17 mai 2026
Fête du Drapeau | 1887-1904 : “Quand nos Aïeux brisèrent leurs entraves”, l’hymne oublié qui précéda “La Dessalinienne”
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Fête du Drapeau | 1887-1904 : “Quand nos Aïeux brisèrent leurs entraves”, l’hymne oublié qui précéda “La Dessalinienne”

Oswald Durand, Occide Jeanty et l’autre chant national oublié d’Haïti

Avant l’adoption de « La Dessalinienne », Haïti disposait déjà d’un chant patriotique à fonction nationale : « Quand nos Aïeux brisèrent leurs entraves », également connu sous le titre de « Chant national ». Les paroles furent écrites par Oswald Durand, grande figure de la poésie haïtienne, tandis que la musique est généralement attribuée à Occide Jeanty, compositeur et chef de musique militaire.

Utilisé à partir de 1893, dans un contexte diplomatique marqué par l’escale d’un navire allemand à Port-au-Prince, ce chant servit d’hymne national de fait jusqu’en 1904. Son texte plaçait déjà au centre de la conscience civique haïtienne la mémoire des ancêtres, le travail du sol, l’égalité, la liberté et la responsabilité collective née de l’indépendance.

Le centenaire de 1804 conduisit toutefois l’État haïtien à choisir un nouvel hymne, plus directement rattaché à la figure fondatrice de Jean-Jacques Dessalines. Ainsi, « La Dessalinienne » ne surgit pas dans un vide symbolique : elle succéda à une tradition patriotique déjà constituée, avant que « Quand nos Aïeux brisèrent leurs entraves » ne soit progressivement relégué à un usage présidentiel et cérémoniel.

Texte complet de « Quand nos aïeux brisèrent leurs entraves », aussi connu sous le titre « Chant National ». Le texte est attribué à Oswald Durand et daté de 1887 dans la version publiée par Wikisource à partir de l’Anthologie haïtienne des poètes contemporains (1904-1920), Port-au-Prince, 1920. Il fut ensuite mis en musique par Occide Jeanty et utilisé comme hymne national de fait d’Haïti entre 1893 et 1903, avant le remplacement par « La Dessalinienne ».

CHANT NATIONAL

I

Quand nos aïeux brisèrent leurs entraves,
Ce n’était pas pour se croiser les bras.
Pour travailler en maîtres, les esclaves
Ont embrassé, corps à corps, le trépas.
Leur sang, à flots, engraissa nos collines.
À notre tour, jaunes et noirs, allons !
Creusons le sol légué par Dessalines :
Notre fortune est là, dans nos vallons.

Refrain
L’indépendance est éphémère
Sans le droit à l’égalité !
Pour fouler, heureux, cette terre,
Il nous faut la devise austère :
« Dieu ! le travail ! la liberté !! »

II

Quoi de plus beau que ces fils de l’Afrique
Qui, trois cents ans, dans tous les maux plongés,
Tournent leurs fers, leur carcan et leur trique
Contre la force et les vieux préjugés !
En bas, voyez ! C’est la noble bannière
Cernant les noirs qui vont mourir là haut…
— Non ! leur torrent avec Lamartinière,
Descend fougueux de la Crète-à-Pierrot.

Refrain
Tout cela serait éphémère
Sans le droit à l’égalité.
Pour fouler, heureux, cette terre,
Il nous faut la devise austère :
« Dieu ! le travail ! la liberté ! ».

III

De Rochambeau les cohortes altières,
Quelques instants, suspendirent leur feu,
Pour saluer le héros de Verrières,
— Capoix-la-Mort, grand comme un demi-dieu !
Vers le progrès, crions comme ce brave :
« Noirs, en avant ! en avant ! » Et bêchons
Le sol trempé des sueurs de l’esclave !
Nous avons là ce qu’ailleurs nous cherchons !

Refrain
Sans quoi, tout devient éphémère,
Pas d’ordre et pas d’égalité !
Pour fouler, heureux, cette terre,
Il nous faut la devise austère ;
« Dieu ! le travail ! la liberté ! »

IV

Sang des martyrs dont la pourpre écumante
A secoué nos chaînes et nos jougs !
Chavanne, Ogé, sur la roue infamante,
Toi, vieux Toussaint dans ton cachot de Joux ;
Ô précurseurs, dont les dernières fibres
Ont dû frémir, — vous les porte-flambeaux, —
En nous voyant maintenant fiers et libres,
Conseillez-nous, du fond de vos tombeaux !

Refrain
« Votre bonheur est éphémère ;
« Ayez droit à l’égalité !
« Pour fouler, heureux, votre terre,
« Il vous faut la devise austère :
« Dieu ! le travail ! la liberté ! »

V

À l’œuvre donc, descendants de l’Afrique
Jaunes et noirs, fils du même berceau !
L’antique Europe et la jeune Amérique
Nous voient, de loin, tenter le rude assaut.
Bêchons le sol qu’en l’an mil huit cent quatre
Nous ont conquis nos aïeux au bras fort.
C’est notre tour, à présent, de combattre
Avec ce cri : « Le progrès ou la mort ! »

Refrain
À l’œuvre, ou tout est éphémère !
Ayons droit à l’égalité !
Nous foulerons, plus fiers, la terre,
Avec cette devise austère ;
« Dieu ! le travail ! la liberté ! »

Oswald Durand — 1887

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