L’Edito du Rezo
Budget électoral : une mécanique d’ajustement ou une stratégie d’attente ?
À supposer l’existence d’une volonté effective d’organiser des élections, le facteur temps demeure déterminant : au cinquième mois de l’année, quel État sérieux engagerait, avec moins de sept mois disponibles, une campagne présidentielle conforme aux standards minimaux de crédibilité ? En Haïti, où « même le mal se fait mal », une contradiction procédurale s’impose : sur quel fondement le Conseil électoral pourrait-il convoquer un référendum en s’appuyant sur la Constitution en vigueur tout en prétendant, dans le même mouvement, en redéfinir le contenu ?
Port-au-Prince — Une hypothèse circule, à mi-chemin entre ironie et désenchantement : et si les chiffres — 249,4 millions USD ramenés à 225,0 millions, soit une variation de 24,3 millions — relevaient moins d’une ingénierie budgétaire que d’un dispositif de gestion dilatoire du temps politique ? Dans cette lecture, l’échange implicite entre l’exécutif et les membres du Conseil électoral provisoire s’apparenterait à une chorégraphie où l’ajustement des montants tient lieu de calendrier. Le budget devient récit : on corrige, on discute, on temporise, pendant que la nation s’enlise dans un environnement marqué par la corruption et l’impunité.
Dans un bref entretien accordé à un collaborateur de Rezo Nòdwès, Jacques Desrosiers n’a pas franchi le seuil d’une affirmation catégorique quant à l’impossibilité de tenir des élections en 2026. Cette réserve contraste avec la position de responsables non signataires du pacte politique, au premier rang desquels le colonel Himler Rébu, qui dénoncent un texte jugé dépourvu de cohérence juridique interne, signé — selon leurs propos — dans des conditions pour le moins discutables. Le docteur Josué Renaud, de la New England Human Rights Organization (NERHO), va plus loin en le qualifiant de « pacte de la honte », suggérant une rupture de légitimité plutôt qu’un simple différend procédural.
La conséquence interprétative s’impose : l’horizon électoral 2026 tend à se réduire à une projection théorique. Dix ans après des élections « incomplètes », l’absence de consensus juridique, la dépendance opérationnelle vis-à-vis d’instances internationales et la conflictualité interne — caractérisée par des jeux de dupes entre sphères décisionnelles — transforment l’élection en objet différé. L’argument budgétaire, loin d’être secondaire, agit comme un écran de rationalisation : il légitime l’attente sans résoudre l’équation politique.
En définitive, le débat se déplace : il ne porte plus uniquement sur le coût, mais sur la volonté et la capacité effectives à organiser le scrutin en toute transparence réelle, quoiqu’ un mot inusité dans la gouvernance en Haiti. Si le budget devient une variable d’ajustement stratégique, le processus électoral risque d’être relégué au rang d’instrument de gestion du temps politique — consacrant, de facto, une décennie supplémentaire sans renouvellement des mandats.

