La police haïtienne a dispersé brutalement, dimanche à Port-au-Prince, une manifestation pacifique réclamant la réouverture de l’aéroport international Toussaint Louverture, principal point d’entrée aérien de la capitale, selon des images diffusées par Amerique Info 7.
Les manifestants dénonçaient l’isolement croissant de Port-au-Prince, alors que les déplacements vers le Cap-Haïtien ou les Cayes demeurent difficiles, dangereux et coûteux. D’un côté, les routes nationales sont entravées par l’insécurité, les postes de péage illégaux et les groupes armés ; de l’autre, certaines liaisons aériennes intérieures restent financièrement inaccessibles pour une large partie de la population.
La mobilisation intervient alors que plusieurs ministres du gouvernement de doublure haïtien ont annoncé une réunion de coordination, « tenue sur instructions du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé », autour des dispositions destinées à faciliter la participation d’Haïti à la Coupe du monde 2026. La ministre de facto des Affaires étrangères, Raina Forbin, y a rencontré notamment les ministres chargés de la Jeunesse et des Sports, des Haïtiens vivant à l’étranger, de la Culture et du Tourisme, dans un pays désormais déserté par les bateaux de croisière et privé de son principal aéroport opérationnel dans la capitale.
Pour de nombreux citoyens, cette communication officielle paraît difficilement conciliable avec la fermeture prolongée de l’aéroport de Port-au-Prince et les obstacles concrets à la libre circulation sur le territoire national. Comment parler d’encadrement diplomatique, sportif et touristique lorsque les citoyens eux-mêmes ne peuvent ni circuler normalement, ni accéder à des moyens de transport sûrs, abordables et réguliers ?
L’intervention policière a immédiatement provoqué de vives critiques, en raison du contraste avec l’incapacité persistante de l’État à protéger les civils dans les quartiers contrôlés ou disputés par les gangs. Alors que des dizaines de personnes ont péri la semaine dernière à Cité Soleil lors d’affrontements armés, la police, régulièrement accusée d’être débordée face aux groupes criminels, s’est montrée particulièrement ferme contre des manifestants non armés.
À Port-au-Prince, l’image est politiquement désastreuse : l’État paraît absent devant les gangs, mais pleinement présent devant les citoyens qui réclament la réouverture d’un service public stratégique. Dans un pays où l’aéroport, les routes et les symboles de souveraineté se ferment les uns après les autres, le gaz lacrymogène lancé contre une manifestation pacifique donne à voir moins une réponse d’ordre public qu’un aveu d’impuissance institutionnelle.


