Le déséquilibre politico-socio-économico-sécuritaire entre Haïti et la République dominicaine constitue aujourd’hui une cause structurelle majeure expliquant la réticence des nouveaux investisseurs dans le secteur des télécommunications, particulièrement autour de la bande 700 MHz, essentielle pour la couverture rurale et frontalière.
Alors que l’appel d’offres dominicain pour les fréquences 700 MHz approche de son verdict, plusieurs observateurs estiment que l’INDOTEL pourrait annoncer, le 16 juin 2026, qu’aucune offre technique et économique n’a été reçue pour les 60 MHz disponibles.
Un déséquilibre profond entre les deux pays
Sur le plan politique, Haïti traverse une crise chronique marquée par l’absence d’élections, la fragilité du Conseil présidentiel de transition et la montée des gangs armés contrôlant une partie du territoire. En face, la République dominicaine conserve une stabilité institutionnelle et un climat pro-investissement sous la présidence de Luis Abinader.
Économiquement, le contraste est frappant : Haïti demeure l’une des économies les plus fragiles de la région, tandis que la RD affiche une croissance projetée entre 4 % et 5 % en 2026 et attire des investissements étrangers records.
Les écarts sociaux alimentent également les tensions. Migration haïtienne massive, montée des sentiments anti-haïtiens et discriminations documentées pèsent sur le climat régional.
Sur le plan sécuritaire, Haïti est confrontée à une violence extrême liée aux gangs, alors que la RD, malgré des défis liés au narcotrafic et à l’immigration irrégulière, reste nettement plus stable.
Pourquoi le 700 MHz inquiète les investisseurs
La bande 700 MHz exige des investissements lourds sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones frontalières sensibles. Cela implique :
- des infrastructures coûteuses ;
- des licences sur 15 à 20 ans ;
- des risques opérationnels élevés.
Dans ce contexte, les opérateurs préfèrent renforcer leurs réseaux urbains déjà rentables plutôt que de s’exposer à l’instabilité frontalière.
Les investisseurs internationaux redoutent notamment :
- les interférences radio ;
- l’insécurité pour les équipes techniques ;
- les perturbations liées aux crises haïtiennes ;
- l’absence d’une coordination bilatérale efficace.
Un risque régional qui dépasse les télécoms
Selon plusieurs analyses régionales, l’instabilité haïtienne agit comme un multiplicateur de risque pour toute la Caraïbe. Même stable, la République dominicaine partage désormais l’image d’une île exposée à un risque extrême de débordement sécuritaire et migratoire.
À cela s’ajoutent :
- des coûts de sécurité élevés ;
- des obligations de couverture difficiles à rentabiliser ;
- la crainte d’un aggravement de la crise haïtienne.
Une impasse difficile à briser
Les experts reconnaissent que d’autres facteurs expliquent aussi les échecs répétés des appels d’offres : prix de réserve élevés, oligopole du marché dominicain et rentabilité limitée du secteur.
Mais le facteur haïtien demeure central. Tant qu’aucune perspective claire de stabilisation n’émergera en Haïti, la valorisation complète du spectre 700 MHz restera difficile pour la RD.
Pour les deux pays, le risque est celui d’un cercle vicieux : moins d’investissements régionaux, moins de modernisation numérique et davantage de retard technologique. Une coopération plus solide sur la sécurité frontalière, la coordination spectrale et le développement conjoint des zones frontalières apparaît désormais comme une nécessité stratégique.

