Le document accorde une attention particulière à la RTNH, dont les structures et capacités devraient être renforcées en urgence afin d’assurer une couverture nationale et un service public éducatif « non partisan » en période électorale. Cette formulation confère au programme une portée politique évidente, dans un contexte où la communication publique, l’accès équitable à l’information et la neutralité des médias d’État demeurent des enjeux sensibles.
Autre axe notable : la Coupe du monde 2026. Le ministère prévoit l’exécution d’un plan stratégique pour une meilleure diffusion de la compétition et pour « vendre une autre image d’Haïti ». Il annonce aussi la mise en place, avec la Primature, de cinq prix nationaux destinés aux artistes, musiciens, artisans, écrivains et travailleurs de la presse, l’organisation du premier Festival de la créativité haïtienne et l’étude d’un projet pilote d’implantation de la Maison haïtienne de la culture dans trois capitales étrangères.
La portée de ce programme reste toutefois suspendue à plusieurs conditions : disponibilité budgétaire, base légale des projets, calendrier d’exécution, mécanismes de passation des marchés, contrôle administratif et publication régulière des résultats. En l’absence d’échéancier détaillé et d’indicateurs vérifiables, ces 25 engagements peuvent apparaître autant comme une feuille de relance que comme un catalogue institutionnel à soumettre à l’épreuve des actes.
Au-delà de l’annonce, la question centrale reste celle de la preuve administrative : un programme de 25 chantiers, présenté à quelques mois de la fin de l’exercice fiscal, ne peut se réduire à une addition d’intentions sans actes juridiques, crédits identifiés, calendrier public, contrats traçables et mécanismes de contrôle indépendants. La crédibilité du ministère se mesurera donc à sa capacité de reloger effectivement ses services, de protéger les sites patrimoniaux, de garantir la neutralité de la RTNH en période électorale et de publier les coûts comme les étapes d’exécution. En contexte de crise sécuritaire, de contrainte budgétaire et de défiance civique, l’État ne peut plus se contenter d’annoncer : il doit démontrer, par des décisions vérifiables et sanctionnables, que la culture n’est pas un simple instrument de communication gouvernementale, mais un champ d’action publique soumis au droit, à la transparence et à l’obligation de résultat.
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