2 mai 2026
Haiti-Observateur | Protéger la démocratie, c’est éviter les élections piégées
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Haiti-Observateur | Protéger la démocratie, c’est éviter les élections piégées

ÉDITORIAL
Protéger la démocratie, c’est éviter les élections piégées

Les élections détournées sont la racine de tous les maux contre la démocratie. Haïti en subit les conséquences, depuis des lustres, sans se prémunir contre les dérives qui accouchent des malheurs que notre pays a endurés, ces dernières années, en raison des élections truquées orchestrées avec la complicité de ceux qui prétendent orienter notre pays, dans la bonne direction, par rapport à la démocratie.

Aujourd’hui, qu’on parle d’organiser des « élections démocratiques, justes, transparentes et libres », etc., les décideurs politiques haïtiens agissent et disent contrairement à ce qu’ils proclament. Dans de telles conditions, le pays risque de répéter les mêmes bêtises du passé, donc de continuer à se vautrer dans les crises.

Dans ce contexte d’insécurité omniprésente et quasiment universelle, dans laquelle est enfermé Haïti, les dirigeants haïtiens, qui, de toute évidence, ont perdu le nord, n’ont aucun sens de priorités administratives et politiques. Au moment où les conditions sécuritaires suggèrent l’incontournable décision de rétablir la paix et la sécurité, conditions sine qua non d’un scrutin devant se dérouler dans un climat pacifique, sécurisé et de sérénité, les autorités mettent le cap sur les élections, sans s’assurer de la neutralisation totale des gangs armés.

Ces derniers, qui font la pluie et le beau temps, dans plus de 80 % de la capitale ; de manière récurrente, dans la commune de Kenscoff, dans les hauteurs de Pétion-Ville, dans l’Ouest, perpétrant leurs attaques sur les communautés du département de l’Artibonite, quand ils veulent et où ils veulent, ou bien dans certaines régions du département du Centre, n’affichent aucune tendance à renoncer à la violence ambiante.

En effet, les dirigeants haïtiens professent de réitérer la feuille de route relancée par la communauté internationale, lors de la nomination d’Alix Didier Fils-Aimé comme chef monocéphale de l’Exécutif, après la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), le 7 février écoulé. D’ailleurs, par-devant le Conseil de sécurité, le jeudi 23 avril, ces propos ont été son leitmotiv.

Aussi, de retour à Port-au-Prince, M. Fils-Aimé a-t-il présenté ainsi le bilan de sa mission aux États-Unis (à Washington et aux Nations Unies), disant :
« Mon message était clair : restaurer la sécurité, organiser les élections et relancer l’économie. Je leur ai dit clairement que Haïti ne veut pas une force de répression NNAS 2.0. Toutes les aides promises doivent être absolument allouées et les agents, qui feront partie de la Force de répression des gangs (FRG), doivent être parfaitement bien équipés, comme promis. J’ai aussi abordé le dossier du Temporary Protected Status (TPS) avec les congressmen pour nos compatriotes en situation difficile ».

Mais, qu’il soit dit en passant, à moins que M. Fils-Aimé se soit arrogé le droit d’embellir sa prestation auprès de ses interlocuteurs à la capitale américaine et au siège de l’ONU, à New York, il semble trouver une nouvelle dose de fermeté pour s’adresser à la communauté internationale. Mais voilà une autre histoire. On verra bien !

Quoique puisse dire et soutenir le Premier ministre de facto haïtien, par rapport à sa gestation de la feuille de route, qui lui a été imposée, mais dont l’élément principal et numéro un reste le rétablissement de la sécurité, son gouvernement, à l’instar de ceux dirigés par ses prédécesseurs, ne montre aucune intention de changer véritablement la donne.

D’un côté comme de l’autre, en ce qui concerne les pays dits tuteurs et ceux qu’ils ont placés à la tête du pays, ils se comportent tous comme s’ils ne s’empressent pas de ramener Haïti à la normale.

Dès lors, comme la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), dirigée par le Kenya, qui avait été déployée pour aider la Police nationale d’Haïti (PNH) à exterminer les gangs armés, ayant fait lamentablement échec, la Force de répression des gangs (FRG), son remplaçant, n’autorise à croire au succès là où son prédécesseur a buté sur des écueils et a été forcé de regagner son pays « mission non accomplie ».

En effet, durant plus d’un an qu’a duré le déploiement de la MMAS en Haïti, les criminels, qui devaient être éliminés, n’ont jamais été inquiétés par celle-ci. Au contraire, au moins deux policiers kényans ont été tués, victimes d’embuscades par les gangs, alors que d’autres ont essuyé des blessures les ayant fait hospitaliser en République dominicaine.

D’ailleurs, la présence des policiers kenyans en Haïti, doublant les capacités opérationnelles et les effectifs des forces de l’ordre haïtiennes, n’a pas empêché les malfrats de perpétrer des massacres, des kidnappings et d’orchestrer tous les autres crimes dont ils ont la réputation d’infliger à la population, tant à la capitale, au département de l’Artibonite, que dans d’autres zones du pays.

À la tribune des Nations Unies, lors de sa dernière visite, il a prétendu que, pour la première fois depuis longtemps, la capitale haïtienne commence à respirer. Pourtant, les rapports criminels, notamment celui du gang « Gran Grif » dans l’Artibonite, sous l’administration du tandem CPT–Gary Conille, sur les résidents de Pont-Sondé dans la nuit du 2 au 3 octobre 2024, faisaient état de plus de 70 assassinats selon l’ONU et les organisations de droits humains.

Alors que des rapports de l’ONU faisaient croire que les bandits occupaient 85 % de Port-au-Prince, Alix Didier Fils-Aimé s’est félicité des avancées réalisées, affirmant que les gangs ne contrôlent désormais que 72 % de la capitale.

Mais la réalité constatée par la population contredit ces affirmations. L’agressivité renouvelée des gangs, particulièrement ceux affiliés à « Viv Ansanm », prouve qu’ils sont plus déterminés que jamais.

Bien que certains barrages aient disparu dans quelques quartiers, aucun chef de gang n’a été appréhendé et les postes de péage illégaux demeurent en place.

Les offensives récentes dans l’Artibonite, à Kenscoff et à Seguin, témoignent de cette dynamique. Le massacre de Jean Denis, attribué au gang de Savien, aurait fait environ 80 morts selon des témoignages, avec des maisons incendiées et des milliers de déplacés.

Nous ne devons pas oublier que, si la dictature des Duvalier s’est signalée par des assassinats politiques, les régimes qui ont suivi ont également connu leurs massacres. Depuis Jean-Bertrand Aristide jusqu’à aujourd’hui, des milliers de citoyens ont été tués.

Depuis Michel Martelly et Jovenel Moïse, ces violences sont exécutées par les gangs, souvent avec la complicité des autorités, à travers appuis logistiques et participation d’agents de l’État.

Les quartiers de Cité Soleil, Bel-Air et La Saline en ont été les principales victimes.

Il faut donc éviter que se tiennent des élections détournées, car elles permettent de maintenir des alliances au pouvoir et de poursuivre des logiques contraires à l’intérêt général.

En ce sens, il faut faire échec au projet visant à organiser un scrutin avec seulement quelques centaines d’électeurs sur plus de 5 millions d’inscrits, laissant aux criminels la possibilité d’écarter massivement les citoyens des bureaux de vote.

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